DE MONSIEUR DU TOUR. MAISTRE ROBERT GEDOYN
Sçais tu, passant, de qui est ce tumbeau ? D'un qui jadis, en cheminant tout beau, |
Monta plus hault que tous ceulx qui se hastent. | C'est le tumbeau là où les vers s'appastent Du bon vieillard agréable et heureux Dont tu as veu tout le monde amoureux. Cy gist, helas ! plus je ne le puis taire, Robert Gedoyn, excellent secrétaire, Qui quatre Roys servit sans desarroy.
Maintenant est avecques le grand Roy, Où il repose après travail et peine.
Or a vescu personne d'aage pleine.
Pleine de biens et vertu honorable ; Puis a laissé ce monde misérable Sans le regret qui souvent l'homme mord. O vie heureuse, ô bien heureuse mort !
DE JEAN l'huilier, CONSEILLER
Incontinent que Loyse le Maistre Gongneut qu'aux vers le corps on faisoit paistre De son espoux, le prudent Jean L'Huilier : « Helas ! (dit elle) amy trèssingulier, Vostre prudence, au sénat honorée, Eust mieulx porté que moy, lasse, esplorée, Le dueil de mort. Inutile je vy, Et vous eussiez encores bien servy, Car vous estiez vertueux et sçavant.
Las ! pourquoy donc ne suis je morte avant ? »
En ce regret demoura des moy s douze La bonne, belle et vertueuse espouse, Puis trespassa, et en mourant va dire : « C'est trop d'un an sans veoir ce qu'on désire. Mou esprit va le sien là hault chercher ; Vueilie mon corps auprès du sien coucher. » Ce qui fut faict, et n'a sceu Mort tant poindre Qu'elle ait desjoinct ce qu'Amour voulut joindre,