‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 3)Chapitre 232 sur 234 · DE MADAME LOYSE DE SAVOYE, MERE DU ROY · texte numérisé non relu

DE MADAME LOYSE DE SAVOYE, MERE DU ROY

EN FORME d'eGLOGUE

THENOT, COLIN

THENOT

En ce beau val sont plaisirs excellens, Un cler ruisseau bruyant près de Tumbrage, L'herbe à souhait, les ventz non violons, Puis toy, Colin, qui de chanter fais rage.

A Pan ne veulx rabaisser son honimage:

Mais quand aux champs tu Taccompagnerois, Plus tost prouffit en auroit que dommage : Il t'apprendroit, et tu l'enseignerois.

Quant à chansons, tu y besongnerois De si grand art, s'on venoit à conlendre, Que quand sur Pan rien tu ne gaignerois, Pan dessus toy rien ne pourroit prétendre.

S'il gaigne en prix un beau fourmage tendre, Tu gaigneras un pot de laict caillé; Ou si le laict il ayme plus cher prendre, A toy sera le fourmage baillé.

Berger Thecot, je suis esmerveillé De tes chansons, et plus fort je m'y baigne Qu'à escouter le linot esveillé, Ou l'eau qui bruyt tombant d'une montaigne.

Si au matin Galliope te gaigne.

Contre elle au soir obtiendras le butin; Ou s'il advient que tant noble compaigne Te gaigne au soir, tu vaincras au matin.

Or je te pry, tandis que mon mastin

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Fera bon guet, et que je feray paistre

Noz deux troupeaux, chante un peu de Catin,

En deschiffranl son bel babit cbampestre.

Le rossignol de cbanter est le maistre : Taira convient devant luy les pivers ; Aussi, estant là où tu pourras astre, Taire feraj' mes cbalumeaux divers.

Mais si tu veulx chanter dix foys dix vers, En déplorant la bergère Loyse, Des coingz auras six jaunes et six verlz, Des mieulx sentans qu'on veit depuis Moyse.

Et si tes vers sont d'aussi bonne mise Que les derniers que tu feis d'Ysabeau, Tu n'auras pas la chose qu'ay promise, Ains beaucoup plus, et meilleur et plus beau.

De moy auras un double chalumeau, Faict de la main de Rafty Lyonuois, Lequel à peine ay eu pour un chevreau Du bon pasteur Michau, que tu congnois.

Jamays encor n'en sonnay qu'une foys. Et si le garde aussi cher que la vie ; Si l'auras tu de bon cueur toutesfoys, Faisant cela à quoy je te convie.

Tu me requiers de ce dont j'ay envie : Sus donc, mes vers, chantez chantz douloureux. Puis que la mort a Loyse ravie, Qui tant tenoit noz courtilz vigoureux.

Or sommes nous maintenant malheureux.

Plus estonnez de sa mortelle absence Que les aigneaulx à l'heure qu'entour eulx îse trouvent pas la mère qui les pense.

Pleurons, bergers, Nature nous dispense : Pleurons la mère au grand berger d'icy : Pleurons la mère à Margot d'excellence, Pleurons la mère à nous autres aussi.

O grand pasteur, que tu as de soucy !

Ne sçay lequel, de toy ou de ta mère, Me rend le plus de tristesse noircy ; Chantez, mes vers, chantez douleur amere.

Lorsque Loyse en sa loge prospère Son beau mesnage en bon sens conduisoit, Chacun pasteur, tant fust il riche père. Lieu là dedans pour sa fille eslisoit.

Aucunesfoys Loyse s'advisoit Les faire seoir toutes soubz un grand orme, Et, elle estant au milieu, leur disoit : « Filles, il fault que d'un poinct vous informe.

Ce n'est pas tout qu'avoir plaisante forme. Bordes, troupeaulx, riche père et puissant : Il faut preveoir que vice ne difforme Par long repos vostre aage fleurissant.

Oysiveté, n'allez point nourrissant, Car elle est pire entre jeunes bergères Qu'entre brebis ce grand loup ravissant Qui vient au soir tousjours en ces fougères.

A travailler soyez doncques légères ; Que Dieu pardoint au bon homme Roger : Tousjours disoit que chez les mesnageres Oysiveté ne trouvoit à loger. »

Ainsi disoit la mère au grand berger, Et à son dict travailloient pastourelles : L'une plantoit herbes en un verger, L'autre paissoit colombz et tourterelles.

L'autre à l'aiguille ouvroit choses nouvelles, L'autre en après faisoit chappeaulx de fleurs. Or maintenant ne font plus rien les belles, Sinon ruysseaux de larmes et de pleurs.

Converty ont leurs danses en douleurs, Le bleu en brun, le vertgay en tanné.

Et leurs beaulx tainctz en mauvaises couleurs. Chantez, mes vers, chantez dueil ordonné.

Dès que la Mort ce grand coup eut donné. Tous les plaisirs champestres s'assoupirent; Les petis veniz alors n'ont aliéné, Mais les forts ventz encores en souspirent.

Fueilles et fruictz des arbres abbatirent; Le cler soleil chaleur plus ne rendit:

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Du manLcau vert les prez se deveslirenl; Le ciel obscur larmes en respandit.

Le grand pasteur sa musette fendit, Ne voulant plus que de pleurs se mesler, Dont son trouppcau, qui plaindre rcntendit, Laissa le paistre et se print à besler.

Et quand Margot ouyt tout révéler, Son gentil cueur ne fut assez habile Pour garder Toeil de larmes distiller, Ains de ses pleurs en feit bien pleurer mille.

Terre en ce temps devint nue et débile; Plusieurs ruysseaux tous à sec demourerent ; La mer en fut troublée et mal tranquille, Et les daulphins bien jeunes y pleurèrent.

Biches et cerfz estonnez s'arresterent ; Bestes de proye et bestes de pasture, Tous animaulx Loyse regrettèrent.

Excepté loups de mauvaise nature.

Tant en elfect griefve fut la poincture, Et de malheur l'advanture si pleine, Que le beau lys en print noire taincture, Et les troupeaux en portent noire laine.

Sur Tarbre sec s'en complainct Philomene; L'aronde en faict cris piteux et trenchans; La tourterelle en gémit et en meine Semblable dueil, et j"accorde à leurs chants.

O francs bergers sur franche herbe marchans, Qu'en dictes vous? Quel dueil, quel ennuy est ce De voir sécher la fleur de tous noz champs^ Chantez, mes vers, chantez : « Adieu liesse. »

Nymphes et dieux de nuict en grand' destresse La vindrent veoir, et luy dirent : « Helas! Dors lu icy, des bergers la maistresse. Ou si c'est Mort qui t'a mise en ses lacs?

Las ! la couleur (telle comme tu l'as) Nous juge bien que morte tu reposes.

Ha! Mort fascheuse! onques ne te meslas Que de ravir les excellentes choses!

Tant eust au chef de sagesses encloses. Teint bien scavoit le clos de France aymer. Tant bien v sceut au Ivs rendre les roses,

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Tant bien y sceut bonnes herbes semer.

Tant bien scavoit en seurté confermer Tout le beslail de toute la contrée; Tant bien scavoit son parc clorre et fermer, Qu'on n'a point veu les loups y faire entrée.

Tant a de foys sa prudence monstrée Contre le temps obscur et pluvieux, Que France n'a (long temps a) rencontrée Telle bergère, au rapport des plus vieulx.

Adieu, Loyse, adieu en larmes dyeulx; Adieu le corps qui la terre décore. »

En ce disant s'en vont nymphes et dieux. Chantez, mes vers, chantez douleur encore.

Rien n'est ça bas qui ceste mort ignore : Gongnac s'en coingne en sa poictrine blesme; Horaorantin la perte remémore ; Anjou faict jou, Angoidesme est de mesme.

Amboyse en boyl une amertume extrême; Le Maine en mené un lamentable bruit; La povre Touvre, arrousant Angoulesme, A son pavé de truites tout destruict.

Et sur son eau chantent de jour et nuict Les cignes blancs, dont toute elle est couverte, Pronostiquans en leur chant qui leur nuit, Que Mort par mort leur tient sa porte ouverte.

Que faictes vous en cesle forest verte, Faunes, Sylvains? Je croy que dormez là! Veillez, veillez, pour plorer ceste perte. Ou, si dormez, en dormant songez la.

Songez la Mort, songez le tort qu'elle a : Ne dormez point sans songer la meschanlc; Puis au resveil comptez moy tout cela Qu'aurez songé, affin que je le chante.

D'où vient cela qu'on veoit l'herbe séchante Retourner vive alors que l'esté vient.

Et la personne au tumbeau tresbuschanlc, Tant grande soit, jamais plus ne revient?

Ha! quand j'ouy l'autrehier (il me souvient; Si fort crier la corneille en un chesne, C'est un grand cas (dy je lors) s'il n'advient Quelque meschef bien tost en cestuy règne.

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Autant m'en dit le corbeau sur un fresne ; Autant m'en dit Testoille à la grand' queue; Dont je laschay à mes souspirs la resne, Car tel' douleur ne pense avoir onc eue.

Chantez, mes vers, fresche douleur conceue. Non, taisez vous, c'est assez déploré : Elle est aux champs Elisions receue, Hors des travaulx de ce monde esploré.

Là où elle est n'y a rien défloré :

Jamais le jour et les plaisirs n'y meurent; Jamais n'y meurt le vert bien coloré, Ne ceulx avec qui là dedans demeurent.

Car toute odeur ambrosienne y fleurent, Et n'ont jamais ne deux ne trois saisons, Mais un printemps, et jamais ilz ne pleurent Perle d'amys, ainsi que nous faisons.

En ces beaulx champs et nayfves maisons Loyse vit, sans peur, peine ou mesaise ; Et nous ça bas, pleins d'humaines raisons, Sommes marrys (ce semble) de son aise.

Là ne veoitrien qui en rien luy desplaise; Là mange fruict d'inestimable prix:

Là boyt liqueur qui toute soif appaise; Là congnoistra mille nobles esprits.

Tous animaulx playsans y sont compris, Et mille oyseaulx y font joye imuiortelle, Entre lesquelz vole par le pourpris Son papegay, qui partit avant elle.

Là elle veoit une lumière telle Que pour la veoir mourir devrions vouloir. Puis qu'elle a donc tant de joye éternelle, Cessez, mes vers, cessez de vous douloir.

Mettez voz montz et pins eu nonchaloir, Venez en France, ô Nymphes de Savoj'e, Pour faire honneur à celle qui valoir Feit par son loz son pays et sa voye.

Savoysienne estoit, bien le sçavoj'e.

Si faictes vous ; venez douques, affin Qu'avant mourir vostre œil par deçà voye Là oîi fut mise après heureuse fin.

Portez au bras chascune plein coffin

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D'herbes et fleurs du lieu de sa naissance,

Pour les semer dessus son marbre fin,

Le mieulx pourveu dont ayons cougnoissance.

Portez rameaulx i^arvenuz à croissance : Laurier, lyerre et lys blancs honorez, Romarin vert, roses en abondance.

Jaune soucie et bassinetz dorex,

Passeveloux de pourpre colorez, Lavende franche, œillelz de couleur vive. Aubepins blancs, aubepins azurez, Et toutes fleurs de grand' beauté nayfve.

Ghascune soit d'en porter attentive, Puis sur la tumbe en jectez bien espais, Et n'oubliez force branches d'olive, Car elle estoit la bergère de paix,

Laquelle sceut dresser accords parfaicts Entre bergers, alors que par le monde Taschoient l'un l'autre à se rendre deflaicts, A coup de goy, de houlette et de funde.

Vien, le dieu Pan, vien plus tost que l'aronde Pars de tes parcs. d'Arcadie desplace, Cesse à chanter de Syringue la blonde, Approche toy et te mets en ma place,

Pour exalter avec meilleure grâce Celle de qui je me suis entremys :

Non (pour certain) que d'en parler me lasse, Mais tu as tort que tu ne la gemys.

Et toy, Thenot, qui à plourcr t'es mys En m'escoulant parler de la trèsbonne.

Délivre moy le chalumeau promys, A celle fin qu'en concluant la sonne,

Et que du son rende grâces, et donne Louenge aux dieux des haults monlz et des plains, Si haultement que ce val en resonne :

Cessez, mes vers, cessez icy voz plaincts.

O franc pasteur, combien tes vers sont pleins De grand' doulceur et de grand' amertume! Le chant me plaist, et mon cueur tu contrains A se douloir plus qu'il n'a de coustume.

Quand tout est dict, Melpouiené allume.

Ton stile doulx à tristement chanter ; Oultre il n'est cueur ^etfust ce un cueur d'enclume) Que ce propos ne feit bien lamenter.

Parquoy (Colin) sans flaler ne venter, Non seulement le bon flageol mérites, Ains devroit on chapeau te présenter De vert laurier, pour choses tant bien dictes.

Sus, grans toreaux, et vous, brebis petites, Allez au tect, assez avez brousté ; Puis le soleil tombe en ces bas limites, Et la uuict vient devers l'autre coslé.

de monsieur le general guillaume preud'homme

Unique fils de Preud'homme, dont l'ame Ces jours passez soubz la funèbre lame Laissa le corps, escoute un peu comment Celle du mien s'en vint en un moment Bien tost après en mon lict m'apparoistre, Et les secretz qu'elle me feit congnoistre.

« Filz (ce dit elle) en noz champs Elisées, N'a pas longtemps, par les droictes brisées Est devers nous un esprit arrivé, Discret, gentil, amyable et privé, Qui, deschargé de son terrestre corps.

Et plus n'estant de ce monde records, S'en vint trouver au plus beau du pourpris Les immortelz et fleurissans esprits Des renommez vieulx poètes Galliques, Qui en accords plus divins que angeliques Tout à l'cntour des lauriers tousjours verts Alloicut chantans à Tenvy maintz beaulx vers.

Luy là venu, ih cessèrent leurs chants : Et il leur dit : « 0 l'eslite des champs Elisiens, esprilz, en vérité, Par dessus tous remplys de deité,

COMPLAINCTES 493

Je ue suis point esprit de poésie :

Mais je suis tel, qu'amour et fantasio

J'avois en vous et en vostre vertu,

Estant encor de chair et d'os vestu.

Et délaissant le monde terrien.

Je quictay tout, et si n'apportay rien

Que les beaulx vers de voz célestes veines,

Qui en mes soingz, mes labeurs et mes peines

Me soulageoient, tout par cueur les disant,

Avec amys ou princes devisant,

Parmy lesquelz alors en toute gloire

De voz liaultz noms il estoit faict mémoire.

Or donc, espritz pleins de bonté nayve, Soullrez qu'icy avecques vous je vive, Puisque vescu avez au cabinet De ma memoiie. » Adonques Molinel Aux vers fleuris, le grave Gliastellain, Le bien disant en rithme et prose Alain, Les deux Grebans, au bien resonnant stile, Octavian, à la veine gentile, Le bon Crétin aux vers équivoque, Ton Jehan le Maire, entre eulx hault colloque, Et moy, ton père, en joye le receusmes. Car quasi tous de luy congnoissance eusmes. « Heureux esprit (ce luy va Crétin dire) Quelle raison plus tost vers nous te lire Que par devers tant d'espritz excellons Qui sont ici, jadis tous opulens, A toy pareilz, et conseilliers royaulx, Desquelz lu fuz, vo^re des plus loyaulx ? » Il luy respond : « O ame débonnaire, Penser me fais au labeur ordinaire Que j'eus au monde; et, parmy eux estant, J'y penserois encores tant et tant.

Que le record de ces solicitudes Me priveroit de grans béatitudes Qui sont céans. Je cherche les délices Qui aux espritz sont duysans et propices : Je cherche joye et repos et sçavoir :

Où les peult on mieulx qu'entre vous avoir ? Or soit ma joye en ce poinct accomplie,

Et par sus tout, Crétin, je te supplie

De me monstrer en ces beaulx champs floris

Nostre Ennius Guillaume de Loris,

Qui du romant acquit si grand renom,

Duquel aussi nous deux portons le nom,

Dont mieulx je Tayme. » Adonc Crétin le mené

Par un sentier odorant et amené,

Au bout duquel soubz un rosier plaisant

Peult veoir de loing Loris encor faisant

Tout à part soy ses regretz et clamours

Après sa Rose. O puissance d'amours !

Là parvenuz, Crétin, qui le plainct fort,

Luy dit : « Loris, Amour te doint confort!

Laisse tes plainclz : voicy une noble ame,

Qui, évitant d'ignorance le blasme,

Fut en son temps le copieux registre

Des beaulx escriptz que jadis sçeurent tistre

Les bons facteurs du gallique hemispere,

Desquelz tu es le bon ancien j)ere.

Si eusses veu comment, sans peine prendre, En sa mémoire il les sçavoit comprendre. Puis de quel' grâce, et avec quel plaisir Les recitoit en lieu, temps et loisir, Non moins aj'mé eusses le reciteur Que l'œuvre mesme ou le compositeur.

C'est le plaisir où il se delectoit Quand du Roy Franc servant fidèle estoit, Et gênera! des argenteuses sommes Là où du Nord prindrent le nom les hommes.

C'est le second de qui les mains loyalles Seules ont eu des finances royalles Gouvernement. Or les a il laissées Mieulx qu'avant luy en ordre bon dressées, Et au sortir du corps, ja d'aage plein, Gler, pur et net, s'en vint en ce beau plain Chercher repos en la troupe immortelle De nous, qui tous luy devons amour telle Que luy à nous. — Au nom du Tout Puissant Bien venu soit l'Esprit resplendissant, Respond Loris; d'un nom somnit^s tous trois; Pour la mornifle eucor un j'en vouldrois

COMPLAINCTES 495

Avecques nous. » De sa bouche à grand' peine Fut hors ce mot, qu'ilz veirent en la plaine Venir plus cler que nul ruby ballay L'esprit du preux Guillaume du Bellay, Tant travaillé des guerres piedmontoises, Qu'à peine eust sceu encor aller deux toises ; Si se vint mettre avec eulx à repos, Larmes laissant à souldars et supposts, Laissant eu France et en Piedmont ennuy, Mais non laissant homme semblable à lu}'.

Bien tost après, alians d'accord tous quatre Par les préaux tousjours herbuz s'esbatre, Du mesme nom deux Espritz rencontrèrent : L'un Bissipat, que neuf sœurs allecterent ; L'autre Budé, qui la palme conquit Sur les sçavans du siècle où il vesquil. Bien heureuse est, ô Clément, ta naissance. Qui de luy euz privée congnoissance.

Au demourant, nostre Gaulle, ainsi comme iS'ous a compté l'Esprit du grand Preud'liomme, De maint poète ores est décorée :

Mais entre tous de trois moult honorée , Dont tu es l'un, Sainct Gelais angelique, Et Heroet, à la plume héroïque.

Maulgré le temps vos espritz dureront Tant que françoys les hommes parleront.

Ainsi le dit l'ame de frais venue, A qui sans fin est la troupe tenue De Parnasus, veu qu'en mortelle vie Aymée Ta, et en l'autre suyvie.

Poètes, donc, qui en terre vivez, Le loz, le bruit de Preud'homme escrivez En chascun genre et espèce de mètre ; En escrivans, n'oubliez pas à mettre Qu'au riche estât où il se couduisoit, Autant sur tous sa vertu reluysoit Comme Aurora est luysante et décore Sur toute esloille, ou Phebus sur Aurore.

Aurore adonc à la face vermeille Sortit du ciel, et sur ce je m"esveille. La plume priiis, me meis à rithmoyer

4!'6 COMPLAINOTES

Ma vision, affin de l'envoyer

A toy, du vray Preud'homme filz unique.

Reçoy la donc : je la te communique

Gomme au plus proche, espérant que ce Val,

Plus grand d'esprit qu'en armes Perceval,

Et dont ta sœur à bon jour fut pourveue,

Aura l'honneur de la seconde veue.

Et si mes vers te plaisent (comme pense),

De toy ne veulx, pour toute recompense,

Fors qu'en vertus sois ton père ensuyvant,

Si qu'on le voye encor en toy vivant.

FIN riIT PREMIEH VOI.IME

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