ET DU MAUVAIS
Aussi qu'elle ait puissance de dissoudre El transmuer nostre prison en poudre ; Que nul vivant ne s'ose point venter, De soy pouvoir de son dard exemter.
Ne la montez sus un char arrogante, Comme elle estoit des humains triomphante, Mais peindez la que triompher nous face Nous faisant veoir Jésus Christ face à face. »
Yoylà de quoy ses ouailles paissoit Le Bon Pasteur, voyre, et les engraissoit A- veue d'oeil spirituellement, Tant que n'avoyent faim ne soif nullement Et recevoyent don d'immortalité Participant à la divinité.
D'autres j'en vey faisant les chalemites. Par le dehors aussi simples qu'hermites, Mais je me doubte, et à ma fantaisie, Que là estoit caché hypocrisie, Et me sembloit, où j'ay bien mauvais yeulx, Que leur esprit estoit séditieux.
Hz nourrissoient leurs grans troupeaux de songes. De ergos, d'utrum, de quare, de mensonges. Et de cela ilz faisoient du pain bis.
Que bien amoyent leurs séduites brebis ; Mais de maigreur estoyent enlangorées :
Plus en beuvoyent, plus estoyent altérées ; Plus en mangeoyent, plus en vouloyent manger, Et l'ame et corps estoyent en grand danger : Et ne sçauroient ennemis estrangers Pis les Iraicter que faisoyent leurs bergers. Qui souz couleur de longues oraisons Le plus souvent dévorent leurs toysons; Et croy, si mieux de près les advisez, Que voyrez loupz en brebis desguisez.
Hz ont laissé l'huis salubre et à dextre, El sont entrez en toict par la feneslre ; Hz ont laissé le pain qui ne perist Pour cestuy là qui à l'instant pourrist ; L'eau ont laissée de la fontaine vive, Pour user d'eau de fontaine chetive; Hz ont laissé la vraye olive et franche
/b SERMON DU BOX PASTEUR ET DU MAUVAIS
Pour s'appuyer sus une morte branche ;
Hz ont receu vaine philosophie,
Qui tellement les hommes magnifie,
Que tout l'honneur de Uieu est obscurcy,
El le haut mur d'ergotis endurcy,
En mesprisant celle qui, tout en somme,
Donne louange à Dieu, et non à l'homme,
Sinon qu'il est plus vain que vanité,
Et plus léger que la légèreté.
S'il estoit mis aux poids de la balance.
Tout son sçavoir. sans foy, c'est ignorance ;
Cuydant sage estre. il est fol devenu,
Combien qu'il fust en haut lieu parvenu.
Ce qui luy est prudence tant polie
IS'est rien vers Dieu qu'ignorance et folie.
Des sages Dieu la sagesse reprouve, Et des petis l'humilité approuve, Auxquelz il a ses secretz révélez, Qu'il a cachez aux sages, et celez :
Car son esprit point ne reposera Que sur celuy qui humble et doux sera. Les sages ont leur Dieu cruciiié, Et son parler divin falsifié.
Tous les haultz faitz des Sept Sages de Grèce, Et de Brutus, lequel vengea Lucresse, De Publius et de Pamphilius, De Marc Caton Cen^eur, et TuUius, De tous les Grecz et de tous les Romains, Qui ont tenu le monde souz leurs mains, Sont inutilz, comme eslaus lais sans foy, Mais pour leur gloire, et pour l'amour de soy.
Sainct Paul, estant de son dire croyable, Dit : « J'ai vescu des hommes incoulpable Jouxte la loy. n'ayant de Christ notice. » Et quand il fut certain que la justice Venoit de foy, de luy soy deffiant, Ces œuvres là il reputa tient.
Qui luy sembloyenl auparavant si belles, Mais ce n'esi oient que vaines estincclles : Pourquoy cela? faictes estoient sans foy, Mais pour sa gloire et pour l'amour de soy.
LE RICHE EN POVRETE