OPUSCULES
LE TEMPLE I3E CUPILO'
AU UOY FRANÇOIS 1"
{Dédicace lûacée en tête de V édition gothique du 'lYMiiplc de Cupido, sans lieu ni date, in-8o de 12 ff')
N'a pas long temps, Prince magnanime, une fille inconstante, nommée Jeune Hardiesse, m'incitoit de vous présenter ce petit traicté d'amouiettes, en me disant : « Pourquoy diffères tu? Fus tu mal recueilly lorscpie luy présentas le Jugement do Minos ? » Adonc je respondy : « Ma jeune fille, le recueil que ce hault Prince me feit alors fut de la sorte dont maintesfoys l'avois souhaitté. Mais de oc bon recueil fut cause la matière du livre dont tu parles, d'autant qu'il touchoit des armes, tant proulitables que décentes à jeune Prince. Et cestuy parle d'amour, effeminant les cueurs haultains, et à eulx peu convenable. Donc ne t'eshaby se je crains luy faire présent, o A peine fut ma response mise à fin, que cette garse affectée me va dire : • Veul.'c tu donc maintenir (homme ignorant) amourettes estrc indécentes à jeune Prince ? Ton peu de sçavoir congnoistras ores par le contraire que je te veuil prouver. » Lors, cuydant répliquer, ma loquence interrompit par un rondeau qu'elle tira du coffret de sa jeune rhétorique, disant ainsi :
En sa jeunesse un prince do valeur, Pour éviter cnnuy plein de malheur, Le noble estât des armes doibt comprendre. Et le beau Irain d'amourettes aprendrc, Sans trop aimer veneriiiue chaleur.
' Pièce comprise dans rf/Jilion de 1338.
Armes le font hardy, preux et vainqueur, Amours aussi font d'un prince le cueur Plus libéral que ne fut Alexandre En sa jeunesse.
S'il est hardy, preux et entrepreneur, 11 sera dict plein de los et bonheur; S'en sa largesse il veult sa main estendre, Aymé sera tant du grand que du mendre : Par amour donc un prince acquiert honneur En sa jeunesse.
Tant m'a presché, o Roy trcsmagnagnime, et tant a faict par son babil Jeune Hardiesse, qu'elle m'a mené devant vostre royale Majesté, et de faict m'a dict en chemin que vous avez je ne sçay quelle grâce d'excuser les ignorans, qui supporteroit tout. De laquelle grâce, Sire, je vous supplie d'user au besoing sur ce mien petit livre, parlant de trois sortes d'amours. L'une est ferme, l'autre legiere, et la tierce vénérienne, et sur laquelle est escripte en mondaines comparaisons la construction du Temple de Cupido par un amoureux errant, lequel y fut en la questc de sa dame nommée Ferme Amour, disant ainsi ;
Sur le jirintemps que la belle Flora, etc.
(Comme dans le Temple de Cupido.)