‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 3)Chapitre 51 sur 234 · AUDICT SEIGNEUR POUR SE PLAINDRE DU TRESORIER PREUDHOMME · texte numérisé non relu

AUDICT SEIGNEUR POUR SE PLAINDRE DU TRESORIER PREUDHOMME

Puissant prélat, je me plains grandement Du trésorier qui ne veult croyre en cire, En bon acquict, en exprès mandement, En Robertet, n'en Françoys nostre Syre; Si ne sçay plus que luy faire ne dire, Fors paindi'e Dieu en mon acquict susdict : Adonc, s'il est si preudhomme qu'on dict, Il y croira, car en Dieu fault il croire. Encor ay paour que Dieu ne soit desdit, Si ne mettez rbomme en bonne mémoire.

AU ROr, POUR LE DELIVRER DE PRISON (1527)

Roy des P'rançoys, plein de toutes bontez, Quinze jours a (je les ay bien contez) Et dès demain seront justement seize, Que je fuz faict confrère au diocèse De Saint Marry, en l'église Sainct Pris ; Si vous diray comment je fuz surpris, Et me desplaist qu'il fault que je le die.

Trois grans pendars vindrent à l'estourdie En ce palais, me dire en desarroy :

« Nous vous faisons prisonnier par le Roy. » Incontinent qui fut bien eslonné?

Ce fut Marot, plus que s'il eust tonné. Puis m'ont monstre un parchemin escrit, Où n'y avoit seul mot de Jesuchrist :

II ne parloit tout que de playderie, De conseillers et d'emprisonnerie.

« Vous souvient il (ce me dirent ilz lors) Que vous estiez l'autre jour là dehors, Qu'on secourut un certain prisonnier Entre noz mains? » Et moy de le nier: Car soyez seur, si j'eusse dict ouy, Que le plus sourd d'entre eulx m'eust bien ouy Et d'autre part j'eusse publiquement Esté menteur : car pourquoy et comment Eusse je peu un autre recourir, Quand je n'ay seu moymesmes secourir?

Pour faire court, je ne sceu tant presclier Que ces paillars me voulsissenl lasclier. Sur mes deux bras ilz ont la main posée, Et m'ont mené ainsi qu'une espousée, Non pas ainsi, mais plus roide un petit. Et toutesfoys j'ay plus grand appétit De pardonner à leur folle fureur Qu'à celle là de mon beau procureur :

Que maie mort les deux jambes luy casse! Il a bien prins de moy une beccasse, Une perdrix, et un levraut aussi :

Et toutesfoys je suis encor icy, Encor je croy, si j'en envoyois plus.

Qu'il le prendroit, car ilz ont tant de glus Dedans leurs mains, ces faiseurs de pipée, Que toute chose oii touchent est grippée.

Mais pour venir au poincl de ma sortie : Tant doulcement j'ay chanté ma partie.

Que nous avons bien accordé ensemble, Si que n'ay plus affaire, ce me semble. Sinon à vous. La partie est bien forte ; Mais le droict poinct, où je me reconforte. Vous n'entendez procès non plus que moy ; Ne plaidons poinct : ce n'est que tout esmoy. Je vous en croy, si je vous ay mesfaict. Encor posé le cas que l'eusse faict Au pis aller n'y cherroit qu'une amende. Prenez le cas que je la vous demande ; Je prens le cas que vous me la donnez ;

Et si plaideurs furent onc estonnez

Mieulx que ceux cy, je veulx qu'on me délivre.

Et que soudain en ma place on les livre.

Si vous supply (Syre) mander par lettre

Qu'en liberté voz gens me vueillent mettre ;

Et si j'en sors, j'espère qu'à grand'peine

M'y reverront si on ne m'y rameine.

Trèsliumblemenl requerrant vostre grâce De pardonner à ma trop grand' audace D"avoir emprins ce sot escript vous faire, Et m'excusez si pour le mien affaire Je ne suis point vers vous allé parler : Je n'ay pas eu le ioysir d'y aller.

AU BEVERENDISSIME CARDINAL DE LORRAINE (lo29]

L'homme qui est en plusieurs sortes bas, Bas de stature et de joye et d'esbas, Bas de sçavoir, en bas degrés nourry, Et bas de biens, dont il est bien marry, Prince trèsnoble, à vostre advis, comment Vouspourroit il saluer haultement?

Fort luy seroit : car petite clochette A beau branler, avant qu'un hault son jecte. Puis qu'il n"a donc que humble et basse value, Par un bas stile humblement vous salue.

Mais qui est il, ce gentil salueur, Qui ose ainsi approcher sa lueur Du cler soleil, qui la peult effacer?

C'est un Marot, lequel vient pourchasser Untraict verbal de vostre bouche exquise, Pour bien tirer droict au blanc où il vise.

Ce qu'il attend en ceste court gist là : Et ce pendant pour tous trésors il a Non revenu, banque, ne grand' practique, Mais seulement sa plume poétique,

Un don royal, où ne peult advenir, 'Et un espoir (en vous) dV parvenir.

Touchant la plume, elle vient de la Muse Qui à rithmer aucunesfoys m'amuse ; Le don roj'al vient (certes' d"un octroy Plus libéral que de nul autre roy.

Quant à l'espoir que j'ay en vous bouté, D'ailleurs ne vient que de vostre bonté, En qui me fie ; et bref, telle fiance Mettra ma peine au gouffre d'oubliance.

J'entens pourveu que Monsieur le Grand Maistre Vueillez prier vouloir souvenant eslre De mon affaire à ces nouveaulx estats; Car on y voit un si grand numbre et tas De poursuyvans, que grand' paourau cueurayje De demeurer aussi blanc comme neige. j

Et puis Fortune en l'oreille me souffle Qu'on ne prend point en court telz chatz sans moufle, En me disant qu"à cause du rebout, Souvent se fault tenir ferme debout, Et qu'aux Estatz des roys on ne se couche Facilement comme en lict ou en couche.

Soubz ces propos Fortune l'insensée Languir me faict sans l'avoir offensée:

Mais Bon Espoir, qui veult estre vainqueur, Jusques chez moy vient visiter mon cueur. En m'asseurant qu'un seule parolle De vous me peult faire coucher au rolle.

Plaise vous donc, noble fleuron royal, Plaise vous donc à ce baron loyal En dire un mot (pour ma protection) Accompaigné d'un peu d'affection.

Si vous pourray douner ce loz (si j'ose) De m'avoir faict de néant quelque chose. Mais d'où provient que ma plume se mesie D'escrire à vous? ignore ou présume elle? Non, pour certain ; motif en est Mercure, Qui (long temps a'i de me dire print cure Que vous estiez des bien aymez amans Des dictz dorez et de rithmez rommants, Soit de science ou divine ou humaine.

C'est le motif qui mon epistre meiiie Devant vos yeulx, espérant que bien prinse Sera de vous, sans en faire reprinse; Non que dedans rien bon y puisse avoir, Fors un désir de mieulx faire sçavoir ; Et nonobstant, si petit que j'en sçay.

Quand me vouldrez pour vous mettre à Pessay. Et que mon sens je congnoisse trop mince Pour satisfaire à tant excellent Prince, Je m'en iray par boys, prez et fontaines, Pour prier là les neuf Muses haultaines De vouloir estreà mon escript propices, Affin de mieulx accomplir voz services.

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