‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 3)Chapitre 63 sur 234 · X LV · texte numérisé non relu

X LV

A MONSEIGNEUR LE CARDINAL DE TOURNON MAROT RETOURNANT DE FERRARE A LYON

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Puis que du Roy la bonté merveilleuse De France veult ne m'estre périlleuse, Puis que je suis de retourner mandé, Puis qu'il luy plaist, puis qu'il a commandé, Et que ce bien procède de sa gruce, Ne t'esbahys si j'ay suyvy la trace, Noble seigneur, pour en France tirer, Où long temps a je ne fais qu'aspirer.

Le marinier qui prend terre, et s'arreste Pour la fureur de Forage et tempeste, Desancre alors que les cieulx sont amys.

Le chevaulcheur qui à couvert s'est mis, Laissant passer ou la gresle ou la pluye. Dès que de loing veoit qu'Aquilon essuyé Le ciel mouillé, il entre en grand plaisir. Desloge et tire au lieu de son désir.

Certes, ainsi, Monseigneur redoubté, Si tost que j'euz mon retour escouté, Et que je vey la grand' nue essuyer Qui en venant me pouvoit ennuyer, Mon premier poinct ce fut de louer Dieu, Et le second de desloger du lieu Là où j'estois, pour au pays venir D'où je n'ay sceu perdre le souvenir.

Nature à prins sur nous ceste puissance De nous tirer au lieu de sa nayssance ; Mesmes longs temps les bestes ne séjournent Hors de leurs creux, mais toujours y retournent.

Brief, du désir qu'au départir j'avoye, Je n'ay trouvé rien de dur en la voye, Ains m'ont semblé ces grans roches haullaines Préaulx herbuz, et les torrens fontaines ; Bise, verglalz, la neige et la froidure

Ne m'ont semblé que printemps et verdure, Si qu'à Dieu reudz grâces un million, Dontj'ay attainct le gracieux Lyon, Où j'esperois à l'arriver transmettre Au roy Françoys humble salut en mètre.

Conclud estoit : mais, puis qu'il en est hors, A qui le puis je et doy je addresser, fors, A toy qui tiens par prudence lo3-alle Icy le lieu de sa liauUeur royalle?

S'il est ainsi que la puissance qu'as Toute s'estend eu grans et petis cas, La raison veult doncques que maintenant. De ce salut tu sois son lieutenant ; Et'puis je suis à cela confermé, Pource qu'amy tu es, et bien aymé, De l'assemblée aux Muses tressacrées, Et qu'à Phebus en escrivant agrées.

Humblement donc sur ce je te salue, Heur de Tournon plein de haulte value ; Dieu gard aussi d'infecte adversité L'air amoureux de la noble cité.

Dieu gard la Sonne au port bien somptueux. Et son mary le Pvosne impétueux, Qui puis un peu se demonstra si fier, Que l'ennemi ne s'y osa fier, Et dont n'agaeres par diligence prompte S'est retiré César avecques honte.

Si vous supply, o fleuves immortelz, Et toy, Prélat, dont il est peu de telz. Et toy, cité fameuse de hault prix, Ne me vouloir contemner par mespris, Ains recevoir tout amyablement L"humble Dieu gard de vostre humble Clément,

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