ELEGIE XVIII
Fils de Venus, vos deulx yeux desbendez, Et mes escripts lisez et entendez,
Pour veoir comment D'un desloyal servie me rendez ; LasI punissez le, ou bien luy commandez
Vivre autrement.
Je Fay receu de grâce Iionnestement ; De moy mesdict par tout injustement,
Et me blasonne.
Hélas ! faut il qu'après bon traictemenl Un serviteur blasme indiscrètement
Sa dame bonne ?
Que feront ceulx qu'on chasse et abandonne, Si ceulx à qui le bon recueil on donne
Vivent ainsi ?
Il fault. Amour, que peine on leur ordonne ; Car plus à vous qu'cà nulle autre personne
Touche cecy.
Si à telz gens faictes grâce et mercy, Noir deviendra vostre règne esclercy
Et sans police ; Et n'y aura femme, ne fille aussi, Qui ose aymer, craignant d'avoir soucy
Pour leur malice.
La mauvaise herbe il faut qu'elle -périsse, Et la brebis mal saine fault qu'elle ysse Hors des troupeaux :
Jetiez donc hors de l'amoureux service Gemesdisant, qu'il n'apprenne son vice A vos féaulx.
Certes on voit aux champs les pastoureaux Leur foy garder mieulx que leurs gras toreaux.
Sans nul mal dire.
Mais en palais, grans villes et chasteaux, Foy n'y est rien, langues y sont cousteaux Par trop mesdire.
Las ! qu'ay je dicl? Pardonnez à mon ire Tous ne sont lelz : j'en ay bien sceu eslire
Un trèsloyal, A qui mon cueur se lamente et souspire Des maulx que j'ay par l'autre, qui est pire
Que desloyal.
A l'un (pour vray] l'autre n'est pas égal : L'un est bon fruict. et l'autre réagal,
Poison mortelle.
L'un est d'esprit, l'autre est gros animal ; L'un parle en bien, l'autre tousjours dit mal ;
Sa langue est telle.
De l'un reçoy tourment dur et rebelle ; De l'autre j'ay consolation belle
Dieu sçait combien.
Bref, amytié n'a point peine éternelle : Après le mal j'ay rencontré en elle
Singulier bien.
0 toy, mon cueur, bien heureux je te tien, D'avoir trouvé un tel serviteur tien,
Qui le conforte ; Et à bon droict je me complains trèsbien Que je ne l'ay plus tost retenu mien,
Gongneu sa sorte.
Las! de mon cueur luy ay fermé la porte. Pour à celluy qui mal de moy rapporte
Mon cueur unir, Grand mal je feiz; aussi peine j'en porte,
Et croy que Dieu me Tenvoye ainsi forte Pour m'en punir.
Par ses faulx tours me suis veu advenir Un grand vouloir de ne me souvenir
D'homme qui vive.
Mais pour les faulx les bons ne fault bannir ; Et puis d'aymer on ne se peult tenir,
Quoy qu'on estrive.
Tel veult fuyr qui plus près en arrive ; Si loue Amour, qui plus qu'à femme vive
M'a faict cest heur De me monstrer la malice excessive D'un faulx amant, et la bonté nayfve
D'un serviteur.