‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 3)Chapitre 92 sur 234 · ELEGIE XXVI A UNE QUI REFUSA UN PRESENT · texte numérisé non relu

ELEGIE XXVI A UNE QUI REFUSA UN PRESENT

Quand je vous dy (sans penser mal affaire) « J'ay, chère sœur, un présent à vous faire, Le prendrez vous? » dès que m'eustes ouy Dit ne me fut le contraire d'ouy ; Parquoy, ma sœur, si en vous l'envoyant Y a forfaict, chascun sera croyant Que non de moy, mais de vous, vient l'offense. Et pour renfort de ma juste deffense, (Sans me vanter) ce mot bien dire j'ose Qu'en maint bon lieu j'ay donné mainte chose, Que l'on prenoit sans penser le donneur Prétendre rien du prenant que l'honneur. Que n'avez vous de moy ainsi pensé?

Jamais me suis je en termes advancé Auprès de vous qu'honneur et Dieu ensemble N'y fussent mis? Quelque foys, ce me semble, Je vous ay dict (si bien vous en souvient) : « Treschere sœur, si service vous vient '

De mon costé, je vous supply n'entendre Que je vous vueille obliger le me rendre. » Brief, mes propos, tenuz d'affcclion.

Seront tesmoings de mon intention ; Vous asseurant que l'estime immuable Que j'ay de vous est si grande et louable Que rien par vous n'y peult estre augmenté En refïusant un offre présenté.

Il n'est pas dit (certes) que tous donneurs Voysent cherchant (par tout) les deshonneurs Et n'est pas dit que les dames qui prenent

Font toutes mal, et qu'en prenant mesprenent;

Ce nonobstant, prendre n'exaulceray

En mon escript, et si confesserctv',

Que bien souvent, quand à femme l'on donne,

Le refuser est chose honneste et bonne ;

Maii5 bien souvent (à dire vérité)

Il peult tourner en incivilité.

Je sçay assez que de rien n'avez faulte : Je sçay combien de cueur vous estes liaulte ; Ce neantmoins (pour nourrir amytié) N'est mal séant s'abaisser de moytié.

Quand tout est dict, nette sens ma pensée D'avoir faict cas où soyez offensée :

Plustost debvrois me sentir offensé Du mal qu'avez (peult estre) en moy pensé, Veu que l'offrir dont j'ay voulu user En cas d'honneur vault bien le refuser; Et croy, de faict, que si ce n'eust esté La foy que j'ay de vostre honnesteté, J'eusse pensé procéder mon default De n'avoir faict mon présent assez hault ; Mais Dieu me gard d'estre si transgresseur De l'amytié d'une si bonne sœur, Qui congnoistra que frère ne se treuve Plus vray que moy, me mettant à l'espreuve.

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