DES ENFANS SANS SOUCY
Qui sont ceulx là qui ont si grand' envie Dedans leur cueur, et triste marrisson, Dont, ce pendant que nous sommes en vie, De maistre Ennuy n'escoutons la leçon?
Hz ont grand" tort, veu qu'en bonne façon Nous consommons notre fleurissant aage : Saulter, danser, chanter à Fadvantage, Faulx Envieux, est ce chose qui blesse? Nenny, pour vray, mais toute gentillesse, Et Gay Vouloir, qui nous tient en ses laqs. Ne blasmez point doncques nostre jeunesse, Car noble cueur ne cherche que soûlas.
Nous sommes druz, chagrin ne nous suyt mie: De froid soucy ne sentons le frisson ; Mais dequoy sert une teste endormie?
Autant qu'un bœuf dormant près d'un buysson. Languards picquans plus fort qu'un hérisson, Et plus recluz qu'un vieil corbeau en cage, Jamais d'autruy ne tiennent bon langage, Tousjours s'en vont songeans quelque finesse. Mais entre nous nous vivons sans tristesse. Sans mal penser, plus aises que prélats. D'en dire mal c'est doncques grand' simplesse^ Car noble cueur ne cherche que soûlas.
Bon cueur, bon corps, bonne phyzionomie, Boire matin, fuyr noise et tanson; Dessus le soir, pour l'amour de s'amye Devant son huys la petite chanson ; Trencher du brave et du mauvais garson.
Aller de nuyct, sans faire aucun oultrage ;
Se retirer, voylà le tripotage.
Le lendemain recommencer la presse.
Conclusion, nous demandons liesse ;
De la tenir jamais ne fusmes las,
Et maintenons que cela est noblesse.
Car noble cueur ne cherche que soûlas.
Prince d'amour, à qui devons hommage, Certainement, c'est un fort grand dommage Que nous n'avons en ce moment largesse Des grans trésors de Juno la déesse Pour Venus suyvre, et que dame Pallas Nous vinst après resjouyr en vieillesse, Car noble cueur ne cherche que soûlas.
CRY DU .lEU DE l'EMPIRE D'ORLEANS
Laissez à part voz vineuses tavernes, Museaulx ardans, de rouge enluminez; Kenjeunissez, saillez de vos cavernes, Vieux accroupiz, par aage examinez; Voicy les jours qui sont déterminez A blasonner, à desgorger et dire ; Voicy le temps que suppostz de l'Empire Doivent par droict leurs coustumes tenir; Si voulez donc passer le temps et rire, N'y envoyez, mais pensez de venir.
Harnoys, chevaulx, fifres, labours et trompes,
Riches habitz et grans bragues avoir.
Ce ne sont pas de l'Empire les pompes :
Leurs motz, leur jeu, c'est cela qu'il fault veoir;
Qui vouldra donc des nouvelles scavoir.
Qui ne sçaura des follies cent mille.
Qui ne sçaura mainte abusion vile,
Sans trop picquer l'en ferons souvenir;
Pourtant, seigneurs de ceste noble ville,
N'y envoyez, mais pensez de venir.
N'ayez pas peur, dames geutes, mignonnes, Qu'en noz papiers on vous vueille coucher; Chascun scait bien qu'estes belles et bonnes; On ne scauroit à voz honneurs toucher.
Qui est morveulx si se voyse moucher.
Venez, venez, sotz, sages, folz et folles. Vous, musequins qui tenez les escolles De caqueter, faire et entretenir, Pour bien juger que c'est de nos parolles, N'y envoyez, mais pensez de venir.
Prince, le temps et le terme s'approche Qu'Empiriens par dessus la Bazoche Triumpheront, pour honneur maintenir :
Toutes et tous, si trop fort on ne cloche, N'y envoyez, mais pensez de venir.