DU BAISER DE S^AMTE
ILn la baisant m'a dîct, amy sans blasme. Ce seul baiser, qui deux bouches embasme, Les arres sont du bien tant eiperé :
Ce mot elle a doulcement profère Pensant du tout appaiser ma grand^flamme. •
Mais le mien cueur adonc plus elle enflamme Car son alaine odorant plus que basme Souffloit le feu qu'Amour m'a préparé, En la baisant.
l56 RONDEAUX.
Bref, mon esprit sans congnoissance d^ame Yivoît alors sur la bouche à ma dame.
Dont se mouroit le corps énamoure :
Et si la lèvre eust gueres demouré Contre la mienne , elle m^eust succë Tame En la baisant.
DE L*AMAHT DOULOUREUX.
Avant mes jours, mort me fault encourir, Par un regard, dont m'as voulu ferir:
Et ne te chault de ma griefve destresse : Mais n'est ce pas à toy grande rudesse, Veu que tu as de quoy me secourir ?
Auprès de Peau de soif me fiiult périr , Je me voy jeqne, et en c^ge fleurir , Et si me monstre estre plein de vieillesse Avant m^ jours.
Or si je meurs , je veulx Dieu requérir. Prendre mon ame : et sans plus enquérir, Je donne aux vers mon corps plein de tristesse. Et quant à toy^ pardonne h ta simplésse, Ce nonobstant que me faces mourir Avant mes jours.