AU RETOUR DE FRANCE
Jr RINCE de paix et de prouesse, Chef d'œuvre d'honneur et de mœurs Qui contre guerre qui nous blesse En fleur de triumphant* noblesse .
Avez forgé paix «anS rumeurs.
De plainctes, de cris et clameurs En ce quartier plus ne souvient ; Si hault crie on Noël qu'il vient.
De garder murailles cristeaux ' De faire joustes et toumoys , D^assaillir villes et chasteaulx , De couvrir la mer de basteaux,
' LVditîon d^Anvers de i53g , imprimée chez Jean Steels , attribue cette pièce à Marot. L. Dufrenoî croit reconnaître dans ce DictierXt style de Jean Molinet. Ce poète , qui demeurait à Valenciennes , où il ëtait chanoine , vivait sous Louis XII et François I«ry presqu'en même tems que Clëment Marot.>
^ Ce sont des murailles à crënaux, mûri cristati ^ tels quW en voit encore dans les antiques châteaux et les vieilles fortifications.
45o POÉSIES ATTRIBUÉES
De prendre portz Sarrasinoys, €e sont haultz faictz , je le connois : Mais de paix faire en peu d^espace, G^est œuvre qui toute autre passe.
Du pays estes le salut S^en aurez prières mainte une Oncques prise ^ un mpt absolut ' , Pour le pays tant ne valut, Que fust la vostre de Bethune * , Nous en aurons bonne fortune Et de paix joyeux recouvrier, A l'ouvrage on voit l'œuvrier.
Si par vous les perfec;tions
De paix avons pour nous repaistre,
Cent mille benedicûons
Aurez de toutes nations,
£t de Dieu le souverain maistrè.
Petis enfans encor à naistre
Le grand fruict en pourront sentir :
Jamais bon sens ne peult mentir.
Si vous avez en temps de guerre Acquis loz et excellent bruict ,
* Pour dire , en un mot.
* Ville de b province d'Artois , prise et reprise plus d'une fois.
A CLÉMENT MAROT. 45j
Encores pouvez vous acquerre Gloire du ciel, pour la paix guerre, Qui de Dieu est précieux firuict« Par guerre humain sang est destruict:
Par paix tout bien vient sans deffault : Un jour de repris cent marcs vaulL
Corps et ame , honneur et chevance De bon cueur sans estre.esbahiz Loyalement sans dècepvance Avez expose en Tadvance Du bien pubKc et du pays :
Du père qui n'est point hays Et du filz vous sera rendu :
Oncques bienfaict ne fut perdu«
C'est pitië d'aller par les champs Argent monte, honneur rappetisse:
Prebstres, clercs, bourgeois et marchans Sont empluchez ' par gens meschans , Querans proye ou bague faitisse ^ :
Et que pis est s'on faict justice D'un gros varlet , son maistre en hongne : On est Charles duc de Bourgongne.
* Dépouillés.
* Bagues beUes et bien faites , ou même joyaux.
Mille tours faictz, mille pillages , Mille forces ; mille hastures , Se font par champs et par villages : Sdtit ce point povres vasselages ' ?
Las cniy, ce sont choses dures.
Leurs pleurs et leurs déconfitures, Crient vengeance devant Dieu :
Ou force règne droict n^a lieu.
Mais se bonne paix viçnt en règne Ainsi qu.e brief nous espérons.
Justice qui guieres ne règne Ira chercher en la garenne Les foullars et les happerons :
Nous employrons noz espérons A' chasser, voiler et esbatre :
Se nous ne comptons sans rabbatre.
Quoyque Valenciennes soit jus Povre que femme sans litière Plus pressée que n*est vertjus JElle demourre après tout jus , Ferme, droicte, saine et entière.
Plus riche d^elle à la ratière Est prise qui n^a cueur si net :
Dieu sçait qui bon pellerin est
' Seryitades , esclayages. •
A CLÉMENT MÀKOT; 4^3
Valenciennes fort povre et ntie Espérant le bon temps paisible Vous festoyé à vostre venue.
Non point tant qu'elle y est tenue , Mais autant que luy est possible:
Prince de paix, conte invincible, .
En qui vertu prend son degrë , Prenez son petit faict en gré.
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