‹ Œuvres complètes de Clément MarotChapitre 138 sur 258 · DU TEMPS QUE MAROT ESTOIT AU PALAIS A PARIS · texte numérisé non relu

DU TEMPS QUE MAROT ESTOIT AU PALAIS A PARIS

Musiciens à la voix argentine,

Doresnavant, com,nae un homme esperdu,

Je chanteray plus hault qu'une buccine :

« Hélas ! si j'ay mon joly temps perdu, n

Puis que je n'ay ce que j'ay prétendu.

C'est ma chanson, pour moy elle est bien deue.

Or je voys veoir si la guerre est perdue,

Ou s' elle picque ainsi qu'un hérisson.

Adieu vous dy, mon maistre Jehan Grisson;

Adieu Palais et la porte Barbette,

Où j'ay chanté mainte belle chanson

Pour le plaisir d'une jeune fillette.

Celle qui c'est, en jeunesse est bien fine, Ou j'ay esté assez mal entendu; Mais si pour elle encores je chemine, Parmy les piedz je puisse estre pendu ; C'est trop chanté, sifflé et attendu Devant sa porte, en passant par la rue, Et mieux vauldroit tirer à la charrue Qu'avoir tel' peine, ou servir un masson. Bref, si jamais j'en tremble de frisson. Je suis content qu'on m'appelle Caillette; C'est trop souffert de peine et marrisson Pour le plaisir d'une jeune fillette.

Je quicte tout, je donne, je resigne Le don d'aymer, qui est si cher vendu. Je ne dy pas que je me détermine De vaincre Amour, cela m'est defïcndu, Car nul ne peult contre son arc tendu. Mais de souffrir chose si mal congrue, Par mon serment, je ne suis plus si grue.

On m'a aprins tout par cueur ma leçon : Je crains le guet, c'est un maulvais garçon ! Et puis de nuyct trouver une charrette; Vous vous cassez le nez comme un glaçon Pour le plaisir d'une jeune fillette.

ENVOY

Prince d'amour régnant dessoubz la nue.

Livre la moy en un lict toute nue, Pour me payer de mes maulx la façon, Ou la m'envoye à l'ombre d'un buysson : Car s'elle estoit avecques moy seulette ïu ne veis onc mieulx planter le cresson Pour le plaisir d'une jeune fillette.

A MADAME d'ALENÇON POUR ESTRE COUCHÉ EN SON ESTAT

Princesse au cueur noble et rassis, La fortune que j'ay suivie Par force m'a souvent assis Au froid giron de triste vie; De m'y seoir encor me convie, Mais je responds (comme fasché) :

« D'estre assis je n'ay plus d'envie; Il n'est que d'estre bien couché. »

Je ne suis point des excessifz Imixjrtuns, car j'ay la pcpic, Dont suis au vent comnie un châssis.

Et debout ainsi qu'une espie; Mais s'une fois en la copie De vostrc estât je suis merché.

Je criray plus hault qu'une pie :

« Il n'est que d'estre bien couclu'-. '>

L'un soustient contre cinq ou six Qu'estre accouldé, c'est musardie; L'autre, qu'il n'est que d'estre assis Pour bien tenir chère hardie; L'autre dit que c'est mélodie D'un homme debout bien fiché; Mais quelque chose que l'on die, Il n'est que d'estre bien couché.

ENVOY

Princesse de vertu remplie.

Dire puis (comme j'ay touché), Si promesse m'est accomplie :

« Il n'est que d'estre bien couché. »

d'un .\mant ferme en son amour

Près de toy m'a faict arrester Amour, qui tousjours me remurd :

Mais d'en partir fault m'apprester, Sans en ce poursuyvre ma mort.

Bel Accueil, qui m'a rys, me mord, Et tourne ma joye en destresse, Pour avoir quis en trop hault port Première et dernière maistresse.

Ha ! mon cueur, que voy regreter.

Tu cherches trop heureux confort :

Foible suis pour te conquester Un chasteau de si grand effort; Si vivras tu loyal et fort, Et combien que rigueur t'oppresse.

Je veulx que la tiennes (au fort) Première et dernière maistresse.

Première, car d'autre accointer Ne me vint onques en record.

Et dernière, car la quitter Jamais je ne seray d'accord.

Première me serre et entord, Dernière peult m'oster de presse; Bref, elle m'est (soit droit ou tort) Première et dernière maistresse.

ENVOY

Adieu donc, cueur de noble apport, Taché d'ingratitude expresse; Adieu, du servant sans support Première et dernière maistresse.

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