‹ Œuvres complètes de Clément MarotChapitre 143 sur 258 · DE LA PASSION DE NOSTRE SEIGNEUR JESUCHRIST · texte numérisé non relu

DE LA PASSION DE NOSTRE SEIGNEUR JESUCHRIST

Le pellican de la forest celique,

Entre ses faictz tant beaulx et nouvelletz,

Après les cieulx et l'ordre archangelique

Voulut créer ses petits oyselletz,

Puis s'envola, les laissa tous seuletz,

Et leur donna, pour mieulx sur la terre estre,

La grand' forest de paradis terrestre,

D'arbres de vie amplement revestue.

Plantez par luy, qu'on peult dire en tout estre

Le Pellican qui pour les siens se tue.

Mais ce pendant qu'en ramage musique

Chantent aux boys comme rossignolletz,

Un oyseleur cauteleux et inique

Les a deceuz à glus, rhetz et filetz.

Dont sont banniz des jardins verdeletz,

Car des haultz fruictz trop voulurent repaistre,

Parquoy en lieu sentant pouldre et salpestre,

Par plusieurs ans mainte souffrance ont eue,

En attendant hors du beau lieu champestre

Le Pellican qui pour les siens se tue.

Pour eulx mourut cest oysel deifîque,

Car du hault boys plein de sainctz Angeletz

Vola ça bas par charité pudique,

Où il trouva corbeaux très ordz et laydz,

Qui de son sang ont faict maintz ruysseletz,

Le tourmentant à dextre et à senestre,

Si que sa mort, comme l'on peult congnoistre,

A ses petis a la vie rendue.

Ainsi leur feit sa bonté apparoistre

Le Pellican qui pour les siens se tue.

EXVOY

Les Corbeaux sont ces Juifs exilez

Qui ont à tort les membres mutilez

Du Pellican, c'est du seul Dieu et maistre.

Les Oyseletz sont Humains qu'il feit naistre,

Et rOyseleur, la Serpente, torue

Qui les deceut, leur faisantmtescongnoislre

Le Pellican qui pour les siens se tue.

CONTRE CELLE QUI FUT s'AMIE

Un jour rescriviz à m' amie Son inconstance seulement, Mais elle ne fut endormie A me le rendre chauldement; Car dès l'heure tint parlement A je ne sçay quel papelard.

Et lui a dict tout bellement :

« Prenez le, il a mengé le lard. »

Lors six pendars ne faillent mye A me surprendre finement, Et de jour, pour plus d'infamie, Feirent mon emprisonnement.

Hz vindrent à mon logement ; Lors ce va dire un gios paillard :

« Par la morbieu, voylà Clément, Prenez le, il a mengé le lard. -

Or est ma cruelle ennemie Vengée bien amèrement; Re venge n'en veulx ne demie.

Mais quand je pense, voyremtînt, Elle a de rtn^j'iu larg'cm.uL,

D'inventer la science et l'art De crier sur moy haultement :

« Prenez-le, il a mengé le lard. »

ENVOY

Prince, qui n'eust dict plainement La trop grand' chaleur dont elle art, Jamais n'eust dict aulcunement :

t( Prenez le, il a mengé le lard. »

DE s'AMYE bien belle

Amour me voyant sans tristesse Et de le servir desgouté, M'a dict que feisse une maistresse, Et qu'il seroit de mon costé.

Après l'avoir bien escouté, J'en ay faict une à ma plaisance, Et ne me suis point mesconté :

C'est bien la plus belle de France.

Elle a un œil riant, qui blesse Mon cueur tout plein de loyaultê, Et parmy sa haulte noblesse Mesie une doulce privaulté.

Grand mal seroit si cruaulté l^aisoit en elle dcm.ourance; Car, quant à parler de beauté, C'est bien la plus belle de France.

De fuyr s'amour qui m'oppresse, Je n'ay pouvoir ne voulentA, Arrcsté suis en co<*to presse

Comme l'arbre en terre planté.

S'esbahyt on si j'ay planté De peine, tourment et souffrance?

Pour moins on est bien tourmenté C'est bien la plus belle de France.

ENVOY

Prince d'amours, par ta bonté Si d'elle j'avois jouyssance, One homme ne fut mieulx monté; C'est bien la plus belle de France.

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