‹ Œuvres complètes de Clément MarotChapitre 154 sur 258 · CHANT DE MAY ET DE VEKTU · texte numérisé non relu

CHANT DE MAY ET DE VEKTU

Voulenticrs en ce moys icy La terre mue et renouvelle.

Maintz amoureux en font ainsi, Subjectz à, faire amour nouvelle

Par legiereté de cervelle, Ou pour estre ailleurs plus contens; Ma façon d'aymer n'est pas telle.

Mes amours durent en tout temps.

N'y a si belle dame aussi De qui la beauté ne chancelle; Par temps, maladie ou soucy, Laydeur les tire en sa nasselle; Mais rien ne peult enlaydir celle Que servir sans fin je pretens; Et pourcc qu'elle est tousjours belle Mes amours durent en tout temps.

Celle dont je dy tout cecy, C'est Vertu, la nymphe éternelle Qui au mont d'honneur esclercy Tous les vrays amoureux appelle :

« Venez, amans, venez (dit-elle).

Venez à moi, je vous attens; Venez (ce dit la jouvencelle), Mes amours durent en tout temps. »

ENVOY

Prince, fais amyc immortelle,

Et à la bien aymer entens;

Lors pourras dire sans-cautelle :

« Mes amours durent en tout temps. »

CHANT DE FOLLIE, DE l'ORIGINE DE VILLEMANOCHE

I.es Pichelins par le monde espanduz Sont de si hault et si loing descenduz Qu'à peine a l'on sceu trouver la racine. N'uu seul rameau, de si brave origine;

Mais Dieu, voulant qu'ilz ne fussent. periz,

A resveillé les joyeulx esperitz

De l'un d'entre eulx, nommé Villemanoche,

Qui, tout ainsi que l'on rompt une roche

Pour trouver l'eau qui dessoubz est cachée,

Ainsi il a sa race tant cherchée,

En se rompant entendement et corps,

Qu'il l'a trouvé en livres tous d'accords;

Livres, mais quelz? Livres trèsautentiques,

Vieux, et usez de force d'estre antiques,

Lesquelz il a à grand' peine trouvez,

Leuz et releuz, volvez et revolvez;

Si vieux (de faict) les a voulu eslire.

Que nul fors luy oncques n'y sceut rien lire.

Il a trouvé ses grans prédécesseurs, Preux et hardys comme leurs successeurs. Dont l'une part réside en Germanie, Et la pluspart plusieurs règnes manie.

Il a trouvé, à force de chercher, Que ses parens sceurent si bien prescher, Non pas prescher, mais si bien haranguèrent. Qu'à nostre loy Infidèles rengerent.

Et de ceulx là on voit par conséquence Villemanoche avoir leur éloquence; Car luy estant vestu de longue togue Sçait harenguer tout seul en dialogue; Et s'il avoit la robe courte prise, Lors on verroit qu'il seroit d'entreprise; Et, qui plus est, semblable de prouesse A ses ayeulx, comme il est de sagesse.

Or est ainsi (helas !) qu'il nous appert Que par deçà ceste race se pert Si cestuy cy n'est joinct par mariage En noble lieu, qui seroit grand dommage.

O Pichelin. tu dessers qu'on t'allie En lieu royal; ô superbe Italie, Tu es enflée au nom des Crivelins; Mais Gaule s'enfle au nom des Piclielins. " Vive (dis tu) la case Crivcline ! » Mais en tous lieux vive la Picheline !

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