A SES AMYS
Il n'en est rien de ce qu'on vous revellc; Ceulx qui l'on dit ont faulte de cervelle, Car en mon cas il n'y a mesprison, Et par dedans ne vy jamais prison; Ddncques, amys, l'ennuy qu'avez, ostez le.
Et vous, causeurs pleins d'envie immortelle, Qui vouldriez bien que la chose fust telle, Crevez de dueil, de despit ou poison.
Il n'en est rien.
Je rys, je chante en joye solennelle; Je sers ma Dame, et me console en elle; Je rithme en prose (et peult estre en raison) Je sors dehors, je r'entre en la maison; Ne croyez pas doncques l'autre nouvelle : Il n'cH est rien.
d'un qui se plain'ct de mort et d'envie (1529)
Depuis quatre ans Faulx Rapport vicieux Et de la Mort le dard pernicieux Ont faict sur moy tomber maint grand orage : Mais l'un des deux m'a navré en courage Trop plus que l'autre, et en bien plus de lieux.
Touchant Rapport, en despit de ses yeulx, Je vy tousjours riche, sain et joyeux,
Combien qu'a tort il m'ayt faict grand dommage, Depuis quatre ans.
Mais quand de Mort le remors furieux S'en vient par foys passer devant mes yeulx. Lors suis contrainct de blasmer son oultrage, Car cil tout seul m'a plus donné de rage Que n'a Envie, et tous les envieux, Depuis quatre ans.
d'un qui se complainct de fortune
Faulse Fortune, ô que je te vy belle ! Las ! qu'à présent tu m'es rude et rebelle ! O que jadis feiz bien à mon désir.
Et maintenant me fais le desplaisir Que je craignois plus que chose mortelle !
Enfans nourriz de sa gauche mammelle, Composons luy (je vous prie) un libelle Qui pique dru et qui morde à loisir Faulse Fortune.
Par sa rigueur (helas !) elle m' expelle Du bien que j'ay, disant, puis qu'il vient d'elle. Qu'elle peult bien du tout m'en dessaisir. Mais en fin Mort mort me fera gésir.
Pour me venger de sa sœur, la cruelle, Faulse Fortune.
A MADAME DE BAZAUGES
De Fortune trop aspre et trop dure Peult trop .souffrir un povre corps.
Si par parolles ne met hors La cause pourquoy il endure.
Mais soubz constante couverture On peult bien declairer les sortz De Fortune.
D'en descirer robbc et ceincture, Crier et faire telz effortz, Tout cela ne sert de rien, fors A plus indigner la nature De Fortune.