‹ Œuvres complètes de Clément MarotChapitre 173 sur 258 · AUX AMYS ET SCEURS DE FEU CLAUDE PERREAL · texte numérisé non relu

AUX AMYS ET SCEURS DE FEU CLAUDE PERREAL

LYONNOI3

En grand regret, si pitié vous remord.

Pleurez l'ami Perreal, qui est mort, Vous ses amys : chascun prenne sa plume. La mienne est preste, et bon désir l'alumc A déplorer (de sa part) telle mort.

Et \ou^> ses sœurs, dont maint tableau sort, Paindre vous fault pleurantes son grcf sort Près de la tumbe en laquelle on l'inhume En grand regret.

Regret m'en blesse, et si sçay bien au fort Qu'il fault mourir, et que le desconfort (Soit court ou Jong) n'y sert que d'amertume; Mais vraye amour est de telle coustume, Qu'elle contrainct les amys plaindre fort En grand regret.

DU VENDREDY SAÎNCT

Dueil ou plaisir me fault avoir sans cesse : Dueil quand je voy (ce jour plein de rudesse) Mon Rédempteur pour moy en la croix pendre; Ou tout plaisir, quand pour son sang espandre Je me voy hors de l'infernalle presse.

Je riray donc : non, je prendray tristesse : Tristesse? ouy, dy je, toute liesse.

Bref, je ne sçay bonnement lequel prendre, Dueil ou plaisir.

Tous deux sont bons, selon que Dieu nous dresse; Ainsi la mort qui le Saulveur oppresse Faict sur noz cueurs dueil et plaisir descendre; IMais nostre mort, qui enfin nous faict cendre, Tant seulement l'un ou l'autre nous laisse, Dueil ou plaisir.

DE LA LONCivFllON Ub NOSTRE DA.ME (l5io)

Comme nature est en pcchc ancrée Par art d'Enfer, grâce, qui nous recréé Par art du ciel, Marie en garantit;

Car autrement cil qui se y consentit Ne l'eust jamais à son Filz consacrée.

Mais il peult tout, et veult et luy aggrée Qu'un filz sacré aye mère sacrée, Ce qu'elle fut, et vice ne sentit, Comme nature.

Nature, trop de fol désir oultrée.

Est en péché originel entrée.

Et sans baptesme onc homme n'en partit. Mesmes jamais la Vierge n'en sortit :

Aussi jamais elle n'y fit entrée Comme nature.

DE LA VEUE DES RÔYS DE FRANCE ET d'aNGLETERRE ENTRE ARDRES ET GUIGNES

De deux grans Roys la noblesse et puissance Veue en ce lieu, nous donne congnoissance Qu'amytié prend courage de lyon, Pour ruer jus vieille rébellion, 3it mettre sus de paix l'esjouyssance.

Soit en beauté, sçavoir et contenance.

Les anciens n'ont point de souvenance D'avoir onc veu si grand' perfection De deux grans roys.

Et le festin, la pompe et l'assistance Surpasse en bien le triumplie et inesLance Qui fut jadis sur le mont Pelyon :

Car de là vint la guerre d'Ilion; Mais de cecy vient paix et alliance De deux grans roys.

DE CEULX QUI ALLOIENT SUR MULLE AU CAMP d'aTTIGNY

Aux champs, aux champs, braves, qu'on ne vous trousse !

Prenez harnoys, l'arc, la flèche et la trousse

Pour vous deffendre en Haynault ou Milan

Et gardez bien d'y empongner mal an.

Car le drap d'or bien peu sert quand on poulse.

Raison pourquoy? On se y bat et courrousse Plus qu'à chasser à quelque beste rousse, Ou à voiler la pye ou le millan Aux champs.

En cestuy camp, où la guerre est si doulce, Allez sur mulle avecques une housse, Aussi tousez qu'un moyne ou capellen; Mais vous vouldriez estre en Hierusalem Quand ce viendra à donner la secousse Aux champs.

au rov (1521)

Au départir de la ville de Reims,

F'aultc d'argent me rend foible de reins,

Roy des François, voire de telle sorte

Que ne sçay pas comme d'icy je sorte.

Car mon cheval tient mieulx que par les creins.

Puis l'hoste est rude et plein de gros refrains Je y laisseray mors, bossettes et frains, Ce m'a il dit, ou le diable l'emporte, Au départir.

Si vous supply, Prince que j'ayme et crains, Faictes miracle : avecques aucuns grains, Ressuscitez ceste personne morte.

Ou autrement demourray à la porte Avec plusieurs qui sont à ce contrainctz, Au départir.

d'un lieu de plaisance

Plus beau que fort ce lieu je puis juger, Parquoy le veulx non pas comparager A lUion, non à Troye la grande, Mais bien au val tapissé de lavande Où s'endormit Paris, jeune berger.

En ce beau lieu Dyane vient loger; Ne vueillez donc sur luy faulte songer; Car il est tel comme elle le demande, Plus beau que fort.

Maintz cnnemys le viennent assiéger, Dont le plus rude est le serein legier, L'autre le geay, la passe, la callande; Ainsi la dame (à qui me recommande) S'esbat à veoir la guerre en son verger Plus beau que fort.

d'aucunes nonnains

Hors du couvent, l'autrehyer, soubz la couldrette,

Je rencontray mainte nonne proprette,

Suyvant l'abbesse en grand'devotion;

Si cours après, et par affection

Vins aborder la plus jeune et tendrette.

Je l'araisonne, elle plainct et regrette, Dont je congneus (certes) que la povrette Eust bien voulu autre vacation Hors du convent.

Toutes avoient soubz vesture secrette Un tainct vermeil, une mine saffrette, Sans point avoir d'amour fruition.

Ha! (dis je lors) quelle perdition Se faict icy de ce dont j'ay souffrette Hors du convent.

D^vLLIA^'C^: de pensï^e

Un mardy gras, que tristesse est chassée, M'advint, par heur d'amytié pourchassée, Une pensée excellente et loyale; Quand je dirois digne d'estre royale, Par moy seroit à bon droict exaulcée ;

Car de rithmer ma plume dispensée (Sans me louer) peult louer la pensée, Qui me survint dansant en une sale, Un mardy gras.

C'est celle qu'ay d'alliance pressée Par ces attraicts; laquelle à voix baissée M'a dit : « Je suis ta pensée féale, Et toy la mienne, à mon gré, cordiale. » Nostre alliance ainsi fut commencée, Un mardy gras.

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