‹ Œuvres complètes de Clément MarotChapitre 180 sur 258 · A UNE DAME, POUR LA LOUER · texte numérisé non relu

A UNE DAME, POUR LA LOUER

Rondeau où toute aigreur abonde, Va veoir la doulceur de ce monde :

Telle doulceur t'adoucira, Et ton aigreur ne l'aigrira.

Trop plus qu'en autre en moy s'est arresté

Fascheulx ennuy : car yver et esté

N'ay veu que fraulde, hayne, vice et oppresse

Avec chagrin; et durant ceste presse,

Plus mort que vif au monde j'ay esté.

Mais le mien cueur lors de vie absent Commence à vivre et revient à santé, lit tout plaisir vers moy prend son adresse Trop plus qu'en autre.

Car maintenant j'apperçoy loyaulté, Je voy à l'œil Amour et féaulté, Je voy vertu, je voy pleine liesse.

Tout cela voy : voyre même en qui est-ce? C'est en vous seule, où gist toute beauté Trop plus qu'en autre.

A LA FILLE d'un PAINCTRE d'oRLEANS, BELLE ENTRE LES AUTRES

Au temps passé Apelles, painctrc .sage,

l'eit seulement de Venus le visage,

f'ar fiction ; mais pour plus hault attaindre,

Ton père a faict de Venus, sans rien faindre, Entièrement la face et le corsage;

Car il est painctre, et tu es son ouvrage, Mieulx ressemblant Venus, de forme et d'aage, Que le tableau qu'Apelles voulut paindre Au temps passé.

Vray est qu'il feit si belle son image. Qu'elle eschauffoit en amour maint courage; Mais celle là que ton père a sceu taindre,

Y met le feu, et a dequoy l'estaindre. L'autre n'eut pas un si gros advantage Au temps passé.

DU BAISER DE s'aMVE (1524)

En la baisant, m'a dit : >; Ani)- sans blasnie. Ce seul baiser, qui deux bouches embasme, Ees arres sont du bien tant espéré. »

Ce mot elle a doulcement proféré.

Pensant du tout appaiser ma grand' flamme.

Mais le mien cueur adonc plus elle enflamme, Car son alaine, odorant plus que basme, Souffloit le feu qu'Amour m'a préparé, En la baisant.

Bref, mon esprit, sans congnoissance d'amc, Vivoit alors sur la bouche à ma dame.

Dont se mouroit le corps énamouré; Et si la le\Te eust gueres demouré Contre la mienne, elle m'eust succé l'amc En la baisant.

POUR UN QUI EST ALLÉ LOING DE s'aMYE (1524)

Loing de tes yeulx t' amour me vient poursuivre Autant ou plus qu'elle me souloit suivre Auprès de toy; car tu as (pour tout seur) Si bien gravé dedans moy ta doulceur, Que mieulx graver ne se pourroit en cuivre.

Le corps est loing, plus à toy ne se livre; Touchant le cueur, ta beauté m'en délivre ; Ainsi je suis (long temps a) sans mon cueur, Loing de tes yeulx.

Or l'homme est mort qui n'a son cueur délivre; INIais endroit moy ne s'en peult mort ensuyvre, Car si tu as le mien plein de langueur, J'ay avec moy le tien plein de vigueur, Lequel autant que le mien me faict vivre, Loing de tes yeulx.

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