‹ Œuvres complètes de Clément MarotChapitre 238 sur 258 · DE JEHAN DE MONTDOULCET · texte numérisé non relu

DE JEHAN DE MONTDOULCET

Après avoir servy autour de la personne Du roy Loys douziesme, avant que sa couronne ^ Ornast son noble chef et après l'avoir prise, Je Jehan de Montdoulcet esprouvay la surprise De l'incertaine Mort : car un esclat de lance En un plaisant tournoy dedans mon cœur se lance Si vigoureusement, et par fortune telle, Qu'au milieu de plaisir senty douleur mortelle. Qui au lict me jecta saisy de fiebvre grosse, De mon lict au cercueil, du cercueil en la fosse, Non pas sans grand regret du maistre et des amys. Les amys m'ont pleuré, et le bon maistre a mis Mes enfans aux estatz de moy lors retenuz. Entre autres que j'avois de sa grâce obtenuz, Et donna pension à la mienne espousée, C'est Jane Cotereau, qui est icy posée.

Si tant d'honneur et bien ne vint de mon mérite, Il vint d'amour de Roy envers moy non petite; Mais la source du tout fut la bonté de Dieu. Priez pour moy, passans, priez qu'en cestuy lieu Je puisse en Jesuchrist tellement sommeiller, Qu'avec les siens me fasse au grand jour resveiller.

Page 1