NOTICE XXXV
le supplanter dans sa charge de valet de chambre de François I^^, mais, ses tentatives ayant été infructueuses, le dépit le porta à se joindre à Sagon; dans la lutte il se distingua surtout par sa grossièreté et sa basse jalousie.
Sagon et principalement la Huetterie auraient dû se repentir d'être entrés si témérairement en lice; les coups qu'ils avaient voulu porter à leur ennemi avaient été repoussés si vigoureusement qu'ils auraient dû au moins rentrer promptement dans le silence; leur bile ne fit que s'accroître et de tous côtés ils se cherchèrent des partisans et des alliés. Tentative inutile ! Ils gagnèrent seulement à leur cause un tas de petits poètes que leur haine contre Marot a seule garantis de l'obscurité et du silence : Mathieu de Boutigny, prétendu page de Sagon; Mathieu de Vaucelles, imprimeur et libraire au Mans; Nicolas et François Denisot, quelques rimeurs inconnus, comme Jean le Blond, seigneur de Branville, surnommé V Espérant mieux, François Roussin, Jean Huguet.
Marot eut pour lui tous les poètes d'un peu de valeur et d'esprit; tous restèrent de son parti; tous s'empressèrent de lui donner des marques de leur estime et de leur amitié. Sans parler de Bonaventure des Perriers et de Charles Fontaine, qui avaient déjà pris la défense de l'absent et soutinrent encore dans cette lutte l'ami présent dans leurs vers, Mellin de Saint-Gelais voulut aussi venger notre poète des traits injurieux de Sagon et écrivit :
n Je vy n'aguere un des plus beaux combats Qu'il est possible, et vault bien qu'on le scache. Un milan vit un chat dormant en bas, Si fond sur luy, et du poil lui arrache; Le chat s'éveille et au milan s'attache Si vivement et restreint si très fort, Otie le milan faisant tout son effort De s'envoler se tint près à la prise
(Ballade de Mellin de Saint-Gelais au nom de Cl. Marot contre Sagon, édit. du FresHoy, III, 487.)