‹ Œuvres complètes de Clément MarotChapitre 73 sur 258 · HAYNAULT · texte numérisé non relu

HAYNAULT

Ici veoit-on (trèsillustre Princesse) du Roy la triumphante armée, qui, un mercredy (comme sçavez), s'attendant avoir la bataille, par paroles persuadantes à le bien servir esleva le cueur de ses gens à si voluntaire force, qu'alors ilz eussent non seulement combatu, m,ais fouldroyé le reste du monde pour ce jour : auquel fut veue la hautesse de cueur de maintz chevaliers, qui, par ardent désir, voulurent poulser en la flotte des ennemys, lors qu'en diffamée fuyte tournèrent, laissant grand nombre des leurs ruynez en la campaigne par impétueux oraige d'artillerie : dont fut attaint le bastard d'Aimery si au vif, que le lendemain fina ses jours à Vallenciennes. Après peult on veoir des anciens capitaines la rusée conduite, de leurs gens d'armes la discipline militaire observée, l'ardeur des adventuriers et l'ordre des Suysses, avec le triumphe gênerai de l'armée gallicane, dont la veue seulement a m,eurtry l'honneur de Haynault, comme le Basilicque premier voyant l'homme mortel. Autre chose (ma souveraine Dame) ne voyons nous qui ne soit lamentable, comme povres femmes désolées errantes (leurs enfants au col) au travers du pays despouillé de verdure par le froid yvernal, qui jà les commence à poindre, puis s'en vont chauffer en leurs villes, villages et chasteaulx mis à feu, combustion et ruine totale, par vengeance réciproque; voire vengeance si confuse et universelle, que nos ennemys propres font passer pitié devant nos yeux. Et en telle misérable façon cestc impitoyable serpente, la guerre, a obscurcy l'air pur et net, par poudre de terre sèche, par salpestre et pouldre artificielle, et par fumée causée de boys mortel ardant en

feu (sans eau de grâce) inextinguible. Mais nostre espoir par deçà est que les prières d'entre vous, nobles Princesses, monteront si avant es chambres célestes, qu'au moyen d'icelles la tressacrée fille de Jésus Christ, nommée Paix, descendra trop plus luysante que le soleil pour illuminer les régions gallicques. Et lors sera vostre noble sang hors du danger d'estre espandu sur les mortelles plaines. D'autre part, aux cueurs des jeunes dames et damoyselles entrera certaine espérance du retour désiré de leurs marys, et vivront povres laboureurs seurement en leurs habitacles comme prelatz en chambres bien nattées. Ainsi, bienheurée Princesse, espérons nous la non assez soudaine venue de Paix, qui toutesfoys peult finalement revenir en despit de guerre cruelle, comme tesmoigne Minfant en sa comédie de Fatale Destinée, disant :

Paix engendre Prospérité, De Prospérité vient Richesse, De Richesse Orgueil, Volupté, D'Orgueil Contention sans cesse, Contention la Guerre adresse, La guerre engendre Povreté, La Povreté Humilité.

D'Humilité revient la Paix, Ainsi retournent humains faicts.

Voilà comment (au pis aller, dont Dieu nous gard) peult revenir celle précieuse Dame souvent appellée par la nation françoise dedans les Temples divins, chantant : « Seigneur, donne nous Paix. » Laquelle nous vueille de bref envoyer iceluy Seigneur et Rédempteur Jésus, qui vous doint heureuse vie transitoire et en fin éternelle.

DES J.\RTIERES BL.\NCHES (1522)

De mes couleurs, ma nouvelle alliée, Estre ne peult vostre jambe liée, Car couleurs n'ay, et n'en porteray mye

Jusques à tant que j'auray une amye Qui me taindra le seul blanc que je porte En ses couleurs de quelque belle sorte. Pleust or à Dieu, pour mes douleurs estaindre, Que vous eussiez vouloir de les me taindre : C'est qu'il vous pleust pour amy me choisir D'aussi bon cueur que j'en ay bon désir. Que dy je, amy? Mais pour humble servant, Quoy que ne soye un tel bien desservant; Mais quoy ! au fort, par loyaulment servir, Je tascheroye a bien le desservir.

Brief, pour le moins, tout le temps de ma vie D'une autre aymer ne me prendroit envie. Et par ainsi quand ferme je serois, Pour prendre noir le blanc je laisserois : Car fermeté c'est le noir par droicture, Pource que perdre il ne peult sa taincture. Or porteray le blanc ce temps pendant.

Bonne Fortune en amour attendant; Si elle vient, elle sera receue Par loyaulté dedans mon cœur conceue; S'elle ne vient, de ma voulunté franche Je porteray tousjours livrée blanche.

C'est celle là que j'ayme le plus fort Pour le présent; vous ad visant, au fort, Si j'ayme bien les blanches ceinturettes. J'ayme encor mieulx dames qui sont brunettes,

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