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CHAPITRE VIII

Continuation du même sujet.

En considérant nos sensations comme représentatives, nous en avons vu naître toutes nos idées et toutes les opérations de l'entendement; si nous les considérons comme agréables ou désagréables, nous en verrons naître toutes les opérations qu'on rapporte à la volonté.

Le besoin. Quoique par souffrir on entende proprement éprouver une sensation désagréable , il est certain que la privation d'une sensation agréable est une souffrance plus ou moins grande. Mais il faut remarquer qu'être privé et manquer, ne signifient

LA LOGIQUE. 36o,

pas la même chose. On peut n'avoir jamais joui des choses dont on manque , on peut même ne les pas connaître. Il en est tout autrement des choses dont nous sommes privé^ non-seulement nous les connaissons, mais encore nous sommes dans l'habitude d'en jouir, ou du moins d'imaginer le plaisir que la jouissance peut promettre. Or une pareille privation est une souffrance, qu'on nomme plus particulièrement besoin. Avoir besoin d'une chose, c'est souffrir, parce qu'on en est privé.

Cette souffrance, dans son plus faible degré, um«Um». est moins une douleur qu'un état où nous ne nous trouvons pas bien , où nous ne sommes pas à notre aise : je nomme cet état malaise.

Le malaise nous porte à nous donner des mou- L'inqmétud vemens pour nous procurer la chose dont nous avons besoin. Nous ne pouvons donc pas rester dans un parfait repos; et, par cette raison, le malaise prend le nom d'inquiétude. Plus nous trouvons d'obstacles à jouir, plus notre inquiétude croît, et cet état peut devenir un tourment.

Le besoin ne trouble notre repos ou ne produit Le ^iiri L'inquiétude, que parce qu'il détermine les facultés du corps et de l'âme sur les objets dont la privation nous fait souffrir. Nous nous retraçons Le plaisir qu'il nous ont fait: la réflexion nous fait juger de celui qu'ils peuvent nous faire encore;

l'imagination l'exagère, et pour en jouir nous nous xv. ,4

donnons tons les mouvemens dont nous sommes capables. Toutes nos facultés se dirigent donc sur les objets dont nous sentons le besoin, et cette direction est proprement ce que nous entendons par désir.

1 les passions; Comme il est naturel de se faire une habitude de jouir des choses agréables, il est naturel aussi de se faire une habitude de les désirer; et les désirs tournés en habitudes se nomment passions. De pareils désirs sont en quelque sorte permanens; ou du moins, s'ils se suspendent par intervalles, ils se renouvellent à la plus légère occasion. Plus ils sont vifs, plus les passions sont violentes.

L'espérance. Si, lorsque nous désirons une chose, nous jugeons que nous l'obtiendrons, alors ce jugement, joint au désir, produit l'espérance. Un La volonté, autre jugement produira la volonté : c'est celui que nous portons, lorsque l'expérience nous a fait une habitude de juger que nous ne devons trouver aucun obstacle à nos désirs. Je veux signifie je désire, et rien ne peut s'opposer à mon désir; tout j doit concourir.

Autre accep- Telle est au propre l'acception du mot volonté.

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lonté. Mais on est dans l usage de lui donner une signi-

fication plus étendue ; et l'on entend par volonté une faculté qui comprend toutes les habitudes qui naissent du besoin, les désirs, les passions, l'espérance, le désespoir, la crainte, la confiance,

la présomption, et plusieurs autres, dont il est facile de se faire des idées.

Enfin le mot pensée, plus générale encore, Ufwrfti comprend dans son acception toutes les facultés de l'entendement et toutes celles de la volonté. Car penser, c'est sentir, donner son attention; comparer, juger, réfléchir, imaginer, raisonner, désirer, avoir des passions , espérer, craindre, etc. ( Traité des Anirn., part., 1 , chap. 8, 9 et 10.)

Nous avons expliqué comment les facultés de rame naissent successivement de la sensation; et on voit qu'elles ne sont que la sensation qui se transforme , pour devenir chacune d'elles.

Dans la seconde partie de cet ouvrage nous nous proposons de découvrir tout l'artifice du raisonnement. Il s'agit donc de nous préparer à cette recherche ; et nous nous y préparerons en essayant de raisonner sur une matière qui est simple et facile, quoiqu'on soit porté à en juger autrement, quand on pense aux efforts qu'on a faits jusqu'à présent pour l'expliquer toujours mal. Ce sera le sujet du chapitre suivant.

Fausses hypothèses.

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