SCENE IX
ALINE, EMMEKIC, HECTOR.
ALINE. i;ii bien! .Mon>ieiir, il faut ipie ce soil moi qui vienne vous chercher! J'ai entendu partir la voilure de madame de Saint-Gcran... Et ces olislacles dont il était question?
EMMERIC. Rien, rien.
HECTOR. Il n'y en a plus.
.\LiNK, avec joie. A la bonne heure! Tout le monde est arrivé, excepté le notaire et mon parrain... les deux personnes les plus essentielles... après nous, cependant! Et vous, monsieur Ballandard, voilà unedemilieure que Victoria vous chewhedes yeux, cl elle m'a demandé deux fois où était M. Hector.
HECTOR, bas, à Emmeric. Tu le vois... elle ne peut plus se passer de moi... Je cours près d'elle. {Il sort.)
.\LiNE, allant à des doinestiques qui parai.s.fcnl au fond. Et vous, les glaces, le punch, qu'il faut. faire circuler. Dépèchi'Z-voiis.
LE iioMESTKjiE. Oui, Mademoiselle.
EMMERIC, souriant. En vérité, vous vous occupez de tout!
.4LINE. C'est notre devoir à nous autres; mais... quand je tiendrai notre ménag<', ce sera bien mieux encore. [Montrant le salon à gauche.) Je rentre. Et vous aussi, n'est-ce jias?.. On pourrait iieuserqueje reste ici pour causer avec vous. C'est peut-être vrai... \S' enfuyant.) Adieu, Monsieur! {Se frappant le front.) Ah! mon Dieu!., moi, à qui vous supposez une si bonne tète... l'n petit billet que j'oubliais... et que votre groom vient de descendre pour vous.
EMMERIC, prenant la lettre en regardant Aline. Merci, ma cousine, merci. {Jetant les yeux sur l'écriture.) 0 ciel!.. {Il traverse vivement le théâtre. Aline, penda?it ce temps, s'est retournée vers deux domestiques qui viennent d'entrer par la porte du fond, portant des plateaux de rufrakhissementi:.) Vous, dans le grand salon. {A un autre domestique.) Vous, dans la chambre de mon père et dans le boudoir... Et les tables de jeu à organiser... (.-1 Emmeric.) Vous venez... n'esl-il pas vrai?
EMMERIC, troublé. Oui... oui... Je vous suis... (Elle sort par la porte à droite, celle du boudoir, au moment où rentre Hector par la porte à gauche, celle du salon.)
HECTOR, l'à'cmenf. Une glace!., une glace!., pour mademoiselle Victoria. (Levant les yetux et apercevant Emmeric, qui est près de la table à gauche.) Eh bien!
UNE CHAINE
il chancelle.'., il se trouve mal!.. Est-ce l'excès du bonheur? {Courant à lui.) Mon ami!..
EMMERic, vivement. Tais-toi... tais-toi.
HECTOK. Qu'as-tu donc?
EMMERIC. C'esld'elle... c'estdelacomtesse... Tiens, lis.
HECTOR, lisant. « Mon mari a tout découvert... Il « sait tout! » {Tremblant.) Ah! je n'ai pas la force d'achever.
EEMERic, lui prenant le billet. « Je n'ai phis que « vous seul au monde pour nie défendre ou me tlon- « ner conseil. Je suis chez vous... je vous attends. »
HECTOR, avec colère. Qu'est-ce que je te disais? Ça ne Unira pas... ça ne finira jamais.
EMMERIC, avec désespoir. Et au moment le plus heureux de ma vie! Adieu, mon ami... adieu!
HECTOR. Est-ce que tu iras près d'elle?
EMMERIC. Et le moyen d'hésiter sans être un infâme ! C'est pour moi... c'est par moi... qu'elle atout jK-rdu, son rang, sa fortune, sa réputation. Fit puis, n'y a-til pas un homme d'honneur que j'ai olfensé et outragé?
HECTOR. Ah! ne me dis pas cela.
EMMERIC. Et demain, sans doute... C'est juste... ma vie lui appartient... et j'irai la lui offrir.
HECTOR, hors de lui. Tu n'n-as pas!
EMMERIC. Silence!., et calme-toi! Tâchons de cons<;rver quelque sang-froid. Songeons d'ahord à cette malheureuse femme... à son départ... à sa fuite... Il faut de l'argent, et heaucoup... Je n'en ai pas!..
hei:tor. Qu'importe? puisque j'en ai...
EMMERIC Et des qu'elle sera en sûreté... ViiMis!.. partons'.. [S'arrétant.) Mais mon oncle... mais ma cousin ?.. «
HECTOR, remontant à yauche vers le salon. Et tout ce monde qui est invité!., et ce contrat que l'on va signer !
EMMERIC, qui a passé à droite. Impossible !.. je refuserai! Mais être témoin de la douleur d'Aline, de son désespoir... des reproches de son père et d'un pareil éclat... Non... non... je n'en ai pas la force! Qu'ils ne sachent rien ce soir... Demain, seulement... demain, tu viendras... tu leur apprendras tout quand je serai tué...
HECTOR. Que dis-tu?
EMMERIC, froidement. Est-ce que cela peut être autrement?
HECTOR, hors de lui.Tm].. tué!.. Je ne le veux pas.
EMMERIC. Silence!..
HECTOR. .Mais c'est absurde!.. Se battre et se faire tuer ou fuir eu pays étranger pour une fiinme qu'on n'aime plus'., et, pour elle, abandonner...
EMMERIC. .Mais tais-tui donc!..