ALINE, HECTOR
HECTOR. Oui, Mademoiselle, j'ai fait votre commission, et en soi tant de tible j'ai couru de votre part chez mademoiselle Victoria Giraut, (|ue j'ai invitée pour ce soir.
AI,l^E. Et elle accepte?
HECTOR. Avec une bonté... une aracieuseté... Elle me permet de venir la chercher, de lui donner la main... et son père, le négociant en vins, M. Giraut, qui n'y met pas de finesse... m'a dit eu me reconduisant ; « .Ma foi, mon cher, c'est à confondre... mais je crois qu'elle vous aime... » 11 m'a dit cela!..
AUNK. Est-il possible!..
HECTOR. Mot pour mot... Et si ce n'était la crainte d'uni' faliiiti-qui n'est pas dans nu in ri raetére... j'aurais presque l'ilée que le négociant de Bercy a dit vrai : In vino veritus.
Ai.iNE, ne comprenant /lo.?. Ouoi donc?
HEcr'oii. Rien! c'est du latin!., mais dans nn joie... dans ma reconnais-aneo, je ne veux plus avoir de secrets pour elle... je lui dirai tout...
ALINE, lui tendant la main. C'est bien à vous! rt voilà qui nous réconcilie... Mais c'est inutile... je lui avais tout appris.
iiECTon. Giiiiimeiit?..
ALINE. Votre duel... votre combd... et cet homme (;ue vous avez blessé...
HECTOR, cffraijé. Y pensez-\ous?
ALINE. Je le d<!vais.
HECTOR, (/(' même. Tout est perdu!
ALINE. Au eoiitrairi'... idle s'e-l écriée avec raviscnieiit et surprise : « Bail ludard s'est battu !.. lîallai:dard aeu un duel !.. » Et si vous aviez mi quelle éiiiotioii rii s'informant devons!..
iiECToa, hors de lui. Elle m'aime!..
ALINE. Elle qui avait juré de uc j imais s'appeler madame Ballandard... C'est là eu qui la contrariait... elle me l'avait dit.
HECTOR. Eh bien! on l'appellera midamc Hector... piiisiiu'elle aime les braves, puisqu'elle m'aime.
ALINE. C'est incomevable!
HE:roii. Et vous aussi...
ALINE Quaiid je dis inconcevable... je parle de son imagination belliqueuse...
ut'i'TOii. Qui pourrait bien avoir ses dangeis... car enfin et pour lui plaire, s'il f illait ainsi se battre toutes les semaines... Vous me répondiez à cela qu'une fois qu'on a fait ses pu uvcs... on n'est plus obligé à rien ..
ALINE. Certainement! mais appreinz-moi donc... vous qui savez tout... d'où venait p,-iid uit le déjeuner l'air triste et sileucieu\ de mon cousin?
iiïCTOR, i/aiement. Je u'ai pas iviuirqué... je mangeais... je buvais... je parlais... j'étais si cjnt< ni d'avoir enfin eutiMidu partir cette voiture...
ALINE. Quoi!., quelle voilure?
iiEcroR, se reprenant. Rien !.. nu client fàeheuv (|iie je redoutais... Enfin, chacun est heureux à sa nuiiière : je suis pour le b jnheur expansif, et lui, pour le bonheur taciturne.
ALINE. Non... il y a quelque chose... car lors pie vous avez été parti... ainsi que mon parrain... mon liére s'est approché de moi pour me parler. Emmeric l'a retenu, et quoiqu'ils parlassent bas, j'ai entendu qu'il lui disait : « .Moi, plutôt... moi... Je vous le promets. »
HECToa. Qu'est-ce que cela veut dire?
ALINE, fjaiement. Des affaires qui couecrnaienl mon pire... car il est .sorti et nous a laissés seuls... cela ne m'a pasellrayée... on assure ipic c'est l'usage entre prétendus... et Emmeric m'a dit en tii'mblaut : .vllne!.. il faut que je vous a|iprenue... que vous sachiez que je vous aime plusque tout au monde... queje ne peu\ vivre sans vous... [Gaiement.) Ce secret, à quoi bon?., est-ce qu'il y a besoin de dire cela?.. Mais pendant (|u'il parlait ainsi, j'ai cru voir des larmes dans ses y eux...
HECTOR, (( part. Grind Dieu!..
ALINE. Je .'lis : jo crois!., cap suns me regarder, sans détourner la tète... il s'est enfui...
HECTOR, à part, avec colère. Elle a raison. .. il y a encore quelque chose...
UNE CHAINIi,
ALINE A la bjnno lieurô, ^ moins. — Acle 3, ?c^ne 2.
AUNE. Qu'est-ce que ce peut Mre? Vous en doutezvous?
HKCTOR. Parbleu! quelque contrariété... Son opéra nouveau qui l'inquiète et le tourmente... à cause de vous... car, enfin, si vous ne i'aimiez que pour sa gloire... comme mademoiselle Victoria... pour ma bravoure.
ALINE. Allons donc... ce ne peut èire un paieil motif.
HFXTOR. A moins que quelque embarras financier dans 'son budget d'artiste... quelques dettes qu'd ne veut pas dire à votre père...
ALINE. Vous croyez?.. Le voici... Laissez-nous, de grâce !
HECTOR, s'approcluint d'Emmeric qui sort de la porte à (jauche. Qu'est-ce <'ncore ?
KMMERic, dans le plus yraiid Iroidde. Je te le dirai... Laisse-nous !
HECTOR, àjwrf. Allons ! et puisqu'ils le veulent tous deux... allons chercher Victoria. (// sort.)
SCKNIÎ II.
ALINE, EMMERIC.
EMMERic. à part, et regardant Aline. Aurai-je cette fois plus de courage?., ille faut, pourtant, car j'ai promis il son père d'minioler moi-même mon bonheur et toutes mes espérances!..
ALINE, à part. Certainement! je saurai ce qui le tourmente en y mettant un peu d'adresse...
EMMERIC, avec embarras. Ma cousine...
ALINE. Eh bien?..
EMMERIC, (/(' même. Vous causiez avec Ballandard?..
ALINE. Oui... nous causions de sujets indifférents... de jinnies gens de ses amis... (Vivement.) Et nous nous disions... c'est évident, qu'un jeune homme qui arrive à Paris... sans fortune... ne peut pas, quelque talent qu'il ait, se créer sur-le-champ nue position et un état!.. En attendant les succès... il faut vivre... et alors il est tout naturel... qu'il emprunte... qu'il fasse des dettes... {Mouvement d'Emmeric.) Il n'y a pas
UNE CHAINE
A. CE cmic-ic
BMHEB1C, f/Trayé. Qiic ililes-voiis? — Acte 5, seine 2.
(le nnl... an contrniro... je l'on estimerais davaiitage...
EMMF.Ric, étonne. Pourquoi me dites-vous Cila?
ALINE. Pourquoi?., parée ([u'il est tout simple qu'on se cache de son beau-pi're... les beaux-pères ne comprennent pas ou voient les choses du mauvais côlc... mais une sœur... une cousine... une fiancée... moi, par exemple...
EMMERic. Quoi! vous pourrlcz croire?.. On vous a trompée... je vous le jure... je vous l'atteste...
AUNE. Ah! tant pis!..
EMMERIC. El vous vcuiez?..
ALINE. Tout partager avec vous... C'était mon bonheur....et bientôt mon devoir... Et vous, Monsieur, pourquoi ne pas suivre mon exemple?., vos chagrins ne m'appartiennent-ils pas?..
EMMERic. Ah ! plus je vous entends, et plus il me semble impossible de vous les confier.
ALINE. Et moi je les devine, maintenant.
EMMERIC, ejjraijé. Que dites-vous?
ALINE. Certainement je serai fière et heureuse de vos
succès et de porter un nom que chacun applaudit. . mais les jours de victoire ne .seront pas ceux où je vous aimerai le mieux ! dans l'ivresse du triomphe, je vous serais inutile... Mais pour l'.irtiste même le plus habile et le plus heureux, il est des jours où la lutte est douteuse ou fatale... dans ces monients-là je serai près de vous... mon cœur battra de vos craintes ou de vos espérances... Pour vous rassurer, je vous dirai : Courage! ou j'aurai peur avec vous... Et si nous succombons... ah! que je vous aimerai alors... car vous aurez besoin de moi... car mon amour augmentera avec vos peines... et si vous en doutez,., essayez d'être malh ureux, mon ami, et vous verrez.
EMMEBic. Ah! vous ètes ce qu'il y a au monde de meilleur... et de plus parfait.
ALINE. iNon... non... nia-s je savais bien que je rencontrerais juste... Ains', plus de crainte... plus d'inquiétude... vous ne devez plus en avoir... (Avec amour.) Je n'en ai plus... Et voyez donc qutl bel avenir s'ouvre devant nous! des amis... de la considération... une belle fortune, et mieux encore, du bonheur!., car