‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 287 sur 975 · SAINT-FÉLIX, M. DE VILLEBLANCHE · texte numérisé non relu

SAINT-FÉLIX, M. DE VILLEBLANCHE

M. DE VILLEBLANCHE, o la çantunaJe. Eli ! non, te dis-je, cet ordre-là ne peut être pour moi. D'ailleurs, s'il y a une colère à essuyer, j'y suis fait, et je m'en charge.

SAINT-FÉLIX. Comment! Monsieur! vous voilà aussi?

M. DE VILLEBLANCHE. Lc petit Saiiit-Félix !. . j'aurais parié que je le trouverais ici.

LK CONFIDENT

sAi^T-FÉLix. Vous v vpnez, sans dniitc, sur l'invitation de madame de Marcilly ?

M. DE viLLEHLAPiCHE. Dii tout, jc iic sais l'ioii ; avantliicr, jc me présente à son hôtel, suivant mon lialiitude; j'apprends son départ impromptu, et comme, depuis dix ans, j'ai la faiblesse de ne pouvou- passer un jour sans la voir, j'ai pris la poste, et me voilà ! Mais toi, le futur d'Eugénie, tu es de tous les secrets; tu vas me dire ce que cela signifie.

sAiM-FÉLix. J'allais vous le demander; votre aventure est absolument la mienne. J'arrive, et jc sais seulement que madame de Marcilly ne veut recevoir personne.

M. DE viLLEBLADCHE. Ah ! c'est original! venir à la campagne au cœur de l'hiver, et toute seule! Qui diable a pu lui faire prendre une résolution aussi désespérée? des chagrins? je ne lui en connais pas; un revers de fortune ?

Air : Adieu, je vous fuis, bois charmant.

Non, non, je le saur;iis dOjà.

Mais comment lire dans leurs Ames?

Un eapricc?.. eh! oui, c'est cola!

Car dans la conduite des femmes.

Du moins j'ai cru le remarquer.

C'est lu seul motif raisonnable, Et le seul mojen d'expliquer Ce qui parait inexplical)le.

SAiPiT-fÉLix. Oui, oui. Monsieur, un caprice, c'est cela, c'est pour m'enlever Eugénie; après toutes les espérances qu'elle m'avait données!

M. DE VILLEULA.NCHE. Tu Crois?

SAiM-FÉLix. J'en suis sûr.

H. DE viLLEBLANciiE. Oh! Ics amauts soid toujours sûrs de tout; mais il ne s'agit pas de se désoler, il fiut jngiT les choses de sang-froid.

SAINT-FÉLIX. Du saiig-froid ! Cela vous est bien facile à dire, on voit bien que vous n'êtes pas annjiirenx.

i\i. DE viLLEBLAiVCHE. Pas aiiiourcux ! qu'est-ce que c'est. Monsieur? Apprenez que là-dessus vous me di'vez le respect, comme à votre ancien, à un vétéran. Voyons un peu. Monsieur, depuis combien de temps ètes-vous amoureux ?

SAiNT-FÉMX. Mais dcpuis six mois.

M. DE viLLEDLANCHE. Et uioi, il y a scizc ans, Monsieur, que j'aime madame de Marcilly avec une constance imperturbable et digne d'un meilleur sort.

SAiM-FKLix. Seize ans !

M. DE viLLEBLANCHE. Oul, MousieuF, cUc cu avait quinze alors; je l'aimais longtemps avant son mariage; et sans les malheureuses circonstances qui m'obligèrent à quitter la France, je suis fondé à croire que jc l'aurais emporlé sur mes nombreux rivaux; mais j'étais loin d'elle, loin de ma patrie, frappé de proscription, et sa famille, désespérant de mon retour, la força d'épouser le jeune Marcilly, mon ancien camarade au régiment, et do plus, mon meilleur ami. (lerlaiuement quand j'appris cette nouvelle, j'avais là une bien belle occasion de me brûler la cervelle.

sAiisT-FÉLix. Je n'y aurais pas manqué.

M. DE viixEBLANCHE. Eh bicii ! iiioi, Muiisicur, je ne l'ai pas fait; c'eût été empoisonner son bonheur; et quand on aime nue femme, il ne faut jamais préférer sa propre satisfaction à celle de l'objet aimé ; seulement j'avais fait vœu de l'oublier, de ne plus la revoirmais comment y parvenir, lorsque ses bienfaits venaient me chercher sur une terre étrangère ; lorsque sa tendre amitié ne cessait de s'occuper de celui qui

ne pouvait plus iirétoudre à son amour ? Par elle, l'arrêt fatal de prusrription fut levé; par (die, je fus rétabli dans mes bic^ns, dans mon grade mibtiire : la haine même n'aurait pas tenu contre cela; et, quand je rentrai en France, quand je vis leur ménage, leur bonheur intérieur, (|uau(l je fus reçu par eux comme un ami, un ami!., il fallut bien se résignera ne plus être que cela.

Air : Uis-moi, mon vieux, etc.

.le vis en eux mes parents, ma f.imilte :

Ils me proposèrent tous deux D'être parrain de leur unique rdte.

Pairain!.. je dis : « C'est bien, faute de mieux. » Vejyaut depuis celte enfant, leur ouvrage. Croître à mes yeux en attraits, en raison, Je me disais toujours : « Ali! quel dommage « De n'avoir pu lui donner que mon nom! »

SAiNT-FÉi.ix. Et lorsqu'elle devint veuve?

M. DE viLLEULANCHE. Jcpleuiai .Maicilly, ah ! cela, du fond du cœur; mais enfin, j'avais aimé sa femme avant et pendant son mariage; il n'y avait rien qui |iûl in'empécher de l'aimer encore après. Je la voyais toujours plus jolie, plus .séduisante; je me flattai qu'un jour elle se souviendrait (|ue j'attendais depuis longtemps, et me voilà au bout de seize ans de patience et de refus, l'adorant plus que jamais, et toujours surnuméraire. Cela vous prouve, jeune homme, ipi'il ne faut désespérer de rien.

SAiM-FKLix. Qu'elle vous fasse attendre, vous qui êtes son adorateur, c'est bien ; mais moi qui suis celui de sa fille, quel peut être son motif? c'est ce que je ne puis comprendre ; aussi je suis venu ici, décidé à le lui demander.

M. l'E viLLEBLANCHE. Lui demander ! tu le peux; mais ce n'est pas une raison pour le savoir, |iarce que, vois-tu, règle générale :

Air du vaudeville de la Somnambule.

L'habitude de se contraindre Chez les femmes vient en naissant ; Voila pouniuoi se déguiser et feindre Sera toujours leur premier mouvement.

Aussi, de peur qu'on ne nous prenne en traître, Il faut, mon cher, pour se former.

Commencer par bien les connaître.

SAINT-FELIX

J'ai commencé d'abord par les aimer.

M. DE viLLEBLANCHE. Et moî aussl. Mais on a tort : ce sexe-là a tant d'influence sur nous, que, pour bien connaiire les hommes, il faut d'abord étudier les femmes, et c'est ce que j'ai fait. Malheureusement cette étude-là est très-longue, et je prévois que je n'aurai pas le temps de commencer l'autre. .Mais pour en revenir à toi, ce sont les motifs de madame de Marcilly qu'il faut tâcher de connaître.

SAINT-FELIX. Je lui ai écrit... et justement voici Catherine qui m'apporte la réponse.

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