‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 289 sur 975 · M. DE VILLEBLANCHE; MADAME DE MARCILLY · texte numérisé non relu

M. DE VILLEBLANCHE; MADAME DE MARCILLY

sortant de son appartement.

MADAME DE MARCILLY. Jc 110 puis rcstcr cu place. Je

suis sûre que ce malheureux jeune homme s'est éloigné désespéré... {Elle aperçoit Villeblanche.) Eh! bon Dieu! c'est vous, Villeblanche? Comment! vous m'avez suivie?

M. DE VILLEBLANCHE. Cela VOUS élonno, Madame? Je sais bien que vous pouvez vous passer d'être avec moi; mais je n'ai pas la même force de caractère.

Air : L'amour qu'Edmond a su me taire.

Ceci n'est point de la galanterie ;

C'est malgré moi, sans le vouloir.

Vingt fois j'ai tenté dans ma vie

De passer un jour sans vous voir.

Content de moi, fier de ma force d'àme, Dés le matin, dans mon juste courroux.

Pour vous fuir, je partais, Madame,

Et le soir j'étais près de vous.

MADAME DE MARCiLLv. Ah ! je VOUS 611 pfie, ViUeblanche, faites-moi grâce de vos tendresses pour aujourd'hui. Je me sens d'un découragement ..

M. DE VILLEBLANCHE, viwment. &l\ ! bou Dieu ! qu'avcz-vous ?

MADAME DE MARCiLi.ï. Je uo sais, je crois que je suis souffrante. Qu'en pensez-vous?

M. DE VILLEBLANCHE, froidement. Non, Madame.

MADAME DE MARCILLY. Comment, UOU?

M. DE VILLEBLANCHE. C'est quc cesjours-là votre accueil est bien plus tendre, bien plus affectueux; et aujourd'hui, malheureusement, vous jouissez d'une parfaite santé.

MADAME DE MARCILLY. Villcblauche, je sens déjà que vous allez iiK! mettre de mauvaise humeur! Si vous saviez souvent avec vous ce qu'il me faut de patience.

M. DE VILLEBLANCHE. Oh ! HB paclous pas de patience, je vous en prie; j'ai fait mes preuves. Quand on a seize ans de service...

MADAME DE MARCILLV, à part. Pauvre Villeblanche, il a raison. Dès qu'il me parle de ses malheureux seize ans, il me désarme, et je n'ai plus le courage de le tourmenter. {Haut.) Eh bien ! voyons. Monsieur, qu'avez-vous à me dire? puisqu'on ne peut se débarrasser de vous : car c'est une tyrannie, etje suis d'une colère...

M. DE VILLEBLANCHE. Nou, Madame, non, vous n'y êtes pas; et même ma visite vous ferait un grand plaisir si elle ne vous embarrassait pas un peu.

MADAME DE MARCILLY, O part. 11 mc conuaît mieux que moi. {Haut.) Vous venez, je m'en doute, me demander le motif de mon départ subit?

M. DE VILLEBLANCHE. Moi, Madame! je m'en garderais bien ; vous ne me le diriez pas.

MADAME DE MARCILLY. Et pouiquoi donc , ViUeblanche? il n'y a rien que de fort simple. L'ennui que j'éprouvais à Paris, ces sociétés insipides où l'on ne renconlre qu'indifférence ou fausseté, pour un seul ami qu'où voudrait toujours voir, et qui est souvent perdu dans la foule.

M. DE VILLEBLANCHE, O part. Elle me flatte, ce n'est pas cela. {Haut.) Vous oubliez le motif principal, le désir de rompre avec Saiut-P''!'.::.

MADAME DE MARCILLY. VoUS l'aVCZ VU ?

M. DE VILLEBLANCHE. Il iiiequitteà l'instant, désolé, la tète perdue.

MADAME DE MARCILLY. Je soufîre autaut que lui; mais cependant la raison avant tout. Il sollicitait une place d'auditeur qu'il n'a pu obtenir : et vous, mon cher Villeblanche, qui êtes l'ami de la famille, le parrain d'Eugénie, vous conviendrez que je ne peux pas marier ma liUeà un homme qui n'a [loint d'état.

LE CONFIDENT

STUIMXVN- v.^^

wlDiMK DE sunciLLy. lu fijiai mon pcsïibV pour souriro a'iisi. — Scciit; 1-i.

M. DE \iLLEBLANCHE. Si c'est là le motif.

MADAME DE MARCiLLY. Moii Dicu, oiii ! Stins Cela...

M. DE viLLEBLANCHE. Vous n'avoz poiiit d'autres objections? là, bien vrai?

MADAME DE MABciLLY. Je VOUS Ic JLire; UH jeunc hommecharmant. .. une famille honorable.

M. DE viLLEBLANCHE. Eh bien! rassurez-vous, il est nommé.

MADAME DE MARCILLY. Comment !

M. DE viLLEBLANCHE, tirant Une lettre de sa poche. Cette lettre du ministre me l'annonce : j'avais sollicité de mon côté ; mais je voulais qu'il n'apprit le succès que de vous-même.. Eh bieni qu'avez-vous donc?

MADAME DE MAHciLLY, vivement. Ce que j'ai. Monsieur, ce que j'ai? c'est affreux 1 c'est indigne! venir me surprendre! ne pas me dire tout de suite... c'est une trahison; et je suis d'une colère...

M. DE viLLEbLANCHE. Maintenant, c'est différent, vous y êtes réellement Vous êtes lâchée contre vous-même de ce que tout à l'heure vous ne m'avez pas dit la vérité.

MADAME DE MABCILLY. NoU , MonsicUT, c'cSt COtltre

vons, contre vous seul, dont les procédés offensants... M. ni: viLLEBLA>ciiE. Eh bien! à la bonne heure; je suis un indit^ne, un coupable; mais pourquoi faut-il que Saint-f'elix porte la peine de mon ciime?

Air de la Robe et les Bottes.

Que votre cœur à ses vœu\ soit propice! Faire du bien est pour vous un liesoin; Et (lui) moment d'iiurneur ou d'injustice Qu'un étraoL'er ne soit pas le témoin.

Il est un droit que pour moi je réclame : Quand il vous vient un cjprice nouveau. Pour vos amis réservez-le. Madame!

Car l'amitié porte aussi son bandeau.

MADAME DE MARCILLY, o part. Je HB sais plus que lui répondre.

M. DE vn.LEBLANCHE. Allons, soycz bonne, aimable; cela vous est si facde. Je vais chercher Saint-Fclix, et je l'envoie ici pour qu'il apprenne de vous-même que vous lui donnez votre fille; vous y consentez, n'est-ce p,is? et plus tard, dans un autre moment, dans un

LE CONFIDENT

moment fie franchise, vous me direz pourquoi vous ne Vouliez pas lus marier, car, ju qu'à présent, je vous cléclai'c que vous ne m\n avez rieu dit : je vais vous attendre au salon. {Il sort en la regardant.)

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