‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 312 sur 975 · SCENE XL LA COMTESSE, LÉONIE, assise · texte numérisé non relu

SCENE XL LA COMTESSE, LÉONIE, assise

LÉONIE, encore sans connaissance. Ma tante!., ma tante ! si vous saviez... je n'y puis croire encore... J'étais si en colère... c'est-à-dire si ingrate! ce pauvre jeune homme à qui je dois la vie !

LA COMTESSE. Qu'cst-cc quc Cela signifie?

1 ÉoME, revenant à elle. C'est une aventure si étonnante... OU plutôt... si heureuse! Imaginez-vous, ma tante, que Charles... [Se reprenant.) non, monsieur Henri... non... je disais bien!.. Charles... ce pauvre Charles...

LA COMTESSE. ti(t'emcH(. Tu sais tout!

LÉONIE, avec joie. Eh oui, sans doute !

LA COMTESSE, avcc effroi. 0 ciel !

LÉOME, vivement et se levant du canapé. Je me tairai, ma tante, je me tairai, je vous le jure... Je vous aiderai à le protéger, à le défendre... j'y suis bien forcée maintenant... ne fût-ce que par reconnaissance...

La comtesse, avec impatience. M.iis tout cela ne m'explique pas...

LÉONIE, avec joie. C'est juste... il me semble que tout le monde doit savoir... et il n'y a que moi... c'e.it-àdire nous deux... Voilà donc que nous galopions dans le parc avec mon oncle, quand tout à coup son cheval prend peur, la ponelte en fait autant et m'emporte du côté du bois. Déjà ma ju|ie s'était accrochée à une branche ; j'allais être ai'rachée de ma selle, cl traînée peut-être sur la route, quand Charles.... monsieur Charles, se précipite à terre, se jette hardiment au-devant de la ponette, l'arrête d'une main, me relient de l'autre et me dépose à moitié évanouie sur le gazon.

LA COMTESSE. Bravc garçon !

LÉONIE. Et malgré cela, j'étais d'une colcro...

LA co.MTESSE. Tu lui eii voulais de le sauver?

LÉOME. Non pas de me sauver, mais de me sauver avec si peu de respect ! Imaginez-vous, matante, qu'il me jirenait les mains pour me les réchauflér. . qu'il me faisait respirer un flacon... je vous demande si un domestique doit avoir un flacon... et qu'il répétait

.sans cesse, comme il aurait fait pour son égale... Pauvre enfant! pauvre enfant!.. Je ne pouvais pas répondre, parce que j'étais évanouie... mais j'étais très en colère, en dedans. Et lorsqu'en ouvrant les yeux, je le trouvai à mes genoux... presque aussi p.àli; que mr)i, et qu'il me tendit la main en me disant . Eh bien! chère demoiselle, comment vous trouvez-vous?.. mon indignation fut telle que je répondis par un coup de cravache dont je fia[ipai la main qu'il osait me tendre... puis je fondis en larmes... sans savoir lionrquoi...

LA COMTESSE, avec Un commencement d'inquiétude. Eli bien, après?

LÉONIE. Après!.. Jugez de ma surprise, de ma joii', quand je le vis se relever en souriant... découvrir sa tête avec une grâce charmante, et me dire, après m'avoir .«aînée : Que votre légitime orgueil ne s'alarme pas de ma témérité, Mademoiselle; celui qui a osé tendre la main à mademoiselle de Villc>gonlier, ce n'est pas Chailes, le valet de chambre, c'est .M. Henri de Flavigiii'iil, le proscrit.

LA COMTESSE. Ail! le mallicureux! lise perdra!

LÉOME. Se perdre, parce qu'il m'a confié son secret !

LA COMTESSE. Qui iiic dit quc tu sauras le garder?

LÉONIE. Vous croyez mou cœur capable de le trahir!..

LA COMTESSE. Le trahir!.. Uieu me garde d'un tel

soupçon!., mais c'est ta bonté môme, ce sont tes

edoutez rien... je serai

craintes qui le trahiront!

LÉOME, avec élan. Ah! ne forte... il s'agit de lui!

LA COMTESSE, vivcment. De lui!

LÉONIE, avec abandon. Pardonnez-moi!.. Je ne puis vous cacher ce qui se passe dans mon âme... Ma's liouniuoi vous le cacher, à vous? Eh bien, oui, une ione, une joie ineffable remplis-ent mon cœur to t entier... J'étais si nialheiireuse depuis quinze jours; je lie pouvais m'cxpliquer à moimêniece que je ressentais... ou plutôt je ne l'oais pas : c'était de la honte, de la colère... je me sentais entraînée vers un abîme, et cependant j'y tombais avec joie.

LA COMTESSE, ovcc unxiélé. Que veux-tu dire?..

LEOME. Je comprends tout maintenant... Si j'étais aussi indignée contre lui... et contre moi, ma tante, c'est que je l'aimais!..

LA COMTESSE, avcc cxplosion. Vous l'aimez!..

i.ÉOME. Qu'avez-vous donc?..

La COMTESSE, froidement. Rien!., rien!.. Vous l'aimez !..

i.EOME. Vous semblez irritée contre moi , tante....

LA COMTESSE,»/? même. Irritée'., moi... non!. suis pas irritée... Pourquoi serais-je irritée?

LÉONIE. Je l'ignore!., peut-être... est-ce de ma confiance trop tardive... Je vous aurais dit plus tôt mon secret si je l'avais su plus tôt!

LA COMTESSE. Oui VOUS rcprochc votre manque de CdUliaiice?.. Laissez-moi... j'ai besoin d'êli-e seule!..

LÉOME, n(V'C(/ow(ew. Oh! mais... vous m'en voulez!..

LA COMTESSE, avcc impatience. Mais nnn, vous dis-je.

LÉOME. Vous ne m'avez jamais parlé ainsi ! vous ne me ditt^s plus... toi...

LA COMTESSE, flt'cc cmo^bn. Tu pleures?.. Pardon, chère enfiint, pardon! Si je t'ai affligée, c'est que moi-même... je souffrais... oh! cruellement!., je souffre encore... Laisse-moi seule un mcMuent... je t'en prie ! (Elle reijarde Léonie, jmis l'embrasse vivement.) Va-t'en: va-t'en!..

chère . je ne

BATAILLE DE DAMES

LÉOME, en s'en allant. A la bonne heure, au moins. (EUe sort.)

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