‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 317 sur 975 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

LA COMTKSSL, puis HLiNHl.

HENRI. C'est VOUS, enfin, comtesse; je vous cherchais de Ions côl(!ii,,,

LA COMTESSE, émue. Et poui'(|iini donc, Henri"?

HENRI, avec exaltation l'oiiivpioi? pour vous dire tout ce que j'ai dans l'àoK;! Ij dire si je le puis... car comment exprimer ce que j'ai ressenti... puisque personne n'a jamais vu ce que je viens de voir... n'a jamais entendu ce que je viens d'iutendrc !..

LA COMTESSE, souTiant, mais émue. Quel ciilliousiasnie! et qui donc a pu le causer?

HEîSRi. Qui? vous et elle!..

LA COMTESSE. Cummcnt?

HENRI. Elle et vous!., vous deux, que je. ne veuxplus séparer dans ma pensée; vous deux, qui venez de ni'apparaitre unies, conlonduc.-... comme deux sieurs!

LA COMTESSE, riuHt. Ou couiinu deux rosis sur l.i moine tifje... ou cuninie deux étoiles dans la même constellation... Mais cependant, avouez-le, la rose cadette était la plus belle!

HENRI. Cdiiinieiit vous le dire, puisque je ne le sais pas moi-iiiènie? Aucune n'était la plus belle... car elles s'embelliss;vient l'une l'autre, car le front pur etangéliqiie de la |ilusji-une faisait i-'^sortir le front poétique et brillant de l'ainée!.. Vous souriez... que serait-ce donc... si je vous racontais mes impressions pendant le duo que vous avez chanté en.seniblc...

LA COMTESSE, i/rti'cmen;. Racontez... racontez... je suis curieuse de voir comment vous sortirez de cet embarras...

HENRI, fjaiement. Je n'en sortirai pas... et mou bonheur est dans cet embarras mémo...

LA COMTESSE. C'est fort original !

HENRI. Grâce à ma iiienlieureuse livrée, j'étais mêlé

à vos fermiers et à vos gens... Eh bien!., à peine vos preniii'res notes ent^'iiiluos, car c'était vous qui commenciez, à |ioine VI. Ire belle voix touchante lut-elle atla<|ué ce caiitabile ailmirable, que dos larmes coulèrent de tous les yeux...

LA COMTESSE. Pi'cnoz gu'dc!., vousallez être infidèle à la seconde étoile!..

HENRI. Vos railleries ne m'arrêteront pas .. Ces intelligences incultes... ces oreilles grossières devenaient fines et délicates en vous écoutiint... elles ne se rendaient compte de, rien, et cepeiid ml elles comprenaient tout!.,

LA COMTESSE. Et Léooio?..

iiKNin. Elle parut à son tour... et, je vous l'avouo, quand elle connnonça, une sorle de pitié me saisit pour elle... Pauvre curant !.. nie dis-je... connue elle va paraître ganrlie et inexpérimenlée ! .

LA COMTESSE, avec plus d" vivacité. Eh bien?..

iiENiii. Eh bien, j'avais raison! . Son inexiiérience se tralii-sait dans chaque note... niai'^jene siisconinient celle inexpérience avait un charme que je no pu s rendre !..

LA COMTESSE. Ah!.,

HENRI. On ne pouvait s'emiiochcr de smirire en ontondaiit cette voix enfantine après la vôlre... et copeudiiil, ce contraste même lui prêtait quelque clioso de naïl'.,. de frais...

LA COMTESSE. Prciiez garde!., voici la pre:iiioro étoile qui pâlit à sou tour...

llENiii, avec chaleur. Non!., non!., car bs voici liiulesdeux réunies! carronsemble du diiocomuience, car votre voix éniouvaulo et p.issionuéo se mêle à son chant timide et pur... Oh ! alors.,, alors ,. il .sortit de ce mélange je ne s.iis quelle impression qui ti'uait de renchaiitoment. C.e n'étaient plus soiilementvos deux voix qui se confondaient, c'étiient vos deux personnes... \ous ne l'oriniez plus qu'un seul étrel charmant... eoniplot... roprésenlant à la fois la jeune fille et la fournie, tout semblable enfin à un rameau de cet arbre fortuné qui croit sous le ciel de Naples, et po;fe sur une même br.uielie et des fleurs et des fruits !

LA COMTESSE, à part. J'espère !

HENRI, poussant un cri. Ah ! mon bien !

L\ COMTESSE. Qu'avoz-vous?

HENRI, l'ne controilan.se que j'ai promise.

LA COMTESSE. A qui?

HENRI. A Catherine, votre fermière, vis-à-vis niadonioisolle Léoiiio, votre nièce, contredanse que j'oubli.iis près de vous.

LA COMTESSE, avcc joic. Est-il possible!

HENRI. Heureusement l'orcliestrc n'a pas encore donné le signal... et je cours...

LA COMTESSE. Oiii, uiou auii... il 110 faut pas faire attendre... madame CaLlieriiio la fermière... Allez !.. allez!.. [Pendant qu'Henri sort par la porte de droit'', ajiri'S avoir baisé la n}ain de la comtesse qui le su't des ijeu.r, IJ:inie entre doucement par la porte du fond, et s'approchant de la comtesse.)

LÉoME. Ma tante!..

LA COMTESSE. Tol ! Jc tc ci'oyais invitée pour cette contredanse,..

LÊoNiE. Oui.

LA COMTESSE. Eh bien ! tu n'y vas pas?

LÉONiE. C'est qu'auparavant j'aurais un conseil à vous demander.

LA COMTESSE. Comincut?..

LÉONIE. Je vais vous dire... Peiiilaiit qui' je chaii-

BATAILLE DE DAMKS.

tais... j'ai vu des Idvnics dans ses yeux... à lui ! et c'est déjà un l)on comniencemont... Cela pi'uirvc que je ne lui dé|ilais pas .. n'est-ce pas, ma tniUe?

LA COMTESSE. Saus doute...

LÉo.ME. Mais c'est qu'il m'a priée de lui faire vis-àvis, et j'ai une gi'ande peur que ma danse ne vienne détruire le bon effet de mon cliant... j'ai envie de ne pas danser.

i.A COMTESSE. Y penses-tu?

LÉO.ME. J'ai tant de défauts en dansant... Hicrencnre, vous me le disiez vous-même... trop de roideur dans le bras... les épaules pas as.soz effacées...

LA COMTESSE, avec franchise. Et malgré cela tu étais charmante.

LÉoxiE, vicemcnt. Vraiment?..

LA COMTESSE, s'oubUaiit. Quc trop!

LÉOME. Ah! tant mieux! [Avec contentement.] Je vais danser, ma tante, je vais danser; [Gaiement.) et puis je lâcherai de me corriger... et la première fois que je d.snscrai avec lui... ce qui ne tardera pas, je l'espère... {S'arrèlant.)

LA COMTESSE. Eh Lien !.. qui te retient?..

LÉONiE. Un autre conseil que j'aurjis encore à vous demander... un conseil... pour lui plaire... [Elle regarde autour d'elle avec inquiétude .) Nous avons le temps encore...

LA COMTESSE, à part. Moi, lui apprendre?.. Eh bien oui ! Si Hr'iiri me choisit après cela... c'est bien moi qu'il aimera.

LÉùME, à demi-voix. C'est pour ma coiffure... Si je plaçais comme vous, quelque ornement dans mes chi;veuN... une fleur... ou plutôt... [Montrant un bracelet.) ce bracelet de perles.

LA COMTESSE, vivcment. Enfant ! qui ne sais pas que la plus belle couronne de lajeuncsse, c'est la jeunesse elle-même, et qu'en voulant parer un front de seize ans, on le dépare...

LÉO.ME. Eh bien... je ne mettrai rien... Merci , ma tante... adieu, ma tante!.. [Elle fait un pas pour s'éloigner.) Ah! j'oubliais... S'il me parle en dansant... ipie lui dirai-je?.. j'ai peur de rester court, et de lui paraître sotte par mon silence... Ah ! matante , conseillez-moi; donnez-moi un sujet de conversation...

LA COMTESSF. Moi !

LÉOME. Vous avez tant d'esprit, et votre esprit lui plaît tant !

LA COMTESSE, i!(yeme)i(. 11 te l'a dit?

LÉOME. Pendant plus d'un quart d'heure ; ainsi il nio semble que des paroles inspirées par vous garder.iient queli|ue chose de votre grâce à ses yeux...

LA COMTESSE , à part. Quelle singulière pensée lui vient là? .

LÉOME, vivement. J'y suis ! oui... oui... voilà mon sujet!., je suis certiine de lui plaire !.. je parlerai...

LA COMTESSE. Dc quoi?..

LÉOME. De vous!,. Sur ce chapitre-là, je réponds de mon éloquence!

LA COMTESSE, avcc cffusion. Ah! bonne et tendre nature... je veux...

LEDME. J'entends la voix de M. Henri...

LAC0.MTESSE. Henri!., [.ipart.] Quand il est là jene vois [dus que lui !

LEiiME. 11 m'attend... il mesemble qu'il m'appelle... Adieu, ma tante... adieu!.. [Elle sort par la droite.)

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