‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 342 sur 975 · LA COMTESSE, LÉONIE · texte numérisé non relu

LA COMTESSE, LÉONIE

LA COMTESSE, o Léonte. Oui, oui, tu peux partager maintenant ma sécurité et ma joie. {Voyant qu'elle se détourne pour essuyer ses yeux.) Eh ! mon Dieu, d'où viennent tes larmes?

LEONIE. Je ne pleure pas, ma tante, je ne pleure l)lus... [Sanglotayit.) Je suis heureuse, il est sauvé!., mais en même temps, je suis au désespoir... car tout à l'heure, quand il est revenu si imprudemment... quand je l'ai caché dans ce cabinet, où je tremblais pour lui... (Pleurant toujours.) il m'a dit...

LA COMTESSE, Vivement. Quoi donc?

LÉONIE, de même. Est-ce que je sais? est-ce que je puis me rappi'ler? Tout ce que j'ai compris... c'est que tout était liiii pour moi!

LA COMTESSE, O part et avec tristesse. J'entends !

LÉONIE. Que nous ne pouvions jamais être l'un à l'autre...

LA COMTESSE, de même et à part. C'est juste!., il fallait bien le lui dire! (Prenant la main de Léonie.) Pauvre enfant!., et tu lui en veux... tu le détestes?..

LÉONIE. Oh! non!., mais j'en mourrai!

LA COMTESSE, cherchant à la consoler. Léonie... Léonie... il faut de la raison!., car si, par exemple... il était lié à une autre pereonne...

LÉONIE, vivement. Justement!., c'est ce qu'il m'a dit! lié à jamais !

LA COMTESSE, vivemefU. Et il t'a nommé cette personne?

LÉONIE. Non !.. il ne l'a jamais voulu !.. mais vous, ma tante, est-ce que vous la connaissez'!

LA COMTESSE. Je CTois quc oui !

LEONIE. En vérité?.... savez-vous si elle l'aime!.... beaucoup?..

LA C0.MTESSE, avec force . Oui!..

LÉONIE, à la comtesse. Et elle est aimable... elle est jolie?..

LA COMTESSE. Moiiis que toi, sans doute...

LEONIE. Eh bien, alors?..

LA COMTESSE. Qiic veux-tu, mon enfant, on ne raisonne pas avec son cœur... et, quelle qu'elle soit, s'il la préfère... si elle estaimée...

LÉONIE. Mais pas du tout! c'est moi qu'il aime...

LA COMTESSE. Ocicl!..

LÉONIE. C'est moi! il me l'a avoué... mais il est lié à elle par le respect, par l'amitié, que sais-je ! par la reconnaissance...

LA COMTESSE, vivcment. La reconnaissance... ah!

LÉONIE. Lié surtout par une promesse qu'il lui a faite... et qu'il tiendra même au prix de son sang! Voilà qui est absurde ! dites-le lui, ma tante, vous seule pouvez le décider!..

HENRI, qui depuis quelques instants écoutait et a cherché en vain à se contenir, s'élance de la porte à droite. Taisez-vous! taisez-vous!

LA COMTESSE . Ciel !

LÉONIE, a //fnr(. Rentrez, rentrez, de grâce. Si M. de Montrichard arrivait...

HENRI. Que m'importe!., j'aime mieux mourir!

LA COMTESSE. Mourir, plutôt que de manquer à votre promesse'., c'est bien, Henri!

LÉONIE. Mais, ma tante...

LA COMTESSE. Lalssc-mol lul parler. [Bas, à Henri.) Je vous dois ma vie, disposez-en, m'avez-vous dit... (Léonie s'éloigne de quelques pas.)

BATAILLE DE DAMES

BBNRI. Je sui5 sar h trace. — Âcle 2j scène 2.

HENRI. Qu'cxigcz-vous?

LA COMTESSE. La seulc chose que j'aie désirée, rèvce, poursuivie... votre bonheur!

IIEMRI. Ciel !

, LA COMTESSE. £Wp fait sique à Léonie de s' approcher ; elle lui prend la main, et la met dans celle de Henri. Henri... voici celle qu'il faut choisir.

HENRI. Ah! mon amie... moiiauiiel

LÊoNiE. Ah! j'étais bien sûre que je vous le devrais ! [Elle sej-^tte à ses genoux.)

DE GRKTiO'S, rentrant vivement parlapor'.e aijauche. Eh bien! qu'est-ce que vous laites donc là? voici M. de Monlrichard!

TOUS. M . de Montrichard !

LÉONiE, a Henri. Oh ! rentrez! rentrez!

DE GhiGNON. 11 Dioute par cet escalier... le voici !

LÉOME, à part. Il n'est plus temps! [Henri, qui est près du canapé à droite, s'y asseoit vivement; les deux femmes se tienneid debout devant lui, cherchant à le cacher par leurs jupes.)

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