SCÈNE IV
AIR
LE COMTE, LE GOUVERNEUR, onze Chevaliers. Ih sont
Dans ce lieu solitaire.
vêtus d'une pèlerine qui est entrouverte, et lai-jse
Propice au doux mystère,
apercevoir leurs habits de chevaliers.
Moi, qui n'ai rien à f.iiro.
Je m'étais endormi.
LE CHŒUR
Dans mou àme indécise,
Ah ! la bonne fohe !
Ccrt.iiu goût d'entreprise
C'est charmant, c'est divin !
Que l'exemple autorise
Le plaisir nous convie
Vient m'éveiller aussi.
A ce joyeux festin
C'est le seul moyen d'étro
LE COMTE
Digue d'un pareil mailre.
L'aventure e.st jolie,
Et je veux r,;coniiailre
N'est-il pas vrai... monsieur mon gouverneur?
Ce manoir en détail !
LE GOlIVERNEl-R.
Je pars... Je m'oriente;
Je pense comme Monseigneur.
A mes yeux se iirésento
Mais si le duc...
Uuc cliambre élégante,
LE COHTE,
C'est celle du travail.
Mon père...
Une harpe jolie ,.
LE COUVEBNEUn.
D; la tapisserie ;
Apprend celte folie,
Pros d'une broderie
Ma place m'est ravie!
J'aperçois un roman !
Il faudra prendre garde.
Même en une chambrette.
LE COMTE
J'ai, d.ins une cachette.
Eh ! mais, c'est ton emploi;
Cru voir 1 historiette
Tu veilleras pour nous, et nous rirons pour toi.
Du bcauTirau-le-Bluic!
Rien ne nous manquera, je pense;
Marchant à l'aventure
Car sagement j'ai su choisir
Sous une voûte obscure.
Mes compagnons, pour le plaisir.
Je vois une ouverture. .
Mon gouverneur, pour la prudence.
C'est un vaste cellier.
LE GOUVERNEIR.
Dont l'étendue immense
Qui peut vous inspirer pareille extravagance ?
Et la bonne apiiarence
LE COMTE
Attestaient la [irudence
C'est mon page Isolier... mon rival.
Du sir de Formoutier,
LE GOIVERXEIR.
Arsenal redoutable.
L'imprudent!
Qui fait qu'on puise a table
LE COMTE
Un courage indomptable
Qui, ne connaissant point l'objet de ma tendresse,
Contre le Sarrasin.
M'a suggih'i' lui-même un tel déguisement
Armée immense et belle.
Pour mieux enlever sa maîtresse.
D'une espèce nouvelle.
LE GOUVERNEUR
Plus à craindre que celle
Et le ciel le punit.
Du sultan SaKadin...
LE COMTE
Près des vins de Touraine,
En me récompensant.
Je vois ceux d'Aquilaiue;
LE CHŒUR
Et ma vue incertaine
Oh ! la bonne folie !
S'égare en les comptant.
C'est charmant, c'est divin!
Là, je vois l'Allemagne;
Le plaisir nous convie
Ici, brdie l'Espagne;
A ce joyeux festin.
Là, frémit le Champagne
[Ils se mettent ù table.)
Du joug impatient.
LE COMTE ORY
J'hisite... A trouble extrême! 0 duii\ pii'il (|iie j'aime !
El seul, avec moi m^me, Contre tant d'ennemis, Au liasard je m'élance.
Sans compter je commence, J'attaque avec vaillance, A la l'ois vingt pays.
Quelle conquùte
Pour moi s'apprête!..
Mais je m'arrête.
J'entends du bruil.
Quelqu'un s'avance.
Vers moi s'élance!
On me poursuit.
Les échos en frémissent, Les voûtes retentissent.
Et moi, je fuis soudain,
Mais que m'importe?
Gaiment j'emporte Toute ma gloire et mon butin.
TOUS, étant les bouteilles du panier.
Partaseous son butin !
Qu'il avait de bon vin!
Le seigneur châtelain Pendant qu'il fait l.i guerre Au Turc, au Sirrasin, A sa santé si chère Buvons ce jus ilivin.
Buvons, buvons jusi|ii'à demain.
Quelle douce ambroisie!
Célébrons tour à tour Le vin et la folie, Le plaisir et l'amour.
LE COUTE
On vient... c'est la touriéru!.. Silence; taisez-vous!
Mettez-vous en prière, Ou bien c'est l'ait de nous.