‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 51 sur 975 · S JENE IL HENRI, M.-VRGUERITE · texte numérisé non relu

S JENE IL HENRI, M.-VRGUERITE

HENRI. J'accours à vos ordres, princesse.

MARGUERITE. Eh! mais,quel air joyeux ! Qu'avez-vousdonc?

HENRI. 1,'aventure la (dos bizarre... lapins piipiante... ce sera le plus joli de vos c mtes!.. je riais, en venant, à l'idée si'iile de vous en avoii' biuriii li' sujet. El malgré les dangers (pie j'ai courus...

MARGUERITE. Parlcz, parlez vitc..

iiEfiRi. J'avais interrogé Sanchette sur ce qu'il nous imliortait de savoir, sur la beauté mystérieuse, et ses vi-ites nocturnes à la tourelle... La pauvre enfant m'avait juré, jiar si patriunie, qu'elle ignorait ce quecehi voulut dire, qu'elle n'en avait p.is la moindre idée... el iieii qui trouvais indigne de la tromper plus longtemps... je m'étais jelé à ses pieds, lui avouant que je ne pouvais l'aimer, car j'en aimais une autre. « — Je sais, je sais, s'est-elle écriée, une princesse!..» et. à ce sujet, une foule de suppositions et d'extravagances.

JiARGUERiTE. Lcsquclles, Monsieur, lesquelles?

iiE.xRi. Josipi'à prétendre que vous, .Aladame, vous aussi...

LES CONTES DE LA REINE DE NAVARRE

Des choses absurdes... impossibles... lorsque soudain l'escalier rcteiitil sous un pied ferme et vigoureux. « Cest le pas de mon mari, s'écrie Sanrliette en pâlissant... Comment cela se Tait-il... lui qui dans ce moment galope sur la roule de France!.. » Mais le doute n'était plus possible, car Babiéça frappait et criait déjà connue un aveugle... ou plutôt comme un borgne qu'il est. «Ouvrez, Sanchette... c'est moi !... — Vous ! s'exclame Sauclielte, avec une présence d'esprit admirable... vous, Jésus Maria... au moment même où je rêvais de vous! » — Puis elle me fait signe de me placer contre la porte, qu'elle va intrépidement ouvrir, et au moment où Babiéça se présente, elle pose rapidement sa main sur le seul œil qui lui reste... en s'écriant, avec la sollicitude conjugale la ]ilus tendre : «Répondez, répondcz-nioi, de grâce!.. Y voyez-vous de l'autre œil? Je rêvais, quand vous avez frappé, que vous veniez de le recouvrer, par l'iuteretjssion de saiut Christophe, votre palron. — Eh! non, s'écrie Babiéça avec humeur... je n'y vois ni de celui-ci, ni de l'autre, que vous me tenez fermé... » Et, en elïet, il ne m'avait pas aperçu me glissant derrière lui et descendant l'escalier. — Qu'en dites-vous. Madame, n'est-ce pas sublime?., et pourtant Votre Allesse ne rit pas.

MABGUERiTE. Non... Car je pcusais à uu aulrc coute... dont vous me parliez hier... celui où un pauvre gentilhomme aime une grande dame à en mourir.

HENRI. Est-ce que le conte serait fini?.. Dites-le-moi, de grâce ?

MARGUERITE. Je ne l'ose...

HENRI. Vous n'osez!., il finit donc d'une manière bien malheureuse?

MARGUERITE. Ouij le pauvrc jeune homme va tant souffrir!..

HENRI, tremblant. Qu'importe ! si c'est pour cette grande dame? Slais elle, elle?

MARGUERITE. Ellc?.. ricu qu'à le regarder, ses yeux se remplisent de larines... car elle ne sait comment lui dire qu'il faut se séparer...

HENRI. Moi... vous quitter!.. Vous n'avez donc plus besoin de mon sang, ni de ma vie, puisque vous repoussez cet amour qui me faisait trouver des délices à être blessé pour vous, à être captif pour vous!

MARGUERITE, l'interrompant, froidement. Henri, on m'olTre la liberté de mon frère... de votre roi... et une paix honorable pour la France...

HENRI. Comment cela?

MARGUERITE. Vous aviez vu plusjusteque moi. Ce que je ne croyais qu'un jeu, était réel. Celte couronne, que j'avais déjà refusée... le roi d'Espagne me l'offre encore aujoind'bui.

HENRI, cachant sa télé dans ses mains. Ah! que m'avtzvous dit?..

MARGUERITE. Pronoiiccz vous-uiéme.

HENRI, après un instant de silence , et baissant les yeux. Hésiter serait un crime!

MARGUERITE. Et j'ai liésité Cependant!

HENRI, poussant un cri de joie. Ah!

MARGUERITE. Ecoutez-iiioi, Heiiii! Elevée sur les marches du trône, je l'ai vu de Irop prés pour en être éblouie, et je n'ai jimais eu qu'un désir, celui d'en descendre et de m'en éloiguer. Le malheur seul m'y retient, le inalheur de tous les mieus; mais mon ainbiiion et mon es|i(iir à moi, c'était qu'en récompense de sa liberté et de son royaume rendus, François 1'^'', mon frère, me permettrait de vivre au sein de la solitude, de l'amitié et des arts, me laissant libre de disposer de mon cœur et de ma main; et celui que j'aurais choisi, croyez-le bien, n'aurait été ni un empereur, ni un roi; il n'aurait porté ni sceptre, ni couronne, mais un cœur loyal et généreux, et m'aurait aimée surtout d'un ammir véritable et sincère; voilà les rêves que j'avais formés, et vous comprendrez maintenant qu'on hésite à y renoncer!

HENRI, avec désespoir. Ah! Je comprends seulement que je suis le plus malheureux des hommes!

MARGUERITE, vivement. Mais avuir pu délivrer son frère et son roi, avoir pu sauver son pays, et ne pas l'aviiir l'ait, ser.iit une honte et un reuiords à lletrir jusqu'au bonheur même. Ainsi, loin d'allaiblir mon courage, qui malgré moi

me fait faute... vous le .soutiendrez... en me cachant votre désespoir... et vous exécuterez exactement mes ordres... les derniers que je vous donnerai.

HKNRi. Commandez, Madame...

MARGUERITE. Demain mon frère sera libre! demain le roi partira pour son royaume, pour son pays. Vous le suivrez, vous ne le quitterez pas ! Vous le servirez loyalement et fîdéleinent en mémoire de sa sœur... et surtout, vous me le jurez, vous ne reviendrez point en Espagne... vous ne chercherez jamais à me voir... Je vais vous dire pourquoi : c'est que Marguerite vous aimait et vous aimera toujours!

HENRI. Ah! Madame'..

MARGUERITE. Partez, partez maintenant; l'honneur vous y condamne!

HENRI. Mais vous quitter, c'est mourir!..

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