‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 530 sur 975 · SCÈNE H · texte numérisé non relu

SCÈNE H

Les précédents; MÉDICIS et sa suite.

MÉDicrs, aux paysans qui l'entourent.

Oui, je viens, mes enfants, visiter vos hameaux. Et si je le pouvais, je voudrais de vos maux

Effacer les dernières traces!

{A un des seigneurs de sa suite.] Que du saint monastère, établi dans ces lieu.\. Descende en la vallée im cortège pompeux. Pour rendre au Dieu sauveur nos éternelles grâces. Allez, disposez tout pour cet acte pieux ! MEDICIS, seul et pleurant.

Ma fille, à mon amour ravie.

Objet d'éternelle douleur,

Partout ton image chérie

S'offre cl mes jeux, s'offre à mon c«ur.

En vain de mon àme oppressée

Je veux chasser ton souvenir :

Tourment cruel de ma pensée,

n faut te garder ou mourir.

{Entrent Guido et Ginevra.)

GUIDO

Grand Dieu! . c'est Mèdicisl

GINEVRA, voulant courir à lui.

Mon père!..

GUIDO, la retenant et à demi-voix.

Ah! si ma vie, hélas! t'est chère, Songe au acruient que tu m'as fait, Ginevra!.. S il te reconnaît,

Je meurs à tes yeux!., viens!

HÉDicis, se retournant à ce brait, It jetant les yeux sur Ginevra.

0 ciel ! qui donc s'offre à mes yeux !

ensemble.

MÊDICIS.

Prodige impossible à comprendre !

Voilà sa voix, voilà ses traits!

Pour un instant. Dieu vient me rendre L'ima-'e de ce que j'aimais.

GINEVRA

0 trouble tjue je ne puis rendre !

Perdre l'un d'eux, et pour jamais!

GUIDO ET GINEVRA

Mon Dieu, mon Dieu! Quel parti prendre? Vois mes remords, vois mes regrets!

GUIDO

0 trouille que je ne puis rendre!

Je orciius de la perdre à jamais.

{Bas, à Ginevra ) De toi mon Ir6pas \a dépendre, Songe aux serments que tu m'as faits.

MEDicis, regardant toujours Ginevra.

Sous ces humbles habits, quel air noble et touchant! Ap|iroche, et ne sois pas surprise, mon enfant, Si dans mes yeux émus tant de richesse brille ;

En te voyant j'ai cru revoir ma lille.

Ma fille jeune et belle comme toi!..

Ah ! d'un vieillard pardonne la faiblesse. Laisse-moi cette main, que dans mes mains je presse !

GINEVRA, prèïe à se trahir.

Monseigneur!..

MÉPICIS.

C'est sa voix !..

GUIDO, à part.

Ah! je tremble d'elMoi !

ENSEMBLE

MÉDICIS

Prodige impossible à comprendre !

Voilà sa voix, voiléi ses traits !

Pour un instant Dieu vient me rendre L'image de ce que j'aimais !

GINEVRA

0 trouble que je ne puis rendre !

Perdre l'un d'eux, et pour jamais !

Mon Dieu, mon Dieu ! qael parti prendre ? Vois mes remords et mes regrets !

GUIDO 0 terreur que je ne puis rendre !

Je crains de la perdre à jamais.

(Bas, à Ginevra.) De toi mon trépas va dépendre, Songe aux serments que tu m'as faits.

MÉDICIS, regardant Ginevra avec attendrissement. Des biens que j'ai perdus image trop lidéle. . [Poussant un cri ) Ah ! tu m'as regardé comme elle !

Va-t'en ! va-t'en ! ton aspect me fait mal ! (// s'éloigne de Ginevra qui, ainsi que Guido, redescend au bord du théâtre.)

MEDICIS, faisant quelques pas pour sortir, s'arrête encore, et jette un dernier regard sur Ginevra. Un instant abusé par un espoir fatal,

Tl m'a semblé que c'était elle !..

- {.ivec douleur )

Oh! non... non... cela n'est pas !..

Eu me voyant... ma fille eiH volé dans mes bras !.. GINEVRA pousse un cri, et se précipite dans les bras de son père,

ENSEMBLE

HEDICIS.

0 surprise ! 6 joie !

Est-ce mon enfant Que Dieu me renvoie?

O Dieu tout-puissant !

Oui, c'est elle-même Que tu viens m'otl'rir.

Et d'ivresse extrême Je me sens mourir.

GINEVRA

0 transports de joie !

Oui, c'est votre enfant Que Dieu vous renvoie Devant vous tremblant.

Mais, (5 peine extrême !

Je viens de trahir

Le frère que j'ai|ne Et qui va mourir.

GUIUO.

Destin, qui déploies Sur moi ta rigueur, Pour moi plus de joies Et plus de bonheur.

Désespoir extrême, Ah ! c'est trop soult'rir !

Je perds ce que j'aime.

Je n'ai qu'à mourir.

MEDICIS

A la mort qui t'a donc ravie?

GINEVRA

Un miracle!., le ciel m'a sauvé du trépas.

MEDICIS

Viens reprendre ton rang!., viens, ma fille chérie! GUIDO, a» désespoir, et se précipitant au-devant d'elle Non, non, tu ne p:irliras | as!

[Hors de lui-même.) Que sur moi la foudre tombe Si mon cœur renonce à toi !

(.4 Médicis.)

Je l'ai ravie à la tombe ; ■ Par le ciel elle est à moi !

Elle vint pâle et glacée Supplier son noble époux; Lâchement il l'a chasséiî...

Elle tomba sous ses coups.

Moi, j'ai recueilli son àme !..

Et Mantredi verrait le jour Que je dirais à cet infime :

Viens l'arracher à mon amour !..

GINEVRA, à Medicis.

Oui, votre fille encor ne vous est pas rendue ! Voici mon frère !.. mon sauveur!

Et si le rang où je suis revenue M'empêche d'a"quitter la dette de mon cïur.

Partez sans moi... Ginevra la fermière Vivra dans cet asile en priant pour son père.

MEDICIS

Mon bonheur peut-il donc se séparer du tien ? Viens chercher sur mon cœur ton pardon et le sien ! (Guido et Ginevra se jettent dans les bras de Médicis.)

ENSEMBLE

MEDICIS

0 transports d'ivresse !

Ce sont mes enfanU Que tous deux je presse Dans mes bras tremblants!

Ah ! de joie extrême Je me sens mourir.

Et devant Dieu même Je veux vous bénir.

GUIDO ET GINEVRA

0 transports d'ivresse !

Ce sont ses enfants Que tous deux il presse Dans ses bras tremblants.

A celui ) • • „

A celle ! "'"^ J *""'= L'hymen vient m'unir, Et devant Dieu même 11 veut nous bénir.

(Les toiles du fond se lèvent, et l'on aperçoit ta chaîne des .ipennins. — .iu milieu de la montagne, éi gauche, le couvent des Camaldu'es. — Vis-it-vis, éga'ement à mi-cote, le village de Camaldoli. — .Au fond de la vallée, les dames, les seigneurs de lu suite de Médicis. — Les portes du couvent s'ouvrent, et ion voit s'avancer lentement la procession qui serpente sur le flanc de la montagne et descend dans la vallée. — tes Camaldules portent la châsse de saint Ro-

GUIDO ET GINEVRA

muald, fondateur de leur couvent; des jeunes filles vêtues de blanc l'accompagnenl en jetant des fleurs, et, de tous les points de la montagni\ les chevriers, les pâtres, les femmes dij village agitent de loin des rameaux, ou se mettent à genoux au moment où pasic la procession.)

MÉDicrs.

Oui, devoiit le Seigneur, qui semble ici descendrej Je bcnirai l'enfant qu'il a daigué me rendre! [Gincvra et Guido s'agenouillent devant Médieis qui les bénit.''

CHŒUR

Le Seigneur calme sa colère ; Le Seigneur pardonne à la terre, Et le pardon de l'Éternel Est inscrit au ciel!

CHOÎUR GÉNÉRAL.

Le pardon de l'Éternel Est inscrit dans le ciel!

Fl^ DE GL'IDO ET OlNtVIU.

VIALAÏ ET C'% IMPRIMEURS ET ÉDITEURS

iîiffpifi»

BEiESPJNT. Il me semble que ce n'es! pas IS première foii que je vous donne une poignée de main.

LA DEMOISELLE ET LA DAME

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