SCÈNE IV
Les PRÉCÉDENTS, LANTIMÈCHE.
LANTtMÈCHE, à la caulonailc. Je vous demnnde à i"'ntrer un monient. Je n'y resterai pas. [A la Folie.) Je sortai, de Paris par la barrière (le l'Eloile , lorsqu ce nouvel édifice frappa mes yeux; et comme il serait possible en province (l'en établir de pareils...
LA FOLIE. .Monsieur serait-il quelque riche capitaliste?
• LANTLMÈeHE. Capitaliste? Au contraire , je .suis artiste! artiste-lampiste " ! auteur du quinquet mécanique et d'une lampe merveilleuse, que j'aurais aussi présentée au grand Opéra , s'il n'y en avait pas une do reçue '*.
HORTENSIA. Eli! c'ost mousieur Lantimèche, l'inveuteur de ce nouvel éclairage !
LANTi.MÈCHE. Lui-mème ! mais ne confondons pas.
* On ne parlait alors que de l'éclairage par le gaz hjdrogéne. Ce rôle de Lautiniéche fut créé par Polier; on se rappelle encore la gaieté, l'originalité qu'il y déployait, et surtout la beauté de ses poses et de ses formes, lorsqu'il paraissait au denoûmeni, en dieu dujuur.en Apollon.
'* Aladin ou la Lampe merveilleuse, de M. Etienne, jouée depuis au grand Opéra avec un immcnSe succès.
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il. >■...:
LB BOSSU. A quoi servent Ici inonlaijnos, cl où csl la ncccsa'tc qu'il y on ait ici-bas?
Je ne suis pas de ces éclaireurs obscurs, de ces génies pâles et leiMios qui ne sortent point du kiiipion , ou qui ne se sont jdmais élevés plus haut que le réver- IJère. J'apporte avec moi un foyer de lumière , une invention nouvelle.
l'ermite. Je me doute de ce que c'est.
LA FOLIE. Laissez-le dire; moi je suis la protectrice déclarée de presque toutes les inventions nouvelles.
LVNTiMÉCHE. J'ai proposi't d'éclairer tout Paris avec un seul quinquet, un immense quiiiquet dont on aurait multiplié les branches à rinfiiii. Je dis les branches, vous le remarquerez , parce que le gaz hydrogène est l'ennemi juré des mèches! C'est même ce qui assure notre supériorité; quelque vent qu'il fasse, nous ne craignons jamais chez nous que la mèche soit éventée.
l'ermite. U me semble, monsieurLantimèche, qu'un pareil projet a dû les éblouir !
LANTiMECHE. Pacdicu! k'S résulfatsenétaient si clairs! mais vous savez ce que c'est que le soufllc de l'envie, ça serait capable d'éteindre les idées les plus lumi-
neuses lis ont prétendu que mon idée n'était pas nouvelle, que mon gaz était du gaz pillé. J'ai d'abord jeté contre eux feu et flamme ; mais bientôt j'ai vu que le jeu n'en valait pas la chandelle, ce qui fait que je leur ai brûlé la polilesse ; et je vais dans les départements porter mon gaz hydrogène et mon resser.timent.
LA FOLIE. Vous n'irez pas loin , je vous retiens en ces lieux.
LAPiniHÉcHE. Quoi ! vous croyez que mes faibles lumières pourront jeter un nouvel éclat sur votre établissement !
LA FOLIE. Vous nous avcz présenté cela sous un jour si séduisant !
LANTniÉCHE. Oh! le jour, c'est mon plus fort! .Moi, l'on ne m'appelle que le dieu du jour.
LA FOLIE Eh bien! c'est ju-tement cette place-liique je vous offre. 11 ne tient qu'à vous d'être Apollon et d'éclairer l'Olympe.
LAMiMECHE. Comnieut! moi, dans l'Olympe! Je serai là cunime un dieu! Au moral, on ne pouvait
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1 FOLtn. nxctu.-i, MonîK'iir, je voiiî p-ensis pouv un br*»e. — Srir.e 3.
mo donner nnc |ilaoe plu? a|ipriipiiéc an carartiTO ili^ riiiilivitlii, L't monir pli\sii|ii('iniiit parl.iiil, j'ai a'^^oz U'S \ii'op(ii'liiins (|iie l'iniagiiiatioii prête à rApolIrunlii Relvédéi'e , et je ne suis pas IViclié que l'on piiis>e comparer... Ah çà! mais icin'ai-je pas qurli|ne ehar il conduire?
L.\ FOLIE. Non; chez nous les chars vont seuls: ils se précipitent d'eux-mèuies.
i.AMiMÉciiE. Eli bien ! je l'aime autant !
i.'ermite. Monsieur aurait craint le sort de Phaétou?
i.ANTiMÈCHE. Non, niais le peu d'iiabiludi Ouand
jelais sur la terre, j'allais assez habituellement à pied; je le préférais même : j'allais plus vite. Et puis, je ne sais pas si pour rouler le plancher serait bien .solide.
l'ermite. Comment! même dans les cieux vous craignez de tomber?
LANT1MÈCHE. Ecs cicux ! Ics clcuv ! c'cst fort bien ; mais si l'essieu casse, on se trouve à terre comme un simple n.orti'l ! M lis ne perdons pa.s de vue notre affaire, et tâchons d'y voir clair I ICaburd, je place le
centre de mes rivons au sommet de l'Olympe * , et puis je redes'.'ends par ua.^ penl.' douce, insensible, et ilistribue sur tout l'horizon une masse de lumières, tidies que, même aux .\ntipo(les (j'appelle les .\ntipodes les habitants des Champs-Elyséesl , on pourra lire la gazette comme en plein midi.
LA FOLIE. Non, non ; prenez garde: il faut bien faire atiention à la manière de répandre vos lumières.
Air du vaudeville des Deux Eilmond.
Lorsqu'eii ces lieux, uos élégaiiles Vieilliront un toilettes brillantes Pour faire arlmlrer leurs attraits.
Eclairez-les, éclairez-les.
l'ermite.
Mais sous l'ombrage tutélaire.
Il est maint sentier solitaire ; Si l'on y fait fiu.lque faux pas, Ne les éclairez pas. [bis.)
' Il y avait an haut des Montagnes Beaujnn un immense réflecteur qu'on apercevait le soir de presque: tous les points de Paris.
LACNY - linvrlriiTiL. Hf ViiHT .1 Ci
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DF.rXIEMr. cm PLF.T.
Voy. z-vous lins d'une rni]Mcllc, Ces imiiiuilonts «nie rAmour guoltc Et ipi'il va proiiilre en ses filets'?
Eclairez-ltSj éclairez-les.
LA FOLIE
Mais |ioui- ces maris bonnes cimes, » Si tranquilles prés de lents femmes,
Ali! I cMir leur lionheni ici-bas, Ne les éclairez pas. (bis.)
LAXTiMÉciit:. Écoutez , jo 110 connais i|uc mon étal. J'cclaii'éi'iii toujours. Apivs , ceux qui ne voudront pu-! voir u'auroiil qu'à fermer les yeux. En prend qui veut... Lesiileil luit pour tout le monde ; c'est ma devise !
LA Foi.iF.. Quel bruit se fait enleudre"? Quand je vous disais que liienlôt nous n'aurions plus de places! C'est il qui demandera à être employé dans l'Oljmpe.
Les pnÉcÉOF.MS, CHQjSii^.
CHCE.UR.
.\ir. : 7,0 treille de si)i(:érilé, etc. rni|ilo.yez-nous, .Ii'une déesse!
Cliacnn s'empresse A vus genoux ; Daignez nous placer prés de vous.
PIUCMIEB AsriIiANT.
Prés de vous avoir une place.
C'est se Jro^jer au raiiir des dieux.
LA FOLIE
Entrez, çpir.ez, nous rendons gràcJ An sort ijui vui^s g.uiiie en ces lieux; Mais ici, soit dit sang jiialiee.
On n'est pins sur terre, et l'on tje.nf A ce ([ue cliieui) ne remiJjjSié Que le poste uni lui convient.
Euii>)oyé?.-Bous, etc.
LA FOI ic, à un autre.
Toi, quel est ton nom'?
DEIXIÉME ASPIRANT.
LarissoUe.
LA POLIE
Sur lerre quel est ton métier?
DEI'XIÉME .\SVIRAST
Madame, je sors de l'écnle
Des Grignon et des BeauvilUer *.
l'ebmite.
Ami, la science divine Te place parmi les élus ; Prends le sceptre de la cuisine, Et sois ebez uous le dieu Cornus.
CHÛEfR.
Empioyez-nous, etc.
LA FOLIE, à un autre.
Toi, dont l'air triste, mais intégre, Est d'nu rentier sans pension, Quel es-tu ?
l'ebmite.
Mon Dieu ! qu'd est maigre!