‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 583 sur 975 · JOLIVET., FRANVAL · texte numérisé non relu

JOLIVET., FRANVAL

FRANVAi.. Comment, morbleu! personne ici pour m'annoncer?

JOLIVET. Je crois bien.

ERANVAL. Où est M. Ic maître clerc?

JOLIVET. Voilà.

Eranval, à part. Ah, ah ! il n'est pas de la première jeunesse; et si sou avoué lui ressemble, ma nièce a là une singulière inclination. Monsieur, je voudrais parler à l'avoué.

JOLIVET. Voilà, c'est-à-dire voilà, par intérim, vu qu'il est absent.

FRANVAL. Absent ! et il y a une demi-heure qu'il m'a donné rendez-vous.

JOLIVET, sortant de son bureau. J'y suis. Monsieur est le banquier étranger qui l'a fait prévenir"?

FRANVAL. Justement.

JOLIVET, à part. Voyez-vous comme il manque ses plus belles affaires? Un banquier étranger!.. Ah ! si sa charge élait payée, comme je l'arrangerais!

FRA^VAL. Et .M. Derville, votre avoué, a-t-il toujours la même exactitude ?

JOLIVET. Du tout. Monsieur, du tout... Diable ! celui-là entend son affaire! et s'il n'est pas chez lui dans Cl' moment, c'est qu'il a deux ou trois procès à la fois, et ipi'd mourrait à la peine, plutôt que d'en laisser édiapper un seul.

FRANVAL, ri part. Cela m'annonce qu'il est intéressé.

JOLIVET. Un jeune homme rangé, économe, et instruit!., il vous poursuivra nue affaire jusiiue dans les dernières ramifications.

FRANVAL, à part. J'entends; un chicaneur.

JOLIVET

Air de Calpiyi.

Il trouve toujours dans le Code lUpJii • yielque article qui l'accommode; . , ,,,, Pour mettre les sens eu dél'aut,

Je crois qu'il eu ferait plutôt.

C'est UH LMiltard dont rien n'apiir. clie.

Un homme de la vieille roche;

Enfin, pour mieux vous dire encor,

Iri procureur de l'itge d'or.

FRANVAL, ri part. II ne manquait plus que cria ; je sais maintenant à quoi m'en tenir sur son cnuiptc.

JOLIVET. Si .Monsieur veut me mettre au l'ail de l'état de ses affaires...

FRANVAL. Ça ne sera pas long.

Air : De la folie après Rer/nard.

Toujours modeste en me? souliails.

Je prends ce que le ciel me donne; Chez moi, je vis toujours en paix Et ne trouble jamais personne.

Pour des amis, j'en ai ce qu'il me faut Pour des dettes, je n'en ai i;uères; Pour de l'or, Inilas ! j'en ai tco|i.

Voilà l'ét;it de mes affaires.

JOLIVET. Alors, pourquoi venir chez ua procureur, et lui demandei' un ivndez-vous?

FRANVAL. Pouiquùi? pouiquoi ? {A part.) Ce^i que je voulais proiulre des mforinatioiis qui me parais.-îeiil déjà assez concluantes.

JOLIVET. Mais il n'est pas que vous n'ayez un procès ?

FRANVAL. L'n procès!

JOLIVET. Cherchez bien ; vous en avez un.

FRANVAL, ri part. Mais où diable trouver un procès, moi qui n'en ai jamais eu ? Eh parbleu ! j'ai celte ancienne créance que j'ai toujours reganléc comme perdue ; cette cession qu'on m'a faite. Parbleu, s'ils en tirent (|uelque chose, ils seront bien habiles. [Haut.) Monsieur, voici de quoi il s'agit...

JOLIVET. Je vous écoute.

FRANVAL. Je suis l'rauçais et négociant ; mais ma principale maison de commerce n'est pas en l'iance. il y a quinze ou dix-liuit ans que je prêtai une treiitjine de mille francs à un de mes compatriotes qui est mort sans me les rendre.

JOLIVET. Il vous les doit!

FRANVAL. S:ins contredit. Et cotume c'était un honnête honinie, il me laisse par sou testament, afin, chsait-il , de s'acquitter envers moi , un petit domaine qu'il avait en France, et qui, ayant été abaiidonui' pendant vingt-cinq ans et plus, appartient peut-être en ce moment à une douzaine de personnes.

JOLIVET. Eh bien ! c'est une douzaine de procc-s en expropriation forcée.

FRANVAL. Et si cela doit ruiner d'honnêtes familles . .

JOLIVET. L'équité avant tout. Votre titre est réel ; il faut le l'aire valoir, sinon vous courez risque de vor contre vous une proscription acquise, si même clli' ne l'est pas déjà.

FRANVAL. D'accord ; mais je vous avoue que si cela pouvait s'arranger...

JOLIVET. Du tout. Monsieur, du tout ; ces affaiivs-là ne s'arrangent pas. Douze procès en expropr.ation forcée! . Vous dites que votre notaire se nomme...

LlNTÉRtEUR DE L'ÉTUDE.

FRANVAL. M. (lo Vt'rsat.

juLivET, lui donnant um fAume et de l'encre. Vous allez lui licl'irc uu mot. Il faut envoyer chez lui dierclicr le litre et les pièces authentiques, et des aujourd'hui nous commencerons. Mais ^enez, voici M. Dcrville lui-même.

FRANVAL. écrivant. C'est ra, un renfort. Les triples corsaires! on dirait qu'ils ont peur que leur proie ne leur échappe. Allons, morbleu ! je ne m'étais pas trompé; ils se ressemblent tous.

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