SCÈNE XIll
M.\RGLER1TE, ISABELLE.
MARGUERITE. Nous somnics sciilus?..
ISABELLE. Vous m'avcz dit que vous ne vouliez pas me perdre...
MARGUERITE. QucUc idée!., ne.suis-je pas une amie... une sœur... Votre sieur... entendez-vous bien?.. Tout ce que je veux, c'est de vous sauver... et lui aussi.
ISABELLE. .Merci, merci. Madame.
MARGUERITE. Je vicusdcsa part...
ISABELLE. De sa part?..
MARGUERITE. Oui.
ISABELLE. Et... pourquoi ne vient-il pas lui-même?..
MARGUERITE, étoiinéé. Lui-mèmi'!..
ISABELLE. D'autant que je lui avais dit formidlement hier... Je veux demain mes lettres...
MARGUEiUTE, vivement. Vos lettres!.. (A pari ] J'ai fait fausse route. Il s'agit d'un autre... {Haut.) Vos lettres!.. [Cherchant.] Justement... je viens vous dire qu'il n'a pas cneiirc pu vous les apporter... mais plus tard...
ISABELLE, i'/ivme;if. J'entends!., à l'heure ordinaire... à l'heure de la sieste...
MARGUERITE. Précisément.
isvBELLE. 11 ne peut larder... très-bien.. .N'en parlons plus.
MARGUERITE, ù part. Mais si vraiment... {Haut.) Je concis, en ellét, qu'un cavalier, tel que celui-là... si jeune... si élégant... si bien...
ISABELLE. Pas tant.
MARGUERITE, à part. Aie!., n'avançons pas de ce côté-là...
ISABELLE. La vérité est qu'il m'imposait... qu'il me faisait pi'ur... 11 n'était question alors ni d'autre mariage, ni d'alliance royale... Et puis, j'étais seule... sans giiide... sans conseil... mais vous voilà, Madame, vous ne m'abandonnerez pas.
MARGUERITE. NoH, saos doute, pauvre jeune fille!.. Qui m'aurait dit que j'étais venue pour cela?., ^'importe, de la morde, chemin faisant, cela ne peut jamais faire de mal. Vous êtes liancée... pour ainsi dire mariée; vous avez pour mari, un roi, un empereur... Ce n'est pas amusant tous les jours... mais, faute de mieux... il faut s'y tenir... d'autant que l-s ani iiits, vous le voyez, sont légers.
ISABELLE. Ah !..
MARGUERITE. PeifldcS...
ISABELLE, se récriant. Ah!..
MARGUERITE. Volages, mauquiut à la foi des traités, ni plus ni moins que s'ils étaient monarques, et que pas un seul ne vaut le repos, le bonheur, l.i réputation que l'on einipromet pour eux... vous surtout, qui risquez plus que nous encore... vous, reine d'Espagne... Jugez donc'..
ISABELLE. Ah! Madame...
MARGUERITE. Ricu u'cst déscspéré, il est tnnps encore de tout rompre... il va venir.
ISABELLE. El voilà justement ce qui m'effraie... Je préférerais maintenant ne pas le voir...
LES CONTES DE LA REINE DE NAVARRE
MARGUERITE. Très-bicn !
ISABELLE. Ne plus le voir jamais!..
MARGUERITE. Eiuorc iiiieux !
ISABELLE. Voulez VOUS Ic reccvoir à ma place?..
MARGUERITE. Moi !..
ISABELLE. Reprendre mes lettres ?..
MARGUERITE. Voloiiticrs.. . {A part.) Je le connaîtrai, du moins.
ISABELLE. Ah ! que vous êtes bonne !
MARGUERITE. Mais un instant'.. Vous devez avoir aussi de lui... des lettres... qu'il faut à votre lour lui rendre.
ISABELLE, les prenant sur elle. Oli! certainement... Les voici... les voici... mais, écoutez... On vient... on monte par le petit escalier...
MARGUERITE, à part. AU ! c'est par là qu'il vient d'ordinaire...
is.^BELLE. Dites-lui bien que tout est fini... que je renonce à lui... que je ne veux suivre que vos conseils...
MARGUERITE. Pai'tez... prudcuce!.. discrétion!..
ISABELLE. Et dévouement à toute épreuve !.. (Elle sort par la porte du fond.)