SCÈNE XX
Les précédents; ERNEST, en grand uniforme; LA- DOUCEUR, datis le fond.
ERNEST. Arrêtez, arrêtez, qu'on ne se batte pas sans moi. (.-1 Jacolin.) Que diable faisiez-vous donc là? vous allez vous faire charger par la cavalerie.
GERCOURT. Encore ce maudit fou ! Mais quel changement!
JACOTIN. Que ce soit lui ou le diable, il me faut ma femme, et on me la rendra.
ERNEST. Votre femme!
Air : Je t'aimerai
Elle est à moi.
Je saurai la défendre ; Elle est à moi
LE FOU DE PÉRONNE
Par la plus douce loi Oui, c'est l'épou'i, c'est l'amant le plus tendre, Qui seul ici doit mériter sa foi :
Elle est à moi.
jACOTiN. Elle est à moi, elle- est à moi ! Encore s'il disait : Elle est à nous.
KRNRST, o Ladouceur. Monsieur le commandant de la place, voulez-vuus délivrer ces dames? je sais qu'il n'y a pas de rançon qui puisse racheter de pareilles prisomiiéres; mais .je puis consentir à un échange. {Moidra/HJacotm.) Monsieur prendra leur place, vous pouvez l'emmener.
i.AiioucEiiR. Oui, mon colonel. {AJacotin.) En prison.
.lACOTiN. Comment, en piison?
ERNEST. Monsieur, vous m'y aviez bien envoyé , chacun son tour.
GEiicoiiRT, viojitrant Ernest. Ah çà! la folie de Monsieur a-t-ellê p-agné tout le monde? et vous, Jacotin, m'expliquerez-vous enlin ce que cela signifie ?
ERNEST. Cela signifie que j'ai payé les dettes de votre futur neveu. Rassurez-vous; c'est mon dernier acte de folie; et cette lettre de change, qui est maintenant en mon pouvoir, (// lui remet un papier.) ne m'aura jias coûte trop cher si elle vous éclaire sur la véritable situation de Monsieur, et vous empêche de faire le malheur de votre nièce.
GERCOURT, lisant. Que vois-jc? « Passé à l'ordre de M. Ernest de Sainvillc. o
ERNEST. Oui, Monsieur; le neveu de voire ancien ami, celui à qui votre nièce était destinée, et qui avait trop de torts envers vous pour oser se faire connaître.
GERCOURT. Vos toris, jc veux bien les oublier; rnais ma nièce...
ESTELLE. Ah ! mon oncle, je suis comme vous, je n'ai pas de rancune.
jACOTiN. Quoi? Monsieur, vous êtes le porteur de ma lettre de change?
ERNEST. Oui, Monsieur, je suis votre créancier ; et comme tel, je vous laisse le choix d'èlre mon prisohnier en épousant, ou libre en restant garçon.
jACOTiN. Monsieur, touchez là : je reste libre et célibataire.
ESTELLE. Quoi \ Monsicur, vous aviez votre raison 1
nuRAND. Non pas, et j'atteste toujours...
ERNEST, lui jetant une bourse. C'est inutile.
DURAND. J'atteste que la raison lui est revenue.
ERNEST, à Jacotin. El iiour vous le prouvci", Monsietu', je n'abuserai point de votre position : vous prendrez, pour vous ac(|uittcr, tout le teuqis que vous jugerez convenable, et je ne veux d'autre sùrelé que votre parole...
.lACOTiN. Jeune homme, qui que vous soyez, cette action-là vous assure mon estime; niais vous en serez récompensé! dès ce moment, je ne vous regarde plus comme mon créancier, ce serait vous confondre avec trop de gens, je vous regarde comme mon associe; jc place dans mon entreprise de fournitures les dix mille francs que vous me contiez, et, dans un au, vos fonds seront doublés, si vous n'êtes pas ruiné : voilà le C(unmerce eu gi'and.
VAUDEVILLE
Air de Doche, ou Toto, Caralo.
GERCOUBT.
Quand du cœur d'une belle Bien souvent un futur
Se croit sûr.
L'amour en sentinelle
Déjà dans ce cœur-là Se posta,
Et lui dit tout bas;
Vous perdez vos pas; La place est ]irise, liélas!
Ou n'entre pas,
On n't'ntre pas, Mon clitr, on n'entre pas,
DURAND
Orgon est pauvre et blême J Chez lui tous ses amis
Sont admis.
Mais, quittant son septième, Il prend au Carrousel Un InJtel.
Soudain sans pilié.
Même à l'amitié, Le suisse dit en bas :
On n'entre pas,
On n'entre pas, Monsieur, on n'entre pas.
MADAME DrRA^n.
Silot qu'un pauvre diable A rna porte frappait.
Il entrait.
Tant j'étais cliaritaljle; Mais tons ces voyageurs Sont trompeurs.
J'ai fermé mon cœur,
Et Je dis, de peur Do loL'er des ingrats :■
On n'entre pas,
On n'entre pas, Clrefrmoi l'on n'entre pas.
ERNEST
Pendant qu'on se querelle, Plus d'un voisin jaloux
Vient chez vous; Mais l'union, le zèle Forment de toutes i)arts
Nos remparts ; Plus de ditl'érends.
En serrant nos rangs, Nous dirons, l'arme au bras :
On n'entre pas.
On n'entre pas, Morbleu I l'on n'entre pas.
JACOTiN.
Dès qu'on entre en ménaja, Que de soins, d'embarras
N'a-t-on pas!
Des enfants... du tapage...
Tandis que sans façon
En garçon Quand on a vécu, J'en suis convaincu.
Dans le cojps des papas
On n'entre pas,
On n'entre pas, Au moins l'on n'entre pas,