partie de mes ouvrages
Air : Quand Dieu pour peupler la terre.
Dés qu'une femme compose.
Aussitôt maint détracteur
Lui ravit te nom d'auteur.
Et vous seuls avez l'honneur
De ses vers et de sa jirose.
Les femmes, c'est évident.
N'ont ni savoir ni talent;
Et le stnpide vulgaire,
Séduit ]iar les méilisanis,
Croit (pTou liomme est toujours p^r0
Du moindre de nos entants.
scuDÈRi. C'est qu'eu effet les hommes ont une certaine supériorité. .
MADEMOISELLE scinÉRi. Vous n'enseriez pas la preuve. scL'DKRi. .Ma sœur!
MADEMOISELLE SCLDÉRI. Mott frcrC !
Air : Tout ça passe.
Qu'avez-vous fait de si grand *
SCUDERI
Qu'ont fait, ajires tout, les femmes?
MADEMOISELLE SCLDERI.
Lisez mon dernier roman.
SCEDEIII.
Relisez mes derniers drames.
MADEMOISELLE, SCCDEIII.
Qu'y voit-on? des Vers sans Ames;
SCIDERI
Qui font pleurer cependant.
MADEMOISELLE SCIDERI.
Oui, (luand on sort de vos drames, ChacHU pleure ((er) son arL'cut.
scuDÉni. Ma sœur, vos expressions sont d'une dureté...
MADEMOISELLE scEDÉRi. Cela cst Vrai ; mais au-si , je suis d'une humeur... Pourquiu fiut-il que notre voiture brisée nous meUc dans l'impossibilité de poursuivre Florval!
scLDÊRi. Vous lui en voulezdonc toujours beaucoup?
MADEMOISELLE SCLDERI. Cerlaiiiemeiil.
scLDÉRi. Tenez, moi, je commence à me repentir d'avoir été si sévère. Je voulais qu'il suivit la carrière des lettres, ou celle du barreau; mais tout le monde ne peut pas être poète ou procureur. J'ai toujours eu du goût pour le militaire , et si vous m'en croyez...
MADEMOISELLE SCLDÉRI. Mon frère, allez-vous recommencer encore? Tenez, occupons-nous de choses plus importantes : travaillons à notre tragédie d'Arsace.
SCLDÉRI. Hé bien, soit; travaillons.
MADEMOISELLE SCLDÉRI. Uue tragédie tirée de mon roman d".lr(n»!è;!e.' Le titre seul fera courir tout Paris.
scuDÉRi, à part. Le fond est détestable; mais ma poésie fera réussir l'ouvrage.
MADEMOISELLE SCLDERI , à part. Les vcrs , je crois, ne vaudront |ias grand'cliose , mais le fond soutiendra le reste. {Haut.) Pour qu'on ne vienne |.as nous interrompre. vouleX-vous fermer cette ptirte?
SCLDERI. Très-sagement vu, (// ferme la porte du fond, et met la clé sur la table.) Ah çà, oi^i en sommesnous?
MADEMOISELLE SCLDÉRI. A la déclaration.
SCLDÉRI. Toujours des déclarations ! Vous donnez trop dans le tendre; il faut du noir, du sombre. Tenez, ma dernière tragédie! quel succès ! Aus>i c'était tout massacre! Le père, l'amant, la princesse, le graiid-preire...
L'AUBERGE
Am : Décacheter sur ma porte.
On se tue au ijrcmier acte, On se tuait dans l'entr'acte ; On se tuait partout :
EnCn, jiour ailniirer jusqu'au bout Un chef-d'œuvre de la sorte, On se tuait à la porte.
Voilà le véritable tragiciue ! Mais , avant tout , répétons notre dernière scène ; elle n'est pas encore finie.
MADEMOISELLE sci'DERi. Laquelle?
scuDÉKi. Celle où Héleroxène arrive dans le château inconnu, où elle apprend qu'Ar^ace est infidèle ; où elle ordonne son trépas.
juDEMoisELLE scLDÉRi. Ah ! j'y suis. j'y suis.
sci'uÉRi. Alliins, en scène. (/( se promène en faisant de grands gestes.)