‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 693 sur 975 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

BERTRAND, FLORVAL.

FLORVAL, frappant aux croisées du fond. Bertrand, y sont-ils toujours

BERTRAND, prenant la clé sur la table et allant ouvrir la porte du fond. Il voudrait, comme moi, qu'ils fussent déjà bien loin. [Haut.) Oui ; mais tout est découvert : ils savent que vous êles ici, et ils ont juré voire perte.

FLORVAL, Tout cst découvcrt? [Il referme brusquement la porte.)

BERTRAND. Allons, voilà qu'il n'est pas plus brave que moi. Un mot, de grâce; de grâce, un seul mot!

FLORVAL, rentrant. Hé bien! que me veux-tu?

BERTRAND, avec de profondes révérences,

AiR : On m'avait vanté la guinijuette.

Salut, lionnur à son altesse!

Salut, honneur à Monseijncur!

FLORVAL.

Eh quoi! c'est à moi qu'il s'adresse?

BERTRAND

Pourquoi cacher votre grandeur?

FLORVAL

Mais finis; ce discours me lasse.

BERTRAND

Vous êtes prince. Monseigneur.

FLORVAL.

Je t'assommerai sur la place.

BERTRAND

Ah! Monseigneur, c'est trop d'honneur.

ENSEMBLE

BERTRAND, FLORVAL.

FLORVAL.

Mais que veut dire co mysltre?

Et d'ui'i peut nai're son erreur?

Finis, ou bien crains ma colère.

Crains tout de ma juste fureur.

BERTRAND

Cnmment finira ce mystère?

Et que veut dire sou erreur Monseigneur se met en colère, Daignez calmer votre fureur?

BERTRAND. Mais, encorc une fois, pourquoi craindre de vous découvrir? Je connais les motifs qui vous font agir; nous vous sommes lous dévoués; parlez, moi, ma famille, mon argent, tout est au service de votre altesse. ■

FLORVAL. Ton argent, dis-tu? ton argent? Ah! je SUIS |irince, sans contredit, et j'accepte tout. [A part.) Si j y comprends un mut... (Haut.) Ce déguisement n'élait qu'un jeu, un caprice.

BERTRAND. Poui'quoi feindre encore? Je sais que voire altesse ne l'a pris que pour éviter un mariage qui ne lui convenait pas du tout.

FLORVAL, 0 part. Ah! diable; son altesse ne sait pas son rôle. (Haut.) Un mariage, oui, tu as raison ; mais maintenant que je ne crains plus rien...

BERTRAND. Au Contraire, vous avez tout à craindre; et je venais demander l'avis de voire alti'sse.

florVal. Mon avis? Ah! si j'avais mi'ii con-eil... Mon avis est d'abord que nous sommes d uis un Irès- "l'aud danger.

L'AUBERGE

BicRTRAN":. Ëxtraorcli: 'aircmcnt bien pense, Monscigii:i;i-.

FLOiivAL. Et i|ii'il faut eu scil'tii' un plus vile.

lii.niRAND. Puissammeut raisonné, Monsuigiicur. Mais par quels moyens? Songez que Graplianor et Héléi'oxène sont armés.

FLORVAL, à part. Que rlit-il? M. et mademoiselle Sciuléri. Graplianor et Hétéroxéno !.. Hétéroxéne... mais je eounais ee nom; ce sont des personnages du roman d",\r(amrne...

EEBTnAND, qui o enltndu le dernier mot. .\rtamènc ! justemcni : ils en ont parlé, et ils vous connaissent l)icn, car ils disaient... [linilantla dédamation de Souder i.)

Ses traits... son :iir qui... et surtout .son audace, Sous l'iiabit d'un... militnirr, m'ont découvert Arsace.

FLORVAL, riant. Ah I ali ! uli ', (/( se jette dans un fauteuil.) Ah! ah! j'y suis! ils répétaient quelque tragédie... ah! ah!

BERTRAND. Mais il est fou!.. Comment! vous riez quand il y va de votre couronne!

FLORVAL. Ah! si lu savais comme j'y tiens peu!

Air : De la vigne à Claudine,

Des l)iens do la fortune Mon cœnr n'est pas épris; Leur fasto m'iniportune, Et j'y mets peu de prix.

Est-ce donc sur le trône Qu'on trouve le vrai bien?

Je perdrais ma couronne.

Que je ne perdrais rien.

BERTRAND. MaiS VOS jOUrS?

FLORVAL. Ils en veulent à mes jours? c'est différent. Voilà nus créanciers bien attrapés : c'est là ce qui te chagrine?

BERTRAND. Nou pas du tout. C'cst qu'ds en veulent aussi à ma vie.

Air : Que vois-je? c'est Voltaire I (de Voltaire cui;z

Ninon;.

Délournoî la tempête, Et dans reviiiiUient Ne perdez pas la télé.

Car la mienne en dépend.

FLORVAL.

Dans la tombe s'il faut mo suivre, Tu sauras sans peine obéir.

HliRTUAND.

Il me semble si doiude vivre!

Hélas 1 pourquoi l'aiit-il mourir?

ENSrjlBLlî.

BERTRAND, FLORVAL.

Bl RTRAND.

D tournez la tem|iéle, etc.

FLORVAL.

Délournoos la tempête, C'est le point important :

Ne jierdons point la tête, Car mon suit en dépend.

BERTRAND. Monscignciu' uic prciul donc sons sa protection?

FLORVAL. C'est le moins que tu (misses attendre : tu peux compter sur mes bienfaits.

BERTRAND. Mais que résout son altesse?

FLORVAL. Il faut arrêter les coupables. Rassemble toute ta mauson.

BERTRAND. Vous savcz, Moiiseigiiem',. qu'il n'y a ici que moi et Bastion; mais je cours répandre l'alarme et rassembler tout \p. village. {A part.) M'assassiner !

enlever ma fille! un prince dans ma maison! Comme je vais en raconter a tous nos voisins!

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