SCENE XV
M. SCUDÉRI, MADEMOISELI.K SCUDÉRI, FLORVAL. BERTRAND, dans le fond.
SCUDÉRI, très-humhlement. Monseigneur, d'où provient une pareille rigueur? certainement.., (Levant peu à peu les yeux et le reconnaissant.) Comment I c'est loi, coquin!
MADEMOISELLE SCUDÉRI. C'cst toi qui oscs uous faire arrêter !
FLORVAL. Silence I ou j'appelle mes gardes!
SCUDÉRI. .Malheureu.\! hrùler nos chefs-d'œuvre!
FLORVAL. H no tient qu'à vous de les sauver : mon pardon, vingt-cinq louis pour rejoindre mon régiment, et je vous les rends à l'instant.
MADEMOISELLE SCUDÉRI. Votre pardon! esi-cc ainsi que vous espérez l'ohtenir?
FLORVAL, ai-ec feu. Prenez-y iiarde; je suis un fou, un étourdi; je suis ca|)ahle de tout; ne souffrez pas que ces chefs-d'œuvre soient la proie des flammes; ne les dérobez pas à l'admiration des siècles futurs ; je vous parle au nom des heaux-arts, de la nature et de la posléritc.
SCUDÉRI. La poîtérité, c'est juste ; mais vingt-cinq louis, c'est cher! Passe encore pour le pardon, ça ne coule rien; mais ne pourrais-tu rien nihatlre"?
FLORVAL. Rabattre, c'est impossible! pour la belle Mandane, cent écus.
SCUDERI. Mais tu n'as pas de conscience.
FLORVAL. Une jolie femme n'a pas de prix, celle-là surtout!., une femme inconcevable!
AiR de Calpigi.
Chaste et pourtant buit fois ravie,
Toujours voulant qu'on la marie.
Mais attendant patiemment :
Cliez nous c'est si rare .i iirésent! (bis.)
Sage, vertueuse et fidèle,
A trente ans... cncor. .. demoiselle :
Tous nos jeunes gens comme il faut
Vous le diront.
Cent écus cela u'est pas trop, [bis.)
M.\DEM0iSELLE SCUDÉRI. .\lbns, passo pouT Ics Cent écus.
FLOavAL. A la bonne heure!., mais vous u'aurej pas
L'AUBEHGE.
la cruau'c de la séparer de son époux; pour le grand Cyrus, même prix.
.MADKMOISELLK SCUDÉRI. Ail! c'en OSt tVOP; Ct c'CSt
abuser...
KLOiivAL Oui-dà! un cavalier jeune ct aimable! on vous en donnera, et surtout comme celui-là!
Même air.
Grand spadassin et lionne Lime, Courant toujours après sa femme, Toujours ardent, toujours brûlant :
Cliez nous c'est si rare à présent! {his) Rempli de courage et de grâce.
Sa valeur jamais ne se lasse :
Toutes nos dames comme il faut
Vous le diront.
Cent écus, cela n'est pas trop, {bis.)
SCUDÉRI. Mais songe donc que cent écus et cent écus font six cents livres.
MADEMOISELLE SCLDÉP.l. Six CCIltS livreS !..
FLûRVAL. Le compte est fort juste, et quand pour ce prix-là on sauve du feu deux innocentes victimes, on ne doit pas regretter son argent.
scupÉi\i. .\llons, puisqu'il faut en passer par là!., mais au moins tu m'expliqueras...
FLORVAL. Vous allez tout savoir .. approchez, mes amis : tant de gloire, tant de grandeurs m'importunent.
RÉCITATIF
Ni l'or, ni la grandeur ne nous rendent heureux : L'éclat de mes trésors n'a point séduit mes yeux. J'y renonce ; et d'un oncle implorant la tenilresse. Je veux que son amour soit ma seule richesse.
SCUDÉRI. Comment! comment!
FLORVAL.
.^in : J'en guette un petit de mon âge (des Scythes
F,T DES .\MAZ0NES.)
Avant de refuser ma gr^ke.
Ecoutez un neveu soumis :
Vous iirétendicz sur le Parnasse A vos ciités me voir assis.
Trop de gloire excite l'envie; El j'aime mieux, iiour mon lioidieur, Une place dans votre cœur.
Qu'une place à l'Académie.
SCUDÉRI. Quoi! tu serais...
FLORVAL. Le héros de votre tragédie, le jn-ince Arsace ..
sr.iDÉRi. Mais comment sefâit-il?..
FLORVAL, vivement. Rien de plus simple : Bertrand vous écoutait, parce qu'il est curieux; il a eu peur, parce qu'il est poltron, et il m'a pris pour un prince, parce qu'on a une certaine tournure; j'en ai profite, parce que j'en avais besoin, et je partage ma nouvelle fortune avec Rabet et Baslien, pai-ce que, quand je suis heureux, il faut que t(jut le monde le soit.
BERTRAND. Ah çà, VOUS u'ètcs tiouc pas?..
FLORVAL. Je n'ai jamais été prince cpie de ta façon.
BERTRAND. Eu cc cas, voici uu petit mémoire.
FLORVAL. Graphanoret Héténnéne s'en cliargeront.
MADEMOISELLE scL'DÉRi. 11 faut bicH Vouloir tout ce qu'il veut, à condition cependant qu'il entendra notre tragédie.
SCUDÉRI. Point de condition, grâce tout entière!
BASTiEN. Monseigneur, si vous n'avez régne qu'un
instant, vous avt z bien employé voire quart d'heure de royauté.
VAUDEVILLE
Air du Vaudeville de Sophie, ou le Malade qui se porte bien.
FLOnVAL.
Amonr, sous tes lois je m'engage; Viens désormais régner sur moi; .Te suis fier de mon esclavage ; Qui plait est jilus heureux qu'un roi.
Le bonheur est dans la tendresse; Et j'aime mieux, en vérité.
Un quart d'heure de ma maîtresse, Qu'un iiuart d'heure de royauté.
BASTIEN
Vingt amants brûlent pour Hélène;
Une autre, à sa place, eût choisi,
D'un roi, d'un maitre eût luis la ch.aine,
H.-lene en a bien mieux agi :
Entre eux distribuant sa flamme
Avec une triste équité,
Tour à tour ils ont chez Madame
Un quart d'heure de royaiité.