SCENE XIL JULIETTE, URSULE
URSULE. Eh bien! quVsl-il arrivé?
JULIETTE. C'est déjà fini : le mariage est rompu; quand je me mêle de quelque chose...
URSULE. Il a dû être désolé?
jt.LiETTE. Pas trop, parce qu'il y a des nouvelles que nous ne savions pas. D'abord, M. Augusic est son ami intime, et l'avait charge de demander en mariage ma sœur Malvina.
URSULE, vivement. Il se pourrait?
JULIETTE. J'étais bien sûre que cela vous étonnerait. Oui, Madame, elle sera mariée la première; son système de mélancolie lui a réussi. C'est fini, dès demain je ne ris plus.
URSULE. Et Léon ?
JULIETTE. Oh ! c'est bien autre chose, et vous ne vous douteriez jamais : il est amoureux.
URSULE, avec émotion, mais froidement. Ah!., il vous a avoué.
JULIETTE. Oui, Madame, et le plus amusant, c'est qu'il est amoureux de vous.
URSULE. De moi? quelle folie ! Vous voulez rire sans doute. Je ne crois pas aux passions subites, surtout à son âge.
JULIETTE. Ah bien! oui; ça date de loin : c'est quand il était au collège, avant sa rhétorique.
URSULE. Quel enfantillage! j'csiière que vous vous êtes moquée de lui?
JULIETTE. Je n'y ai pas manqué; et pour l'achever, je lui ai raconté tout ce que vous aviez dit de lui : (ju'il était gauche, sans usage; qu'il n'avait pas d'esprit...
URSULE. Comment! vous vous seriez permis...
JULIETTE. Oui, Madame; c'était un service à lui rendre : et je ne lui ai pas laissé ignorer l'antipathie et la haine que vous aviez pour lui.
URSULE. Je vous demande qui vous avait priée de lui faire un tel aveu?
JULIETTE. C'est que vingt fois je vous ai entendue parler ainsi ; et fout à l'heure encore...
URSULE. J'ai pu, entre nous, dans votre intérêt, par amitié, dire de lui des choses qu'il était inutile d'aller lui répéter... Que va-t-il penser maintenant?., car, c'est comme un fait exprès, vous, son tuteur, tout le monde sendjie .s'entendre pinir lui apprendre que je le déteste.
JULIETTE. Puisque c'est vrai.
URSULE, avec impatience. Certainement... c'est vrai, et dans ce moment, plus que je ne puis dire. Mais où est la nécessité de se faire des ennemis, d'exciter des haines? Ai>prenez, Mademoiselle, que dans le monde, dans la sociélé, on peut souvent être en guerre, mais on ne la déclare jamais.
JULIETTE. Si vous allez me parler politique...
URSULE. Non, Mademoiselle, il ne s'agit pas de cela : maii vous êtes cause que ce jeune homme va me prendre en aversion.
JULIETTE. C'est ce qu'il peut faire de mieux; et si j'étais à sa place... Ah! mon Dieu ! 11 doit être quatre heures.
AiR : .imis, voici la riante semaine.
Et ma tell tte ici qui me réclame; Il faut une licure au moins pour l'arlicver; Celui de qui je dois être la femme Est ([uelciue part... il n'est plus qu'à trouver. J'iiîiiore, liéliis! tant je suis peu coquette. Quand à mes yeus s'offrira ce niaii .. Mais chaque jour je soigne ma toilette, En me disant : « C'est peut-être aujourd'liiii. » (Elle sort par le fond.)