JULIE, LE CHEVALIER
LE CHEVALIER, fort embarrossé, et n'osant regarder Julie. Je ne m'étais point préparé à recevoir la visite d'une personne...
.ii'LiE, vivement, et avec la plus i/rande douceur. \\\ ! monsieift' de Surgy ! je ne viens point me plaindre d'un malheur qu'hila^l je ne pouvais prévoir: ne craignez de ma part aucun reproche.
LE CHEVALIER, ctonné, avec amertume. Des reproches ! vous plaindre, vous, Jidie! et de quoi?
JiLiE. Vous avez raison ; orpheline, pauvre, sans naissance, de (|uoi me plaiudrai;-je ? J'eus tort de croire à vos serments.
LE CHEVALIER. Oli ! VOUS avez un tort encore plus gi'and, c'est celui d'avoir oublié les vôtres.
JLLIE. Les miens !
LE CHEVALIER. Ici, ù cctte même place, ne jurâtes- vous pas d'élre à moi, de n'être qu'à moi? Le temps, l'absence, disiezvons, seraient sans influence sur cet engagement; ma n;ort même ne devait pas le rompre! Eh bien! deux mois .se sont a peine écoulés depuis cette promesse, je vis, et vuus êtes la femme d'un autre !
.11 LIE. Qu'ai-je fait, que suivre vos conseils, que vous obéir?
LE CHEVALIER, étonné. .M'obéir!
jiLiE, lui donnant plusieurs lettres. Tenez, reprenez ces lettres que je vous rapporte.
LE CHEVALIER, les prenant. Ces lettres!
.HLiE. Leur lecture m'a fait assez de mal.
LE CHEVALIER, Usant les lettres. Ma .•-igiialure! Non, non, Julie, ces lettres ne sont pas de moi; je ne les ai jamais écrites.
JiLiK. Est-ce bien possible? cette écriture...
LE CHEVALIER. iN'cst pas la uiieune.
JULIE. Dieu !
LE CHEVALIER. Vos ycux out Cependant pu s'y tromper: mais votre cœur...
JULIE. Ah! malheureuse !
LE CHEVALIER. Je frémis du soupçon. Ces lettres vous ont été remises...
JULIE. Par M. Goberville.
LE CHEVALIER. L'infâme !
JULIE. .Vu nom de madame la duchesse.
LE CHEVALIER, anéanti. De ma mère !
JULIE. Charles, elle savait tout. Elle me peignit votre chan-
AVANT, PENDANT ET APRÈS
gomcnt coimiK,' un l)icnf;iit de la Providence, (lui, en m'éclairaiit sur la légèrelc de voIim; caractère, nie préservait d'une union qui aurail fait le m;illicur de mi vie et le désesiiiiir de votre famille. Votre mère fit (lUis encore : pour nie deticlier entièrement do vous, pour me sauver, pour me Sarantir d'une faiblesse que je ne prenais pas la peine de c;w:hcr, elle m'amena à lui promettre de ddiiiior ma nnin...
i-F, cHEVAi.iEn. N'achevez pas. Ali! Julie, je crois que j'aurais mieux aimé vous trouver coupable; du moins je serais le seul à plaindre. Mais vous èles innocente, vous avez été abusée, trompée par ceux même qui vous devaient secours et protection. Notre amour effrayait leur orgueil, et cet orgueil a étouffé tous les sentiments de la nature. On m'a calomnié ; et vous avez pu croire...
.iULiE. C'était votre mère, ma bienfaitrice.
LE CHEVALiEK. Nou, Icur perfidie n'a pu briser des nœuds que le temps avait consacrés ; elle n'a pu m'eulcver voire creur, me priver d'un bien qui m'appartenait, qui m'appartient encore! Oui, Julie, en dépit de leurs exécrables ruses, lu n'as pas cessé d'èlre à moi ; viens, fuyons ensemble.
Ji'LiE. Eli! monsieur Charles, partout où j'irai, je n'en serai pas moins la femme de Gérard.
i.E CI1EVAL1EH. Sa femme!
.in.iE. Gérard est un honnête homme, qui vous respecte, ipii vous aime, qui donnerait son sang pour vous. Je ne suis que malheureuse, vous ne voudriez pas me rendre coupable.
LE ciiuvALiEK. Coiipalile, tdi! non, Julie; je respecterai, dans la compagne d'un autre, celle que j'avais choisie nioiinéme; mais je ne serai point témoin de son bonheur: je ne vous verrai plus.
JDLiE. Vous songez à nous quitter!
LE CHEVALIER. Il Ic faut, jc uo sauiMis plus vivre dans un pays où l'on peut impunément fouler aux pieds l'honneur, la vertu, tous les sentiments généreux, où l'on immole usa vanité jusqu'au bonheur de son fils. Mais avanlde iiartir,je veux au moins te rendn^ un dernier service : je veux rendre il ton frère 1 1 liberté qu'on lui a injustement ravie, et après cela, s il veut me suivre, je l'emmène; il ne me quittera plus; ce sera mon compagnon, mon ami, et à lui du moins je pourrai parler de toi.
ji'LiE. Charles! ah! que je suis malheureuse!
LE cHKVALiEu. On vient, tais-toi ; ici il n'est jias même permis de pleurer.