‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 800 sur 975 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

Les précédents, GOBERVILLE.

(Le marquis e.^t sur le fauteuil à droite ; Gérard est occupé à le raser. Julie est assise auprès de la table à gauche. Goberville est entre Julie et Gérard.)

GouERViLLE. On cutrc donc; ce n'est pas sans peine. Il me semble, citoyen Solon, que tu laisses bien longtemps les patriotes à la porte.

GÉRARD. Je t'ai bien entendu, citoyen Sciièque; mais ma femme, qui est malade et souflrante, n'était pas là, et je tenais une pratique que je ne pouvais pas quitter. D'ailleurs, lu pouvais bien faire le tour et entrer par ma boutique, ipii est toujours ouverte à tout le monde.

GOBERViLLi:. C'était mon chemin par là; je viens de l'ancien liôlel Surgy, dont la vente est africhée. Comme j'ai besoin de toi, je viens te prendre, pour t'y emmener.

GÉRARD. Impossible; je suis de garde. J'ai à sept tieures une seconde faction; mais après, tant que tu voudras. (.S"o/)prochant de Gobervill- (t lui parlant à voix basse.) Est-ce que tu as des vues sur ce bàtimiuit?

GORERvu.LE. H faut bien placer ses assignats. D'ailleurs, je n'achète que pour démolir. [Le marquis fait un mouvement.) yu'est-ce qu'il a donc, le citoyen?

GÉRARD. Tu peux parler; c'esl un citoyen de la république Batave, qui n'entend pas le français; un ostrogotb de Hollandais qui vient changer ses fromages contre des assignats.

GOBERVILLE. L'iuibécile! On dit que lesSurgy ont caché de l'argent là-dedans avant de partir; et, comme membre du comité des recherches, je viens, au nom de la nation, te requérir de m'aider dans l'exercice de mes fonctions, comme connaissant les êtres de la maison.

GÉRARD. Pas beaucoup; mais ma femme, qui y a été élevée, viendra avec nous, et nous aidera à découvrir le trésor, (.-lu marquis.) Mais tiens-toi doue, citoyen, (Repassant le rasoir.) et n'aie pas peur. (.'1 Sé7iéque.) Bien entendu que nous partagerons également en frères.

GOUERVILLE. C'cst justc, fraternité.

GÉRARD. Et égalité. Et n'y a-t-il pas des risques dans cette afl'aire-là? Si lesSurgy revenaient.

GOBERVILLE. Impossible, la loi est fornudle; peine dr mort. Dans quilques jours il n'y aura plus de Surgy en France.

JULIE, se levant et s'approchant de Gobervdle. Et le général, qui est lui bon citoyen!

coHERvii.LE. Le général ! le général ! Ce n'est pas si difficile d'être général dans ce temps-ci. Il y en a des milliers dans les armées. Et, parce que celui-ci a gagné des bataille-i, qu'il a rossé les .\utrichiens, lu crois qu'il .'icrvait la patrie? c'était un agent di; Pitt et de Cobourg. Il soudoyait les émigrés, les ennemis de la nation. N'avait-il pas l'iiifainie d'envoyer de l'argent à sa famille?

GÉRARD. Je m'en doutais depuis longtemps; il a toujours été un enragé de modéré.

JULIE. Vous lui reprocheriez de secourir son père?

GOBERVILLE. Est-cc quc Bcutus uvait un père ? c'est tout au plus s'il avait des fils ; et encore avec lui ça ne durait pas longtemps. .\u surplus nous l'avons mandé à bi barre, il n'a pas comparu, hors la loi, et me voilà tranquille. (Julie se laisse tomber sur h fauteuil, presque évanouie.) Eh bien ! qu'a dune 1 1 femme ? Je crois qu'elle .se trouve mal.

GÉRARD, courant à elle. Julie! il serait possible 1 Non, elle revient. Je t'avais bien dit qu'elle était malade et soutTrante.

GOBERVILLE. aUous, allous, je te laisse achever ton ouvrage. A ce soir, à nei»f heuivs et demie. (/( vajusipi'à la porte , le marquis se lève ; mais enl'ndant GoherviUe qui rerient, il se rassied.) .Mais à cette heure-là ta boutique sera frrniée '?

GÉRARD. Tu entreras par la place de l'Égalité.

GOBEitvii.LE. Et si tu u'cs pas encore rentré; si la citoyenne est mabide?

GÈtwHV), à part. Il ne partira pas!

GOBERVILLE. Je no me soucie pas d'attendre dans la rue. Donne-moi ta clé.

GERARD. Ma clé?

GOBERVILLE. Est-co quG ça l'ellraie? est-ce qu'on ne peut pas entrer à toute heure dans le domicile d'un bon palriot"?

GÉRARD. Et que veux-tu qu'on me prenne? Femme, donne la clé. (Julie dorme la clé à Gobervdle.)

GOBERVILLE. .\ la bouue heure. Je savais bien que le citoyen Selon Gérard était la crème de la section, et je plaindrais un ci-devant qui toniberait entre ses mains. (Le marrpiis fait un mouvement.)

GERARD. Tiens-toi donc, citoyen, tu vas te faire couper.

GOBERVILLE. Allons, à ce soir. (// sort.)

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