SCÈNE VIII
JONAS, MATHISEN, ZACHAKIE, JEAN.
JEAN, à demi-voix.
Entrez; ma mère dort! entrez et parlez bas. Dans mes rêves tantôt, lis.int le rang suprême, Ne m'avez-vous pas dit : Suis-nous! tu régneras?
JONAS
Et nous t'offrons encore un diadème!
Sois roi !
JEA.N.
Pourraiîje alors frapper mes ennemis?
MATHISEM ET ZACHARTE.
A ta voix ils seront par nous anéantis !
JEAN
Et pourrsi-je iipnioler Oberthal t
JpDjAS.
Ce Soir même !
JEAN
Que faut-il faire alors? parlez et je vous suis!
JONAS
Gémissant sous le joug et sous la tyrannie. Nos frères d'Allemagne attendent le Messie Qui doit briser leurs fers! prêts à se soulever
Au s(?ul nom du piophète Que Dieu leur a promis, et que j'ai su trouver!
JEAN
Que dites-vous?
JONAS
IjC ciel dont je suis l'interprète.
Le ciel nous a lui-nième, à des signes certaine. Révélé cet élu marqué par les destins ! {Avec force.)
Jean! Dieu t'appelle! Jean! le ciel cette nuit même Ne t'a-t-il pas dicté sa volonté suprême!
JÇAN, troublé.
Tu dis vrai !
JONAS
Bien souvent te brisant sous sa loi, N'est-ce pas son esprit qui s'empare de toi?
JEAN
Tu dis vrai !
JONAS
Viens alors, viens avec nous, mon frère.
^KSEilBLE,
JONAS, MATHISEN, ZACHAIUE.
Oui! c'est Dieu fini t'appillo et l'éclairc! A tes jeuv a biille sa lumière, En tes niaius il i'on)ut iii Ijaiiiiièie. Avec eljp apparais dans nos rangs.
Et des grands cette foule si fiêre Va par toi se réduire en poussière.
Car le ciel t'a choisi sur la terre Pour frapper et punir les tyrans!
JEAN
Oui ! le Dieu qui m'appelle et m'éclaire A souvent, dans la nuit solitaire, A mes yeux fait briller sa lumière!
0 pion Dieu ! j'opéis, je nje rends! Oui! j'irai sous la saiiîle bannière A la voix les réduire en poussière!
Car ton bras m'a choisi sur la terre Pour frajiper et punir les tyrans !
JONAS
Ne sais-lu pas qu'en France, une chasle h(''roïne Qu'inspiraient, comme toi, de saintes visiuiis, Jeanne d'Arc a sauvé son pays...
JEAN
Oui, marchons...
Tombe sur nos tyratis la venge^ijpe divine !
ZACBARIE.
Mais, envoyé du ciel, songe bien désormais Que tout lien terrestre est brisé pour jamais ! Que tu ne verras plus ton foyer ni ta mère !
JE.A.N
Ma mère !
MATHISEN ET ZACHAIUE.
Elle n'est plus pour toi qu'une élrangère!
JONAS
Partons ou renonçons, amis, à nos prcyets!
JEAN
Partir! sans voir ma mère!
JONAS, MATHISEN, ZACHABIE,
11 le faut, Dieu le veut!
JEAN
.\h ! pour grâce dernière. Avant de m éloigner que je la voie encor!
{S'approchant de la porte à droite.) Du silence!., elle dort!
{fl avance la tête et écoute.) Et pendant ;ion sommeil, murmure une prière!
{Écoutant plus altentivement.] C'est pour moi qu'elle prie!
[Écoutant, et répétant à mesure la jmroles.)
Oui, pour moi son eiilaiit !
Et son enfant la fuit et la délaisse !.. Non, non... partez sans moi ! je reste à sa vieillesse- Ma mère est le seul bien qui me reste à présent ! Tois TBOis, (i demi-voix.
Et la vengeance ! ! !
Et l'espérance De voir lombjr nos oppre.sseurs!
JEAN, regardant toujours à droite, avec douleur et regret. Ma mère !
TOUS TROIS, de même..
Et la couronne Que le ciel donne A ses élus! à ses vengeurs!
JEAN, de même.
Ma mère !
TOP$ TBOIS,
0 sainte extase Qui nous embrase,
LE PROPHETE
D'un vain amour brise les nœuds.
Viens! Dieu t'appelle.
Palme immortelle Pour toi descend du haut des cieux!
JEAN, attx trois anabaptistes.
Un seul... un seul instant de grâce!
TOUS TROIS
Voici l'heure!., viens, suis nos pas.
JEAN
Prêt à partir, qu'au moins son fils l'embrasse. (// fait un pas dans la chambre et revient vivemen'A Non, si je l'embrassais je ne partirais pas I Adieu tout mon bonheur!
TOUS TROIS, à demi-voix et l'entraînant. Et la ven^ance !
Et l'espérance De voir tomber nos oppresseurs!
JEAN, entraîné par eux et tendant les bras vers la
cliambre à droite, et à demi-voix.
Ma mère !
TOUS TROIS, l'entraînant toujours.
Et la couronne Que le ciel donne A ses élus, à ses vengeurs !
JEAN, de même.
Ma mère!
ENSEMBLE
JONAS, HATBISEN, ZACUARIE.
0 sainte extase
Qui nous embrasse.
Viens le guider dans les combats
Oui, Dieu t'appelle;
Soldat fidèle.
Entends sa voix et suis nos pas!
Viens, suis uos pas !
JEAN, que l'oti entraine.
Adieu, ma mère Et ma chaumière!
Je ne dois plus vous voir, hélas!
0 mon village!
0 douce image !
Oui, dans mon cœur tu resteras !
I Ils entraînent Jean. La toile tombe.)