SCENE III
Les mêmes, ZACHARIE, Soldats anabaptistes.
ZACHARIE
Aussi nombreux que les étoiles
Ou bien que les flots de la mer,
En chasseurs, qui tendraient leurs toiles
Contre les aigles du désert,
Vers nos phalanges immortelles^
Venaient les païens courroucés!
Où donc sont-ils?.. Ils ont fui, dispei'sés! Comme le sable, au désert !.. Dispersés ! Dispersés!
Tous, dispersés !
Couvrant les monts, couvrant l«s plaines.
Leurs chars qu'on voyait défiler.
Pour nous lier traînaient des chaînes.
Des roseaux pour nous flageller!
Pour nous punir, pauvres esclaves,
Ces vaillants guerriers sont venus !
Où sont-ils, ces gUL'rriers si braves?..
Où donc sont-ils?.. Ils ne sont plus!
f.i la fin de ce couplet, les soldats anabaptistes, aeca-
LE PROPHETE
crRTBE , s'avançant vers le mur. Voici le souterrain el la dalle de pierre. — Acte 5, scène 4.
btét de fatigue, se sont assis ou étendus sur la neige pour se reposer.)
MATHisEN, prenant Zacharie à part.
Voici la fin du jour! Nos fidèles soldats Depuis l'aurore ont tous combattu !..
ZACHARIE
Pour la gloire !
MATHlSEÎi.
Aux estomacs à jeun elle ne suffit pas.
ZACIIARIE.
Voici venir pour eux les fruits de la victoire !
Sur cet étang glacé, de tous les environs.
De nombreux pourvoyeurs, le front haut, le pied leste.
Accourent vers le camp !
MATHISEN.
C'est la manne céleste Qui vient reconforter nos pieux bataillons.
(On voit dans le fond du théâtre, défiler, sur l'étang glacé, des traîneaux attelés de chevaux, les petites
voitures à quatre roues charyccs de provisions : la
fermière est assise sur ta banquette de devant, et un homme debout, derrière elle, pousse le traîneau. Des hommes, des femmes et des enfants, portant sur leur tête des paniers ou des pots de lait, sillonnent l'étang glacé dans tous les sens et abordent auprès du camp.)
ZACHARIE, prenant à part Malhisen.
Et toi pendant ce temps...
(Il lui parle bas et lui remet un papier cacheté.) Va!., tu m'entends!
(Mathisen sort par la droite.)