LE PÈLERIN
Dieu! quelle est cette voix?
FIDÈS
Rerthe!.. Rerthe!.. Ces traits!..
BERTHE
Fidès !.. ma bonne môre!
FIDÉS
Sous ces habits... c'est toi que je revois!
{Elles se jettent dans les bras l'une de l'autre, s'em brassent, et semblent s'interroger sur la ritournelle du duo suivant.)
DUO
BERTHE
Pour garder à ton fils le serment qui m'engage. Vainement j'ai cherché le trépas dans les tlots! Un pécheur m'a portée expirante au rivage. Où des soins généreux m'ont cachée aux bourreaux ! Et plus lard j'ai couru! j'ai revu ta chaumière!.. Où sont-ils?., où sont-ils? Disparus pour jamais! Vers Munster j'ai tourné mon espoir ! Là naguère Mon aïeul, vieux soldat, fut gardien du palais! Seule, à pied... j'ai bravé les dangers, la mi.sère!
Cet humble habit l'éloignaii de mes pas! Et j'accours!., je te vois! mon amie et ma mère! Guide-moi vers ton fils!., conduis-moi dans ses bras! FiDÈS, à part.
Pauvre lille!.. comment faire Pour l'apprendre ma misère.
Pour te dire qu'une mère D'un fils pleure le trépas!
BERTHE, avec joie et i^ivacHè.
Près de Ion fils, conduis-moi, bonne mère; Viens, hâtons-nous!.. 0 bonheur ! ô iransporl!
FiDÈs, de même.
Monlils!..
BERTHE, voijanl son trouble.
En quels lieux esl-il donc?
fidës, sanglotant.
Il est mort!
BERTHE, poussant un cri.
Mort!., mort!..
{Moment de silence et de consternalion.)
LE PROPHÈTE
BERTHE
Dernier espoir, lueur (leniière, Qui pour jamais ont disparu !
Que f'aii'c encor sur eette terre?
Mon bieii-aimé, je t'ai perdu !
FIDÉS
Un matin , je trouvai dans mon humble logis
Des liabils teints de sang... e'étaient ceux de mon fils.
Une voix s'écria : Le ciel voulait sa loti?,
Tu ne lo verras plus! c'est l'affiH du Proptiète!
itCRTAË.
Qui? lui ! ce monstre, ce tyran !
Imposteur, qui remplit rAllemagnc de sang... Et partout, devant lui, soulève la tempête!..
KiDÉs, acec déaesimir.
Il a tué mon fils!..
UEIITHE.
Punissons leurs forfaits!
FlLlES.
Ilclas! tu ne peux rien, pauvn; fille!
BERTHE
Peut-être !
Si je puis seulement entrer dans son palais...
FIDËS.
Eh ! que veux-tU ?
BERTHE
Frapper le traître!
{Avec exallation.)
Dieu nie guidera!
Dieu m'inspirer.i !
Sa voix immorlelle M'anime et m'appelle!
.Ma seule espérance Est dans la vengeance...
Jean.., réveille-toi !
Viens 1 marche avec moi!
BEIITIIE.
Pour ce cruel point de démenro.
i-mÈs.
Prions même pour le méchant!
BERTHE
Je ne lui dois que la vengeance!
f;dès.
Me rendra-t-elle mon enfant?
liEUTUE.
C'est sauver l'Allemagne entière, Que du tyran la délivrer 1
FmES.
Peut-être a-t-il aussi sa mère , Qui , comme moi, va le pleurer!
heutHE.
Non , non , j'en ai fait le serment ! Jean !.. tu seras vengé !
riuÉs.
Comment?
UEnTHF.
iVdii'u donc !
FIDÉSt
Reste encor!
BERTHE
Dieu me guide !
FlDÈS.
A la mort!
BERTHE
J'y compte! Dieu me guidera!
Dieu m'inspirera !
Sa vi)i\ ininiiirlelle M'invite et m'appelle!
Ma seule espérance
Est dans la vi nge.ir.o;!..
Jean ! réveilliv'.oi'
Viens!., mai'elie avec moi!
{Berihe se précipite vers îoie da rws à gauche qui conduit au palais. Fuies, qui ne peut courir aussi vite, la suit de loin en tendant les bras vers elle.)
{Le théâtre change et représente la cathédrale de
Munster.) {Une partie de cortège est censée déjà entrée ; l'autre moitié continue à défiler; au fond de l'église des trabans de la garde du Prophète forment la haii-. Marche des grands électeurs portant l'un la couronne, l'autre le sceptre, l'autre la main de justice , celui-ci le sceau de l'État, et d'autres ornements impériaux. Jean paraît après eu.v , la télé nue et habillé en blanc. Il traverse la ni f principale et .w rend dans le chœur au maitre-autel qui est ilans le fond à droite et qu'on ne voit pa.s. Le peuple, qui est sur le devant du théâtre , vetU se précipiter sur ses pas. Il est repoussé par les trabans dans les chapelles latérales. Tous disparaissent . Fidcs, qui vient d'entrer, est seule à gauche, à genoux, sur le devant du théâtre, ne s'occupant pas de ce qui se pjasse autour d'elle, et plongée dans la rêverie et la prière. Tout à foH/j , on entend un grand bruit d'orgues , de clairons et de trompettes. C'est le moment du couromemenf.)
CHœim, endehws.
Ùomùie , saivum fàc ifgem nustrum prophetam ! Finfts , levant la tète.
Que Dieu sauve le mi prophète !
Oisenf-iis. . Ce sont là leurs vœux!
Et nioi , j'apjK^lle sur sa tète Li juste vengvanw des rieux !
{Priant.) Gtarids dieux , ovaucoï ma |)rière !
Qii'orratit , miséralik; ot proscrit, 11 soit eliàtié sur la (erre I Que dans le ciel il soit niaLidit!
CHOEUR
Domine , salvum fac regem nostrum prophetam ! FiDÉs, continuant.
Oh ! ma fille!.. Oh ! Judith nouvelle , Que s'accomplisse ton dessein !
Qu'en ta main, le glaive étincelle.
Et de leur roi frappe le sein.
CHOEUR
Domine, salvum fac regem jiostrum prophetam!
{Les orgues jouent de nouveau. Les enfants de chœur et les jeunes filles oitrent en chaidant sur la nuirche suivante. Derrière eux , le peuple s'avance et couvre le théâtre.)
Le voilà , le roi prophète !
Le voilà, le fils de Dieu !
A genoux !.. courbez la tète Devant son sceptre de feu !
U.NE voix SEII.E.
En son sein aucune femme Ne l'a porté ni eoneu !
Fils de Dieu, divine flamme.
Rayon du ciel descendu.
LE PROPHETE
FIOÉS. Donvcz à 11 paune Icmiiie qni prie, liilai! pour son lils. — Acte t, BCcno 2.
CHœUR.
Le voilà , li; roi pro|)hète !
Le voilà, le fils de Dieu!
' A genoux!., courbez la tête Devant son sceptre de feu !
(Sur le haut du grand escalier parait Jean , couvert des habits impériaux, h sceptre en main , la couronne en tête. Derrière lui Jonas , Zacharie , Mathisen et ses principaux officiers. A son aspect tout le monde se prosterne. Seul, debout , au milieu de cette multitude , Jean descend lentement quelques marches d'un air pensif ; puis il porte sa main à sa couronne et dit en se rappelant la prédiction itu deuxième acte.)
JEAN
Jean! tu régneras!!! oui... c'est donc vrai!... je suis L'élu, le fils de Dieu !..
(£n ce moment FiJès, qui est sur le devant du thédlre à droite , vient de se relever. Elle seule et Jean se
trouvent debout dans l'église. Elle regarde l( nouveau roi et pousse un cri.)
FIDES
Mon fils ! ! !
[Jean tourne les yeux de son côté , lui tend les bras et veut courir ver.i elle; mais au cri de Fidès , tout le peuple qui était à genoux s'est relevé , et s'éloigne avec indignation de cette femme sacrilège. Zacharie et Jonas se sont approchés d'elle et tirent leurs poignards ; Mathisen , qui est près de Jean, lui dit à voix basse.)
Si lu parles,
JONAS
(Lui montrant Fidès.) Sa mort !
JEAN, avec fureur.
Infâme!
(Puis avec effroi et modérant son émotion, il se retourne vers sa mère et dit froidement.)
LE PROPHr:;TE.
JH4N. Venez près du Proiitièle.
La r-'cotnpense est pri.He, — Acte 5, scène t>.
Quelle est cette femme?
FiDÊs , avic iiulhjnatiiiii.
Qui je fuis?..
Miii!.. qui je suis?.. Je suis la pauvre femme Qui t'a nourri , l"a porté dans ses bras ! Qui t'a pleuré, t'appelle, te réclame, Qui it'aime eiiliii (]ue toi seul ici-li.is ! Et toi! tu ne me connais pas!
L'ingrat ne me rccon'iiuii |ias!
liNSEMllLK.