‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 876 sur 975 · LE PÈLERIN · texte numérisé non relu

LE PÈLERIN

Dieu! quelle est cette voix?

FIDÈS

Rerthe!.. Rerthe!.. Ces traits!..

BERTHE

Fidès !.. ma bonne môre!

FIDÉS

Sous ces habits... c'est toi que je revois!

{Elles se jettent dans les bras l'une de l'autre, s'em brassent, et semblent s'interroger sur la ritournelle du duo suivant.)

DUO

BERTHE

Pour garder à ton fils le serment qui m'engage. Vainement j'ai cherché le trépas dans les tlots! Un pécheur m'a portée expirante au rivage. Où des soins généreux m'ont cachée aux bourreaux ! Et plus lard j'ai couru! j'ai revu ta chaumière!.. Où sont-ils?., où sont-ils? Disparus pour jamais! Vers Munster j'ai tourné mon espoir ! Là naguère Mon aïeul, vieux soldat, fut gardien du palais! Seule, à pied... j'ai bravé les dangers, la mi.sère!

Cet humble habit l'éloignaii de mes pas! Et j'accours!., je te vois! mon amie et ma mère! Guide-moi vers ton fils!., conduis-moi dans ses bras! FiDÈS, à part.

Pauvre lille!.. comment faire Pour l'apprendre ma misère.

Pour te dire qu'une mère D'un fils pleure le trépas!

BERTHE, avec joie et i^ivacHè.

Près de Ion fils, conduis-moi, bonne mère; Viens, hâtons-nous!.. 0 bonheur ! ô iransporl!

FiDÈs, de même.

Monlils!..

BERTHE, voijanl son trouble.

En quels lieux esl-il donc?

fidës, sanglotant.

Il est mort!

BERTHE, poussant un cri.

Mort!., mort!..

{Moment de silence et de consternalion.)

LE PROPHÈTE

BERTHE

Dernier espoir, lueur (leniière, Qui pour jamais ont disparu !

Que f'aii'c encor sur eette terre?

Mon bieii-aimé, je t'ai perdu !

FIDÉS

Un matin , je trouvai dans mon humble logis

Des liabils teints de sang... e'étaient ceux de mon fils.

Une voix s'écria : Le ciel voulait sa loti?,

Tu ne lo verras plus! c'est l'affiH du Proptiète!

itCRTAË.

Qui? lui ! ce monstre, ce tyran !

Imposteur, qui remplit rAllemagnc de sang... Et partout, devant lui, soulève la tempête!..

KiDÉs, acec déaesimir.

Il a tué mon fils!..

UEIITHE.

Punissons leurs forfaits!

FlLlES.

Ilclas! tu ne peux rien, pauvn; fille!

BERTHE

Peut-être !

Si je puis seulement entrer dans son palais...

FIDËS.

Eh ! que veux-tU ?

BERTHE

Frapper le traître!

{Avec exallation.)

Dieu nie guidera!

Dieu m'inspirer.i !

Sa voix immorlelle M'anime et m'appelle!

.Ma seule espérance Est dans la vengeance...

Jean.., réveille-toi !

Viens 1 marche avec moi!

BEIITIIE.

Pour ce cruel point de démenro.

i-mÈs.

Prions même pour le méchant!

BERTHE

Je ne lui dois que la vengeance!

f;dès.

Me rendra-t-elle mon enfant?

liEUTUE.

C'est sauver l'Allemagne entière, Que du tyran la délivrer 1

FmES.

Peut-être a-t-il aussi sa mère , Qui , comme moi, va le pleurer!

heutHE.

Non , non , j'en ai fait le serment ! Jean !.. tu seras vengé !

riuÉs.

Comment?

UEnTHF.

iVdii'u donc !

FIDÉSt

Reste encor!

BERTHE

Dieu me guide !

FlDÈS.

A la mort!

BERTHE

J'y compte! Dieu me guidera!

Dieu m'inspirera !

Sa vi)i\ ininiiirlelle M'invite et m'appelle!

Ma seule espérance

Est dans la vi nge.ir.o;!..

Jean ! réveilliv'.oi'

Viens!., mai'elie avec moi!

{Berihe se précipite vers îoie da rws à gauche qui conduit au palais. Fuies, qui ne peut courir aussi vite, la suit de loin en tendant les bras vers elle.)

{Le théâtre change et représente la cathédrale de

Munster.) {Une partie de cortège est censée déjà entrée ; l'autre moitié continue à défiler; au fond de l'église des trabans de la garde du Prophète forment la haii-. Marche des grands électeurs portant l'un la couronne, l'autre le sceptre, l'autre la main de justice , celui-ci le sceau de l'État, et d'autres ornements impériaux. Jean paraît après eu.v , la télé nue et habillé en blanc. Il traverse la ni f principale et .w rend dans le chœur au maitre-autel qui est ilans le fond à droite et qu'on ne voit pa.s. Le peuple, qui est sur le devant du théâtre , vetU se précipiter sur ses pas. Il est repoussé par les trabans dans les chapelles latérales. Tous disparaissent . Fidcs, qui vient d'entrer, est seule à gauche, à genoux, sur le devant du théâtre, ne s'occupant pas de ce qui se pjasse autour d'elle, et plongée dans la rêverie et la prière. Tout à foH/j , on entend un grand bruit d'orgues , de clairons et de trompettes. C'est le moment du couromemenf.)

CHœim, endehws.

Ùomùie , saivum fàc ifgem nustrum prophetam ! Finfts , levant la tète.

Que Dieu sauve le mi prophète !

Oisenf-iis. . Ce sont là leurs vœux!

Et nioi , j'apjK^lle sur sa tète Li juste vengvanw des rieux !

{Priant.) Gtarids dieux , ovaucoï ma |)rière !

Qii'orratit , miséralik; ot proscrit, 11 soit eliàtié sur la (erre I Que dans le ciel il soit niaLidit!

CHOEUR

Domine , salvum fac regem nostrum prophetam ! FiDÉs, continuant.

Oh ! ma fille!.. Oh ! Judith nouvelle , Que s'accomplisse ton dessein !

Qu'en ta main, le glaive étincelle.

Et de leur roi frappe le sein.

CHOEUR

Domine, salvum fac regem jiostrum prophetam!

{Les orgues jouent de nouveau. Les enfants de chœur et les jeunes filles oitrent en chaidant sur la nuirche suivante. Derrière eux , le peuple s'avance et couvre le théâtre.)

Le voilà , le roi prophète !

Le voilà, le fils de Dieu !

A genoux !.. courbez la tète Devant son sceptre de feu !

U.NE voix SEII.E.

En son sein aucune femme Ne l'a porté ni eoneu !

Fils de Dieu, divine flamme.

Rayon du ciel descendu.

LE PROPHETE

FIOÉS. Donvcz à 11 paune Icmiiie qni prie, liilai! pour son lils. — Acte t, BCcno 2.

CHœUR.

Le voilà , li; roi pro|)hète !

Le voilà, le fils de Dieu!

' A genoux!., courbez la tête Devant son sceptre de feu !

(Sur le haut du grand escalier parait Jean , couvert des habits impériaux, h sceptre en main , la couronne en tête. Derrière lui Jonas , Zacharie , Mathisen et ses principaux officiers. A son aspect tout le monde se prosterne. Seul, debout , au milieu de cette multitude , Jean descend lentement quelques marches d'un air pensif ; puis il porte sa main à sa couronne et dit en se rappelant la prédiction itu deuxième acte.)

JEAN

Jean! tu régneras!!! oui... c'est donc vrai!... je suis L'élu, le fils de Dieu !..

(£n ce moment FiJès, qui est sur le devant du thédlre à droite , vient de se relever. Elle seule et Jean se

trouvent debout dans l'église. Elle regarde l( nouveau roi et pousse un cri.)

FIDES

Mon fils ! ! !

[Jean tourne les yeux de son côté , lui tend les bras et veut courir ver.i elle; mais au cri de Fidès , tout le peuple qui était à genoux s'est relevé , et s'éloigne avec indignation de cette femme sacrilège. Zacharie et Jonas se sont approchés d'elle et tirent leurs poignards ; Mathisen , qui est près de Jean, lui dit à voix basse.)

Si lu parles,

JONAS

(Lui montrant Fidès.) Sa mort !

JEAN, avec fureur.

Infâme!

(Puis avec effroi et modérant son émotion, il se retourne vers sa mère et dit froidement.)

LE PROPHr:;TE.

JH4N. Venez près du Proiitièle.

La r-'cotnpense est pri.He, — Acte 5, scène t>.

Quelle est cette femme?

FiDÊs , avic iiulhjnatiiiii.

Qui je fuis?..

Miii!.. qui je suis?.. Je suis la pauvre femme Qui t'a nourri , l"a porté dans ses bras ! Qui t'a pleuré, t'appelle, te réclame, Qui it'aime eiiliii (]ue toi seul ici-li.is ! Et toi! tu ne me connais pas!

L'ingrat ne me rccon'iiuii |ias!

liNSEMllLK.

Page 1