‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 885 sur 975 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Les MÊ.MES, UN OFFICIER, suivi de plusieurs soldats, descend précipitamment l'escalier à gauche. l'officier, courant près de Jean.

(Jn t'a trahi !

Par ruse, en ce palais, s'est glissé l'ennemi!

(Berthe le regarde avec effroi et étonnemenl.) [L'officier s'adressant toujours à Jean.)

Ils veulent t'imnjoler au milieu de la fête De ton couronnement .. Viens les punir. Prophète. BERTHE, fi ce mot, pousse un cri terrible. Ah!

(Elle s'éloigne vivement de Jean qu'elle contemple avec effroi.) 0 spectre épouvantable!

0 terre, entr'ouvre-foi !

(.'1 Jean, qui fait un pas vers elle.) ■ Fuis!.. Que ta main coupable N'approche iias de moi !

Ton sceptre fut un glaive.

Tes droits soiil des forfaits!

Et le sang qui s'élève Nous sépare à jamais.

FIDÈS

0 moment qui m'accable Et d'hoireur et d'etfroi :

Grâce pour le coupal)le:

S'il le tut, c'est |iour toi!

Son pardon fut un rdve Qu'en mon cœur j'esiiérais; Mais le sang qui s'êlOve Les sépare à jamais!

0 tourment cfîroyable !

0 terre, enlr'ouvre-toi!

Point de grâce au coupable !

Plus de repos pour moi!

Mon sceptre l'ut un glaive.

Mes droits sont des forfaits !

Et le sang qui s'élève Nous sépare à jamais!

FIDÈS, voulant entraîner Jean.

Tu Tas promis. Partons! viens, il faut nous presser

Non! je reste à présent! à la mort je me livre! Berthe sait mes forfaits, qu'ai-je besoin de vivre? Berthe m'avait maudit. Dieu devait l'exaucer!

ENSEMBLE

FIDÈS

0 tourment qui m'acc.ible Et il'horreur et d'etfroi !

{A Berthe )

Grâce pour le coupable !

S'il le fut, c'est pour toi!

Son jiardon fut un rêve Qu'en mon cœur j 'espérais.

Mais le sang qui s'élève Les sépare à jamais !

BERTHE

0 spectre épouvantable!

0 terre, entr'ouvre-loi!

Fuis!.. Que ta main couiiable N'approche pas de moi!

Ton sceptre fut un glaive.

Tes droits sont des foil'aits!

Et le sang qui s'élève Nous sépare à jamais!

0 tourment effroyable!

0 terre, entr'ouvre-toi !

Point de grâce au coupable !

Plus de repos pour moi!

Mon sceptre fut un ïl.iive.

Mes droits sont des forfaits!

Et le sang qui s'élève Nous sépare à jamais!

BERTHE

Je t'aimais, toi que Je maudis, Je t'aime cncor peui-ètre... et m'en punis. {Elle se frappe d'un poignard, et tombe dans les bras

de Fidés.) {Jean pousse un cri et se jette à ses pieds. Berihc détourne ses regards de Jean, prend la main de Fidés et lui dit en lui montrant son fils.) Séparés à jamais sur terre.

Qu'il se repente, ô ma mère!

Pour que je puisse au moins le rev<iir dans lescieux!

JEAN, avec désespoir.

[Aux soldats, leur faisant signe d'emmener sa mère et

Berthe.) Morte!.. Morte!.. Partez. .Moi, je reste en ces lieux ! iReprenant la couronne qui est restée sur la table de

pierre, et ta remettant sur son front.) Je reste pour punir les coupables!

FIDES, qu'on entraîne malgré ses efforts.

Mon fils!

JEAN, aux soldats, leur montrant Fidés.

Veillez sur elle. Adieu, ma mère, adieu. FmÉs, qu'on entraine.

IWnn fils!

JEAN, regardant la porte qui vient de se refermer sur

Fidés.

Elle est sauvée!.. Allons!

(// regarde le caveau que Berthe a montré au commencement de la sréne, et dit après un instant de réflexion en se désignant lui-même.)

Oui, tous seront punis!

[Jean remonte vivement par l'escalier à gauche. Le théâtre change.) {La grande salle du palais de Munster. Une table placée sur une estrade s'élève au milieu du théâtre. On monte de chaque côté par des degrés. Autour de lestra te circulent des pages, des calets portant des cns et des corbeilles chargées de fruits. Au fond, à droite et à gauche, de grandes grilles en fer conduisant en dehors du palais. Jeun est assis, seul, pale et triste, devant une tub'e couverte de mets, de

LB PHOl'HÈTE.

lins et de peurs, où élincellent des vases d'or. De jeunes filles le servent, d'autres dansent autour de la tiihic, pendant que des onabuplistes , hommes et femmes, erlébrent les louantes du Prophète. De tout eûtes des flambeaux élincellent, des lustres brillent au plafond.)

CHCEUR.

Hourra! hourra! gloire au Prophùtc!

A SCS élus, transporls joyi'ux!

Hourra ! hourra ! [ilaisir ul fêle !

A nous les voluptés des cieux!

{Les danses et les chants redoublent. Plusieurs officiers qu'on a vus à lu scène précédente , dan.s le souterrain, montent à ijauche et à droite les degrés de la taille et viennenl, à l'oix baise, apporter des nouvelles au Prophète.)

JEAN, aux officiers.

Ils vicnnont, dites-vous?

(.1 l'un des officiers, à gauche.)

Tu sais mes ordres!., va!

{L'officier descend les marches de l'escalier et sort.

.lenn. s'adressant aux officiers qui sont à droite.) Vous, dés qu'eu ee palais eulreront leurs soldats. Que ces iirilles de fer se ferment sur le ^oulïre D'où jailliront hieulôt et l'airain et le soufre!.. Pois, liàtez-vous de fuir, loin décos lieux maudils. Vous, mes seuls... mes derniers amis !

{Les officiers desrendent et disparaissent; Jean se lève, saisit une coupe, et s'adressant aux anabaptistes qui l'entourent.)

JEAN, levant sa coupe.

Versez ! que tout respire l.'ivresse et le délire !

Que tout cède à l'empire De ce nectar brûlant !

Ah ! la céleste fètc !

{Voyant Zarharie, Jonas et Mathisen, qui entrent en ce moment par la grille l'i gauche.)

Cnnipa^noiis du Prophète, La l'eeouipeiise est prête Et le ciel Vous attend !

{Faisant signe à Jonas, à Mathisen et à Zacharie de s'asseoir près de lui.) 0 vous, mes ministres de mort!

A qui je dois ce sceptre auguste.

Venez!., car je suis un roi juste, Venez et parlagez mon sort !

{.Mathisen, Jonas et Zacharie montent se placer aux côtés du Prophèle.) Versez! que tout respire L'ivresse et le déhre !

Que tout cède à l'empire De ce nectar hrùlant!

{De droite et de gauche les portes s ouvrent. On voit s'élancer répéc o In main l'èvèque de Munster, l'cleçleur de H'estiihalie, les iirinripaux officiers de l'armée impériale et les prinee^ de l'empire. D'un autre coté entrent les anabaptistes qui ont livré le Prophète, et qui viennent se ranger autour de Zacharie.)

JiJAN, les regardant , sans quitter la table, et levant sa coupe.

Oh ! la céleste fête !

Venez près du Prophète; La récompense est prête Et l'enfer vous attend !

ZACHARIE, montrant Jean , et s'adressant aux princes

de l'empire.

Je le livre en vos mains.

JEAN , le regardant avec fierté.

Merci, Judas nouveau!

(0(1 entend fermer en dehors les grandes grilles du fond, les seules par lesquelles on puisse sorlir de la salle.)

JEAN, à voix haute.

Que ces portes d'airain Miieiit celles du lombcau!

ZACHABIE, MATHISEPI ET JONAS.

Le tyran est à nous !

JEAN

A Dieu seul j'appartien!

OIIERTIIAL.

il est en mon pouvoir!

JEAN

Vous êtes tous au mien !

{Une grande explosion se fait entendre, un pnn de muraille s'écroule nu fond du théâtre, et les llammes se font jour de tous cotés.) JEAN, s'adressant aux anahaptisles épouvantés, qui

v'udraient et ne peuvent fuir.

Vous, traîtres !

(.i Oberlhal et à tous les princes de l'empire.)

Vous, tyrans, que j'entraîne en nu Dieu dicla notre arrêt!., et moi je l'exécute! [chule, {l-'n second pan de mur /l'écroulé.) Tous coupables!., et tous punis! !

{En ce moment une femme, les cheveux épars et le corps sauglunt, se fait jour à travers les tlécambres, et vient tomber dans la hrai de Jean, qui pousse un cri en reconnaissant sa mère.) Ah!.

ElDÉS.

Oui... c'est moi Qui viens te pardonner et mourir avec toi !

ENSEMBLE

OBERIHAL ET LES SEiGNECRS.

0 fureur ! li délire!

Contre nous tout conspire!

{S'adressant à chacun des anabaptistes.) C'est loi qu'il faut m.mdirel Impie et mécréant!

Le feu ^'agnant le faîte Nous ferme la retraite !

Ali ! notre mort s'appriîte Et l'enfer nous attend !

FIDÉS

Cessez de le maudire!

Repentant il expire '.

Flamlicaux, venez luire; Tomlîez, palais fumant!

JEAN

Oh ! la sanglante fête! Compagnons du Prophète, La récompense est prête Et l'enfer vous attend!

JONAS, MATHISEN, ZACHARIE.

0 fureur! ô délire!

Contre nous tout conspire !

{S'adressant à chacun des seigneurs.) C'est toi ([u'il faut maudire, Implacable tyran!

Le feu gagnant le faite Nous ferme la retraite !

Ah! notre mort s'.ipprète Et l'enfer nous attend!

{L'incendie, qui a redotihlé, éclate dans toute sa fureur; Jean s'est jeté dans les bras de sa mère, qui élève ses yeux vers le ciel. Tout s'embrase , le palais s'écroule. La toile tombe.)

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