‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 975 sur 975 · VOUS · texte numérisé non relu

VOUS

LA COMTESSE. Et Ics liouimes aussi.

POTEMKIN. Certainement... mais d'autres nouvelles plus gaies que celle-là.

LA COMTESSE. Ûu dit, cc qui n'est guère probable, (pie les Turcs vont nous céder la Cirimée.

POTEMKIN, à demi-voix. C'est déjà fait. J'ai conquis sans combattre, les plus riches provinces musulmanes.

LA COMTESSE. Et Comment cela?

POTEMKIN. On le saura plus tard... quand ce sera ma proprii>té.

LA COMTESSE. Y pCUSeZ-VOUS?

POTEMKIN. C'est là l'objet de mes viflux, c'est là où je veux amener Catherine. Le gouvernement de la Crimée, joint à ceux d'.\stracau et d'Azoffque je possède déjà, me rendront un souverain plus puissant que bien des souverains de l'Europe. .\loi's je )ioHrrai tout braver... mènieun capricede femme!..

LA COMTESSE. Que dites-vous?

POTEMKIN. ijuil faut toujours qu'un favori songe à se rendre indépendant. Arrivé où je suis, je ne puis plus descendre ; et sije tombe, ce sera en montant. Mais, grâce au ciel, nous n'en sommes pas là.

LA COMTESSE. L'iuipéralrice vous aime tant!

POTEMKIN. Je le crois, car je lui suis nécessaire.

LA comtesse'. Vous exercez sur elU^ une telle intluenre !

roTEMKiN. Pas toujours. Il y a ici (picliiue ma-

POTEMKIN

Catherine et son ministre.

cliiiiatioli qui se trame et que je veux déjouer. Depuis hier, Sa Majeslt^' est rêveuse, préoccupée ; elle a daus l'ànie uue pensée que je ne connais pas, et dont je veux nie rendre niaitre.

LA COMTESSE. Peut-i!'tre un rival qu'elle va vous donner ?

POTEMKIN, sourm»/. Si ce n'était que cela, je le saurais, elle me l'aurait dit.

LA COMTESSE. Est-il possible ?

roTEMKiN. C'est un traité passé entre nous. Je vois les choses trop en grand, et elle aussi, pour attacher de l'inipùrtance aux mutations de ce genre ou aux nouîbreusHS promotions que peut faire Sa Majesté. Comme souveraine, elle a le droit de nommer à tous les emplois; mais j'exige, moi, premier ministre, que les choix soient soumis à mon approbation.

LA COMTESSE, riaiil. C'est admirable.

roTEMKi.N. Traité auquel elle n'a jamais manqué, et qu'elle a toujours exécuté avec une lidélité et

une bonne foi vraiment impt'riales. C'est à moi alors de n'admettre dans le personnel que des sujets qui ne peuvent me porter ombrage. J'ai nommé ilernièremenl le comte Momonoff, jeune Moscovite très-distingué, qui n'a pas en politique deux idées de suite, mais qui réunit du reste toutes les qualités nécessaires an poste brillant où je l'ai placé et où je tâcherai de le maintenir.

LA COMTESSE. Je ne puis revenir de ma surprise.

poTEMiihx. Pourquoi donc? nous avons chacun nos attributions. Ce sont deux ministères, deux départements tout à fait distincts, et où souvent ce n'est pas moi qui suis le jlus occupé. (A un major qui cnire.) Oui vient là? que voulez-vous?

LE MAJOR. Ce grenadier au régiment de Ker?on, que \'ol re Alti'sse a fait demander, est là, conduit [lar quatre fusiliers.

LA COMTESSE. Il ne fallait pas tant de cérémonies.

POTEMKIN. Qu'il entre. [Parait un grenadier d'une belle figure, fort el vi'joureux, taille de six pieds.

POTEMKIN

// reste au fond de /'iijij arlenieitt , droit , immoliile, cl lis I ras collés coiiive le corps.) G'(îst toi (|u'on noiiuiiPiMouravieff?

MoriiAVIEFF, portant la mainâ son bonnet et balbutiant. Oui. général.

roTEMKiN. Ap}ir, elle, el ne te trouble pas ainsi. (Il s'avance tout d'tine pièce, et rcst^j auprès de la comtesse. Potcmkin l'examine.) En eflet, il est trèsbien. Ce n'est pas la première fois que nous nous voyons. N'étnis-tu iiasavec moi au siège d'iji-zaroir?

MOURAViEFF, toujours immobile. Oui, général.

roTEMKiN. Sous Ic bastion à gauche, deuxième batterir?

MouHAYiEFF. Oui, général.

roTE.MKiN, à ta comtesse. C'est un brave qui s'est bien montré. (A Mourai-icjf.) Tu aimes donc la gloire? {Voyant (jii,' il se lait.) réponds donc.

MOURAViEFF, embarrassé et setroubtant. Excusez, général ; je n'entends pas !

roTEJIKl^^ Il me semble cependant que je parle russe. Je le parle, mon camarade, de la gloire qui a si bien payé nos travaux.

.MoiiiAviEFF, cherchant à se remeitie. Bien payé; oui, gé'uéral, nous avions six copecks par jour.

LA co.MTEssE. Et c'est pouF sIx copecks que tu restais dans celte batterie ?

MOuiiAviEFF.Oui, Altesse, le caporal m'y a\ ail mis.

i.A co.MTEssE. Et si tu avais reculé?

jiociiAviEFF. J'aurais eu le kuout.

roTE.MKi\. Tu crains donc le knout?

MiuiiAviEFF. Oui, général.

i.A COMTESSE. G"est la honte qu'il faut craindre.

MOURAVIEFF. Oul, Altesse.

roTEMKiN. Et depuis, où as-tu servi?

.MOURAVIEFF. A ISUiaïl.

LA CO.MTESSE. Avec Souwacow ?

MOCRAYIEFF. Oui, AltCsSe.

LA COMTESSE. Uii assaut qu'ou dil terrible? el tu l'en es tiré avec honneur ?

-Moi'RAviEFF. Oui, Altesse, j'y ai gagné cinquante roubles.

roTEMiuN. lit comment cela?

MouR.wiEFF. Le géuéral avait ordonné le pillage pendant deux jours.

LA COMTESSE. Quelle horreur!

roTEMKiN. Le pillage eltout ce qui s'ensuit?

MOURAVIEFF. Oui, général.

LA CO.MTESSE, hésitant. Et... tu as... pillé?

.MouiiAviEFF. Oui, Altesse, le général l'avait dit.

LA COMTESSE. Et si tu avalg refusé?

MOURAVIEFF. J'aucais eu le kuout.

LA COMTESSE. Toujours lekuout! Il parait que c'est le mobile de riiounem- national; et quoi que vous en disiez, \uon cher oncle, malgré votre admiration pour la discipline et l'obéissance passive.

il mese.niblequelijjouroùilsconiireidrouttpru'ii' balle est aussi à craindre ([Ui; le knout, voire invincible année sera bientôt en déroute.

roTEMici\, fn/f»i(-ro(.r. Tais-toi!., tais-toi!.. avant qu'ils en viennent là l'Europe sera à nous, et voilà pourquoi nous noushâtons. (.1 Mouravirlf.)Ta veux donc ton congé ?

MOURAVIEFF. Oui, général.

roTEMiviN. Ton pays?

MouRAviiiFF. Asiracan.

roTEMiii.N. Mon gouvernement! (.1 la comtesse.) C'est un de nos paysans. [A Mouracuff.) Tu vas, en y retournant, te trouver s rf et esclave.

M(.iURAviEFF. (.»ui, général.

LA COMTESSE. Pauvcc houiuie !

roTEMKiN. Si je te donnais la liberté?

MOURAVIEFF, froidement. Comme vous voudrez.

roTEMKi.x. On bien une vingtaine de rouldes? lequel aiines-tu le miinix?

MOURAVIEFF, riaiit d'un air étonné. Mon général veut rire.

poTEMUix. Non ; parle.

.MOURAVIEFF. Par saint Nicolas, j'aime mieux le h rouilles.

POTEMiiiS, « la comtesse. Que vous disais-je ! vous voyez qu'ils sont encore loin de raisonner, et que l'Europe est ]dus près d'être à nous que vous ne peuseï. (A Monravivjf.) (l'est bien; en voilà trente à cause de tes jn-incipes. Retourne cIh'Z toi, ^a le marii?r, aie des enfants, je te l'ordonne.

MOURAVIEFF. Oui, général.

roTEMiuN. Et beaucoup, il nous en fiut.

.MOURAVIEFF. Oui, général.

i'OTEMKi.\. Sinon le knout. Reviens dans deux h(vares, ton congé sera expédié.

MOURAVIEFF. Oui, général.

roTEMKi.N'. Remercie Madame, salue, et va-l'i'u. Marche. {Mouracieff salue, fait xtn demi-tour d droite, et sort tout d'une pièce, comme il était entré.) Eh bien ! comtesse, es-tu contente ?

LA COMTESSE, d'un air triste. Pas trop; il m'intéressait davantage ce matin. J'aimerais autant une armée qui raisonnât.

roTEMiciN. Tu es bien dillicile. Ce gaillard-là est peut-être le plus instruit et le plus éclairé de son régiment. C'est pour cela qu'en bonne politique {Sonnant,) et outre le désir de vous être agréable, j'ai bien fait de lui donner son congé; il jjourrait gâter les autres,

{Entre par une petite porte, à droite, un officier des gardes, qui s'approche i}ivement de Potemicin et qui lui dit à demi-voix : ) L'impératrice.

LA COMTESSE, se lève viocment, l'otemkin reste assis. L'impératrice dans ces lieux !

poTEMKiN. Oui, elle vient souvent le mai in dans

■POTEMKIN

cps lieux par la i^aloria couvorlo qui conduit de sou l'alaisau niieii. Adieu, Nadèje.

i.A cii.MTE? ::. Je nie relire.

roTE.MKiN. A ce soir; il y a cercle à la cour : ou vous y verra?

LA COMTESSE, sorlant. Oui, mon cher oncle. (Un iiiflani airèf, et par la parle, adroite, entre Cutlnrine. Elle, porte une tvniqite de velours iiacarcit. des diamants dans les cheveux. Elle s'avance d'un air préoccupé. Polemkin se lève cl s^incline respectueusement. Catherine fait signe à l'officiel' des (tardes de sortir.)

roTEJiKiN, regardant l'impératrice. Encore cet air sombre et rêveur ! celaue l'a ]ias (juittée depuis hier soir. Il y a ijuelque chose qu'elle me cache, que peut-être elle se cache à elle-même. Je le saurai. (lia ut.) Moji auguste souveraine a-t-elle bien reposé?

CATUEiUNE, brusquement. Oui, très-bien.

roTE.MKiN. Et comment se trouve-t-ellece matin?

CATHERINE, de même. Mal... j'ai de l'humeur.

rdTEMKiN. Et pourquoi?

CATUEIUNE. Je nesais.je viens vous le demander.

loTE.MKiN. Une telle confiance m'honore beaucoup ; le difficile est d'y répondre. Votre Majesté aui'ait-elle quelques plaintes à me faire du co]ute iMomouiill'?

catueUine, lentement et comme occupée d'un souvenir agrcahlc. Du tout... au contraire ! sujet fidèle et dévoué dont je vous remercie; il est comme il l'aul èlre, {Après un instant de rd/?ea;io)i.) très-bien, Irèï-bien. Peu d'esprit, par exemple.

roTEMKiN. Votre Majesté en a tant.

CATiirniNic, avec humeur. Pas aujourd'hui; et ayez celui de ne pas me faire de compliments, car ji' suis mal disposée. Tout m'ennuie, tout me con- Irarie. J'ai reçu de mauvaises nouvelles, des nouvelles de France. Leur révolution marche.

roTEMKiN, tranquillewenl. Ce n'est pas cela qui doit Muis inquiéter; la France est loin.

CATUEUINE. Voilà le mal. Il faudrait eu èlre près.

roTEMKiN, souriant. Cela viendra. Nous avons d(''jà pris la Pologne; cela nous rapproche.

CATHERINE. Et Ce qui me déplait le plus, c'est l'arrivée des émigrés français; on m'annonce même celle du comte d'Artois.

roTEMKiN, vivement. Que vieut-il faire?

CATHERINE. Demander des secours.

POTEMKIN, de même. Et vous leur eu accorderez?

cATiiEiiiNE. Aucun. Qu'ils se déchirent entre eux; que la Prusse et l'Autriche s'en mêlent; qu'ils s'affaiblissent tous; nous verrons après.

POTEMKIN, froidement et approuvant. C'est bien.

CATHERINE. Ku attendant, si le prince vient à ma cour, j'entends qu'où le reçoive avec les plus grands

honneurs. {Souriant en elle-même.) iiiyiww même, iciisqu'on le cite comme un chi'vali'>r français, je veux, devant toute ma cour, lui faire un présent chevalei'esque auquel il seras'u-iilje... Je lui donnerai mou épée.

FOTEMKis. C'est à lui de s'en servir.

CATHERINE. Une épét^ de feuune!.. le présent est léger... C'est la tii'une qu'il lui faudrait, brave Potemkin, si elle n'était pas trop lourde ])ûur son bras.

POTEMKIN. Celle-là, vous le savez, ne sort jamais du fourreau que pour le service de ma glorieuse souveraine. (.4 «ce chaleur.) Car elle est à vous, Catherine, comme mon sang, comme ma vie, comme tout ce que je possède... et au nom de ce dévouement tant de fois éprouvé, au nom de l'amitié la idus tendre, daignez médire quelle idée importune vous préoccupe depuis hier.

CATHERINE, /roi(6/ec. Moi!., qui peut vous faire croire?., qui vous a dit?..

POTEMKIN. Comment ne m'en serais-je pasaperçu! mon existence, à moi, c'est vous ; et rien de ce qui NOUS intéresse ne peut m'échajjper.

CATHERINE. Eh bien ! oui, s'il faut vous l'avouer, ces négociations que vous avez commencées pour l'acquisilion de la Crimée... m'inquiètent beaucoup... c'est si important !

POTEMKIN. N'est-ce que cela? Nous avons réussi, et au delà de nos vœux. Sahim-'.luerray, le kau desTartares, etirayé par mes menaces, et voyant ses ports bloqués par nos vaisseaux, vient de lui-même nous offrir ses riches provinces. Nous ne les prenons pas, on nous les donne.

CATHERINE, étonnée. Que dites-vous?

POTEMKIN. Que le descendant de Gengis-kan a cédé et vendu la Crimée, pour une laible somme (ju'on lui paiera dans cinq ans, ou qu'on ne lui paiera pas, selon l'état de nos finances... Voici l'acte de vente, signé par lui, et que je soumets à votre approbation; eu attendant, nos troupes sont déjà entréessur son territoire, etontpris possession.

CATHERINE, regardant l'acte. Il serait possible ? {Froidement.)Cesl bien, Potemkin, j'en suis ravie; car, je vous l'ai dit, c'estlàcequimetenaitau cœur.

POTEMKIN, à part, en jetant sur elle un regard observateur. Elle me trompe : ce n'est pas cela. (Haut, à Catherine.) Vous savez de quelle importance il est d'organiser ces nouvelles provinces; d'y introduire les arts nés de laciNilisation. Ce beau pays ne demande qu'à être cultivé, pour devenir le, plus fertile de l'empire, et peut-être de l'Europe... La Crimée'sera le grenier de la Russie... Mais pour obtenir promptement de pareils résultats, il faut s'en rapporter à quelqu'un qui donne à tout le mouvement, l'impulsion et la vie; quelqu'un, en

POTEMKIN

un mot, qui sache à la fois concevoir et exécutiT.

CATHERINE, froidement. Je comprends... vous, par exemple.

POTEMKIN. Pourquoi pas? qui eut part à la peine peut bien l'avoir à la récompense.

CATHERINE, /iroideme»/. Nous verrons... nous en parlerons.

POTEMKIN, brusquement. Pourquoi attendre ?

CATHERINE. Vous avez déjà les gouvernements d'Azoffet d'Astracan. Ce serait aussi vous accabler de trop de soins et de travaux.

POTEMKIN, avec dépit. Vous me refusez ?

CATHERINE, avec humeur. Je ne dis pas cela... mais dans un autre moment... plus tard on s'en occupera.

POTEMKIN, s' échauffant. Il ne sera plus temps... le temps nous presse... il faut être prêt avant que l'Europe ne s'éveille ; et c'est dans l'intérêt du pays, dans le vôtre, que j"insis(e encore et que j'oserai vous dire qu'il le faut... que je le demande... que je le veux.

CATHERINE, avec fierté. Et moi. je ne le veux pas.

POTEMKIN, s' emportant. C'est la première fois que le caprice et l'humeur vous font repousser ce qui est juste et convenable... Voilà la récompense des services que, tout à l'heure encore, je viens de vous rendre, et que dans tout antre moment, vous auriez su apprécier... Voilà le prix de tant d'afl'ection etd'amour... Catherine... Catherine... vous m'avez froissé et humilié : je suis malheureux et mécontent... mécontent de vous.

CATHERINE. Et tu u'es ])as le seul... Moi aussi je suis mécontente de moi ... je suis bien malheureuse.

POTEMKIN. Vous! grand Dieu!.. Et que vous manque-t-il'? Souveraine du plus grand empire de la terre. Quel désir pouvez-vous concevoir ? quel vœu pouvez-vous former, qui ne soit à l'instant même réalisé?

CATHERINE, avec impatience. Quel vœu?., quel désir?., que sais-je?.. Il fut un temps où l'on s'empressait de les deviner... de les prévenir.

POTEMKIN. Y puis-je quelque chose ? commandez.

CATHERINE. Eh! mou Dieu non : cela ne dépend pas de vous; vous n'y pouvez rien, ni moi non plus... brisons là... qu'il n'en soit plus question... qu'on ne me parle plus de rien, car je sens mon humeur qui me reprend. (S'asscj/an^) Quelles affaires y a-t-il? hâtons-nous, dépêchons.

POTEMKIN. Diflérents arrêts des cours de justice, qu'il vous faut signer. On a condamué les révoltés de Pilten et de Courlande à trois ans de prison.

CATHERINE, avec htiineur. C'est bien de l'indulgence... (Ecricant cl siyiianl.) Trois ans de plus.

POTEMKIN. Le receveur des impôts de Novogoi-od,

accusé de concussion, à cinq années en Sibérie.

CATHERINE, de même. Six ans de plus.

POTEMKIN. Derscllowin, écrivain pamidilétaire, gagé par la Prusse, convaincu d'avoir puWié un libelle infâme contre l'auguste personne de Votre Majesté, condamné à la détention perpétuelle.

CATHERINE, Sans l'écouter. Dix ans de ])lus.

POTEMKIN, f arrêtant au moment où elle va écrire. Un instant... Je demande grâce pour ce supplément de peine.

CATHERINE, avec humeur. Que m'iinj)orte ! (Déchirant l'arrêt.) Grâce tout entière, si vous voulez, pourvu que cela finisse.

POTEMKIN, à pari. Nouveau caprice ! et celui-là, la postérité l'appellera de la clémenc(>.

CATHERINE. Est - Ce tout? suis-je débarrassée? (Voyant Potemkin qui lui présente un papier.) Eh bien ! encore une signature à donner?

POTEMKIN. La dernière... et cette fois, votre rigueur n'aura rien à ajouter. C'est l'arrêt de mort de Pierre Thomas-Oglou, mougik au service de la princesse Waronska.

CATHERINE, d'un ton plus doux. Ah! je sais... depuis hier, j'ai enteudu parler de cette aventure, mais vaguement... confusément... Donnez-m'en donc les détails.

POTEMKIN. Quoi! Votre Majesté exige...

CATHERINE. Je n'ai pas, je crois, l'habitude de signer sans savoir de quoi il est question.

POTEMKIN. Il résulte de l'acte d'accusation que Thomas-Oglou, esclave, né dans les domaines de la princesse Irène Waronska, était placé dans son hôtel à Saint-Pétersbourg, comme valet de pied. Voyant tous les jours sa maîtresse, il avait conçu pour elle une passion ardente et effrénée, que rien n'avait encore décelée. Ce n'est que le vingt-sept juin dernier, d'après les dépositions des témoins, qu'il en fit l'aveu à Michel Mohilof, son camarade, cocher de la princesse; il lui confia qu'étant trop malheureux, et n'ayant auc un espoir de cess(U' de l'être, il voulait le lendemain aller se jeter ilans la Neva. Le soir même, il distribua à tous les gens de la maison, l'argent et le peu d'eifets qui lui appartenaient. Le jour d'ensuite, vingt-huit juin, jour de la sainte Irène, patronnedela princesse, il alla, debon matin, se confesser, se dirigea ensuite vers la Neva, où il fut aperçu par deux bateliers; mais il parait qu'avant d'exécuter son dessein, il voulut encore une fois revoir sa maîtresse, et il retourna, sur les dix heures, à l'hôtel.

CATHERINE. AclieVCZ.

POTEMKIN. Le majordome, en le vovaiit, le gronda de son absence, de sa paresse, et le mit de service à la porte de la chambre de bain, où était la princesse. 11 paraît alors que ce misérable, profilant

POTEMKIN

d'un moment on les femmes de cliambre venaient de sortir, se rendit coupable de Taltentat pour lerinol la cour suprême vient de le condamner à mort.

CATHERINE. Et Ce Crime est bien prouvé?

POTEMKIN. Il ne peut y avoir de doute, puisque lui-même en convient et reconnaît que son châtinii'ut est juste. Vous pouvez voir sa déposition cou signée dans cet arrêt, qui n'attend plus que votre signature.

CATHERINE, jf((ni/ /(/ pliiiiic. Je ne la donnerai pas.

POTEMKIN. Y pensez-vous ?

CATHERINE, Oui, Certainement. Cet homme est plus malheureux que coupable. Je vois là dedans beaucoup de circonstances atténuantes. Rien de sa part n'était prémédité; et si jamais, selon moi, il y a eu un cas graciable, c'est celui-là.

POTEMKIN. Votre Majesté ne parle pas sérieusement?

CATHERINE, Dioemen». Si, Monsieur. Je suis maitresse, j'espère, de commuer l'arrêt. Si vous aviez lu le traité des Dcllls cl des Pdnes que j'ai traduit de Beccaria, vous verriez qu'il faut encore quelque proportion et quelque rapport entre l'offense et le châtiment. Quel est son crime, à ce garçon ? un caractère trop impétueux, trop ardent, trop brûlant. Hé bien ! qu'on l'envoie en Sibérie, et ([u'on ne m'en parle plus.

POTEMKIN. Mais la famille Warouska est puissante et considérée. Ils vont tous jeter les hauts cris ; la princesse se plaindra.

CXTUKVA'SE, s'échatijjaiit . Et de quoi ?queveut elle de plus? elle est bien exigeante. Le crime est puni, la vertu récompensée; la sienne est reconnue, constatée par un jugement authentique. Je connais d'ailleurs son amour-propre, qui égale au moins sa jiruilerie; et si l'orgueil du nom fait bruit d'un tel outrage, soyez sûr qu'au fond du cœur sa vanité s'en réjouit.

POTEMKIN. Et en quoi?

CATHEiiiNE, avec imptilicnce. En quoi?.. Vous ne comprenez rien. Croyez-vous ([u'elle ne soit pas fièiH! d'avoir inspiré un tel amour? une passion si grande, si e,\cessive, qu'elle devient du délire, du fanatisme, et ne compte plus la vie pour rien. Je connais des femmes, qui à coup sur valent mieux qu'elle, qui ont plus de beauté, de talents, de mérite, et qui ne sont pas si heureuses, qui n'ont jamais été aimées ainsi.

POTEMKIN. Ah! Madame...

CATHEiiiNE. Je ne dis pas cela pour moi. Mais eniin vous prétendiez fout à l'heure qm^ rien n'éi;alait ma puissance; va-t-elle jusqu'à faire naitre de paieils sentiments? non sans doute. Elle n'est donc

pasillimitée; elle a donc des bornes, ce qui est toujours bnuiiliant à s'avouer.

POTEMKIN. Est-il possible ?

CATHERINE. Oui, IMonsicuc, c'est un fait. Vous m'attestiez dans l'instant encore, que je n'avais qu'à commander, qu'à désirer... propos ordinaire des courtisans. Eh bien ! voilà cependant un désir, un vœu impossible à réaliser; et ce qui pourrait arriver à la dernière femme de mes États ne m'arrivera pas à moi... Pourquoi? parce que je suis impératrice. C'est donc une exception, une exclusion formelle que je dois à mon rang, à ma dignité. Et on me vantera encore les prérogatives et les avantages de la grandeur ! Tenez, je déleste la cour, la flatterie, l'adulation dont on m'entoure, et je suis bien malheureuse.

P0TE.MKiN,«;)«/7.Je ne m'attendais pasà celui-là. (Haut.) Comment, Madame, c'est là le chagrin qui préoccupait Votre Majesté?

CATHERINE, avec emportement. Eh bien. Mousieur, puisque vous m'avez forcée à en convi'nir... cette idée-là depuis hier me poursuit et me fâche. Vous me direz que c'est de la susceptibilité : cela se peut ; mais cela est ainsi, et que ce secret que je vous confie ne sorte jamais de votre sein, ousinon...

POTEMKIN. N'en ai-je pas conservé fidèlement de plus sacrés et de plus importants encore, si c'est ]jossible? mais après fout, on a vu tant de choses si extraordinaires. Il ne faut désespérer de lien : tout peut arriver.

CATHERINE. Tout m'aiTÙve dans le momie, excepté cela; et voilà justement ce (jui m'icrite, cr. qui cause mon dépit ; car plus j'y songe...

POTEMKIN. Et pourquoi y songer? Au lieu de s'occuper d'une pareille idée, je chercherais plutôt à l'i'loigner. Votre Majesté peut trouver, non pas tout à fait dans ce genre-là, mais à pou près, tant de distractions, tant d'autres plaisirs.

CATHERINE. Aucuu, Mousieur, aucun. Caprice, fantaisie, bizarcerie, si vous voulez; il n'y a que celui-là qui me plaise, qui sourie à mon ambition, précisément parce que c'est impossible ; et puisqu'il est dit qu'ici-bas, au sein même du bonheur, on doit êîernellement désirer quelque chose, ce sera toujours mon rêve, ma chimère, mon idée fixe : Cela et Constantinople.

POTEMKIN, vivement. Constantinople vaut mieux; et si Votre Majesté veut en croire mes conseils, si, l'evenant à des objets sérieux, elle me permet de lui rappeler encore l'organisation de la Crimée, c'est de ses ports que sortiront les flottes qui vous conduiront à Byzance. Je ne vous demande pour cela que trois ans; que pendant trois ans je commande dans ces riches contrées...

CATHERINE. NoH, je VOUS l'ai dit.

PÔTIIMKIN.

roTKMKi.N'. Vt (|ui'l!i s riiisiiiis'.'

CATiiiciiiMi. .huilais; et iiiiisijiii' l'i.' içiuiveriiciiiciit vousiilaitlaiil.ijuisqucc'estlàrolijotdevosvœu.x... et vdiis aussi vous désiroivz qm^lquo cliose... vous iK^ l'aui'oz pas.

roTKJiKiN. Mais, Matlaiiii>...

CATHERINE. Qu'on me laisse. .Je retourne à l'ermitage, (Unis mon cabinet. J'y resterai seule toute la journée ; qu'on ne m'y dérange point; que, personne ne s'y présente, pas inénie \ous. Je suis mécontente, très-nié('out(înte. Adieu, princo Potenikin, adieu. (Elle sort.)

roTEMKiN, reste seul, lu reijurde sorlir el se jette avec cvlérc sur un fauteuil . Incoucevalile 1 inouïe ! Voilà de toutes les fantaisies impériales la plus curieuse que j'aie encore vue, et j'en rirais comme un l'on si je n'étais furieux. [Ramassant tes paptirs sur lu lubie et se jiromenant d'un air agite.) Elle le veut comme tout ce qu'elle veut, comme souveraine absolue, comme autocrate et comme femme ! et la voilà inabordable et de mauvaise humeur pour huit jours, pour quinze jours, jusqu'à ce qu'une autre fantaisie ait remplacé celle-ci ; fantaisie aussi absurde peut-être, mais qui du moins, je l'es]iére, sera possible; car quelque adroit, quelque habile courtisan que l'on soit, il n'y a pas moyen, celle fois, de lui donner satisfaction, et c'est de là iiourtant que dépend notre gouvernement de la Grimée, l'accomplissement di! mes desseins, et qui sait'? la gloire de Catherine et la jirospérité de l'euipire. (Uleltant sa léte dans ses mains.) Profonds politiques, savants diplomates, méditez, desséchez les libres de votre cerveau, prévoyez tous les ohstacb'S, pour voir toutes vos combinaisons dérangées par un hasard, par un caprice de femme ! (Levant la lèie.) Qui vient là? (Il lève les yeux el voit Mouraviefj' qui est entre sans qu'il l'ail entendu, el qui Cft debout immobile auprès de lui.)

MouiuviEFF. C'est moi, général.

roTEMKiN. Encore toi"? qui famènc'?

iiouiiAviEFF. Vous m'avez dit de revenir dans deux heures jiour mon congé.

roTEMiiiN. C'est vrai! je n'ai pas eu le tem|is d'y 1 ens r ; va-t'en au diable. (Mvunivieljporte la main (i son bonnet, fuit un demi-tour à droite el va pour sortir.) Eh bien ! oii vas-tu ? reviens ici. ( Mourueieff fuit un demi-tour à ijauche, deux pas en avant, el reste immobile comme sous les armes, en attendant le co:iimaiidement. l'otemkin assis, el le coude a/:putjé sur le brus du jautciiil, le regarde en silence el l'examine de tu tête aux pieds.) C'est pourtant avec cela que l'on gagne des empires et que l'on fonde des dynasties! IJ le sang épais qui coule dans ses veines serait lu même que celui d'un iiuble ou

d'un iirinco ! Non, ipiui ipreii disent les philosophes di' France, nous ne somiiu's pas pi'tris du même limon. Je suis leur seigiKuu" et maître par le fait, par le droit et par la pensée, (pii soumet Ci's macliines vivantes et les force, coiiuiiij un cheval de bataille ou comme un mousquet, à obéir au mouvement que ma main leur imprime, ou que ma volonté leur donne. (A Mouravieff, et comme pour essayer son pouvoir sur lui.) En avant — marche. — Halte-là. (Mouravieff marche ou s'arrête au commandement.)

POTEMKIN, regardant toujours et continuant à réfléchir. Immobile image de l'obéissance passive, ou peut tout lui prescrire. Avec de tels soldats on peut tout entreprendre, tout oser. Oui, j'oserai. (Haut.) Écoute ici : où étais-tu en garnison?

MOURAVIEFF. A Snioleusk.

l'OTEMKiN. Es- tu venu à Saint-Pétersbourg?

MOuRAvtEFF. Jamais.

roTEMKiN. C'est bien. (Se levant.) Fais attention à la consigne que je vais te donner, et n'y manque en aucun point; ou sinon, tu me connais... tu sais quePoteinkin n'a jamais menacé en vain.

MOURAVIEFF. Oul, général.

roTEHiciN, montrant la porto secrète par laquelle est sortie l'impératrice. Tu vas passer par cette porte.

MOURAVIEFF. Oui, général.

poTEMKiM. Au bout d'un long corridor, tu trouveras un factionnaire qui te dira : halte-là!

MOURAVIEFF. Oui, général.

roTEMRi.N. Tu répondras par ces trois mots d'ordre : Courage, Cosaque et Conslanlinople.

MouiiAViEFF. (.)ui, général.

roïEMKiN. Hépète-les.

MOURAVIEFF, hésitant. Courage, Cosaque et Constantinople.

POTEMKIN. A merveille! il est plus fort en intelligence que je ne croyais. — Il te laissera passer; tu te trouveras dans une immense galerie où il y a des livres, des statues, des tableaux; tu la traverseras sans rien regarder.

MOURAVIEFF. Oui, général.

roTEMKiN. Et tout à l'extrémité de cette galerie est une petite porte en bronze dont voici la clé, Prends-la.

MOURAVIEFF. Oui, général.

POTEMKIN. Tu l'ouvriras; tu entreras, tu refermeras sur toi deux verrous en cuivre doré qui sont eu dedans.

MOURAVIEFF. Oui, général.

roTEMKiN. Tu trouveras dans ce cabinet une leinme eu robe de velours nacaral, avec cinq gros diamants dans les cheveux. Elle sera assise devant

PoTliiSlKliV.

une t;il)!(', ocriiiice à tnivailh/r ou courlu'i' sur uu sofa.

MounAviEi'F. Oui, général.

îûTE.MKiN. Elle te demandera qui tu es, d'où tu viens; tu ne répondras pas; et qu'elle y consente ou non, il faut (|u'i'lle soit à toi, (ju'elle t'apparlionue.

MoLRAYiEFF, cloiiiié. Goiuuiont, général?

roTEJiKiN. C'est la consigne i et elli; aura beau sonn(»r ou api>eler, ta consigne avant tout.

jiouuAviiiKF. Oui, généra',

roTEMiuN. Et situ y manquais, demain le knout.

jiouuAviEFF. Oui, général.

roTEMKiN. Ce soir, ton congé et cinquante roubles ; entends-tu?

MOL'RAVIEFF. J'CUteuds.

roTEiiKiM. Attention! Fixe. — Pas accéléré, marche. (MuuravicI]' sort uu pas accdcrc par Ui petite ])()rle, à droite. Potemkin sort par le fond el dit en riant .- ) Dieu protège la Russie et l'impératrice!

Li' srili' (lu incnie jour, a dix heures. — Un beilon Je l'ei luilagc niaguifiquenicnt écl.iiré. Toute lu cour est iisseinl-iléo.

(LES AxMB.\SSADEURS de PRUSSE et D'ANGLE- TERREcoM^cn/ avec LA COMTESSE RRAN1TZKA et d'autres dames. L'I.MPÉIiATRlCEf.';! fl«i.«ts.ir un divan, prés de ta cheminée ; sa téie est ajipui/ée sur sa main. — .4 côté d'elle est un jeune homme de vingt-cinq ans, d'une fiyure charmante, LE C( LMTE M( LM( IN'OFF, (jui ne dit rien cl compte les rosaces du plafond. LE PRINCE DE LIO.NE es/ debout, tournant le dos au feu, et parle avec vie .cité à Catherine, qtii l'écoute d'un air distrait el comme absorbée par ses ré/lctions. — Parait l'O- TEMKIN (H uniforme trè.<-brillaiit : il porte le ijrand cordon de l'ordre mililuirc de Saint- (îeorges, d'antres ordresde l'cnipirc, el le pori rail de CaUurine élincelanl de diamants: il entre la tète haute, adresse à la comtesse Jiranilzha un sourire d'amitié, fait de la main un ijcsle de protection au comte Momonoff, el salue les ministres el les ambassadeurs. Il s'avance près de l'impéra- Iricei, devant laquelle il s'incline en souriant cl sans parler.)

CATHERINE. Eli! mou Dicu, prince Pofemkiu, d'où vient cet airde triomphe et de contentement ?

POTE.MKLN". Mon auguste souveraine est-elle satisfaite de sa journée?

CATUERl-VE, le regardant d'un air étonné. Une vo)ilez-vous dire?

roTEMKix, appuyant sur ses mots. J'espère que Voire Majesté n'a plus de vœu à former!

CATHERINE. Comment cela!

loTEMRiN, acec galanterie. Il ne dépendra jamais de moi, du moins, que tous ses désirs ne soient prévenus.

CATiiEiiiXE, riant en roujissanl. Elniuoi!cela venait de vous!.. J'aïu'ais ilù m'en douter. Il n'y a au monde ([ue le prince Potemkin pour des surprises pareilles.

LE PRINCE DE LIGNE. Qu'cst-CO doIlC?

LA COMTESSE BiiANiTZKA, regardant son oncle. Uuelque tl literie sans iloutc !

cATHEiuNE. Précisément! nue galauliu'ie d'une originalité et d'une délicatesse dont personne n'aurait en l'idée !

LE l'RiXc.E DE LIGNE, montrant Polemkin. Il est bien heiu'inix !

roTEMivix, souriant. Ce n'est pas moi qui l'ai été le jil as.

MOMONOFF, na'ivement. Comment cida?

CATiiERLXE, r/u(i/. Oli ! VOUS, couite MouionotT, vous ne pouvez le savoir. Je regrette seulement de ne jias le dire au prince de Ligne ; j'en suis désolée, mais, en vérité, c'est impossible.

LE FRixcE DE LIGNE. luipossible ! c'est un mot que je croyais rayé du dictioimaire russe, depuis que Catherine est sur le trône.

cATiiERiXE. D'aujourd'hui, en effet, je commence à le croire ; je n'ai qu'à parler pour être obéie! — Prince Potemkin, avant notre partie de wisth, je veux Vous aniioncercesoir, etdevant ces messieurs, que nous vous avons nommé au gouvernement général de la Crimée.

l'OTEMKiN, s'inclinant. Ah ! Madame !

LA COMTESSE BRANITZICA, bas, à son oncle. Am- Itilieux que vous êtes, vous voilà hrnireuv!

roTEMKiN, à part. Ce n'est pas sans peine ! jamais I rovince n'a été plus dillicile à conquérir.

CATHERINE, à PoUmkin. Approchez, prince, j'ai à V )us parler. [Faisant sijne aux autres personnes de s'éloigner.) Messieurs, de grâce, un instant.

LE PRINCE DE LIGNE. Elle vout lui douuer des instructions pour l'organisation de la Crimée.

l'amdassadeur D'ANGLETERRE, avcc as<urance. Ou plutôtelle Inidictela réponseà manote de cematin.

.MOMONOFF, timidement. Je crois qu'elle lui fait part d'un plan de campagne contre la France, qu'elle est décidée à combattre.

LE PRINCE DE LIGNE. Quelle femme étomiaite ! quel génie!

l'amdassadeir de prcsse. Quelle profondiHir !

LE COMTE MOMONOFF, uvcc candeur. C'est proJigieux !

POTEMKIN, riant et continuant la conversation. Votn; Majesté a doacété bien étonnée de voir ainsi ses souhaits réalisés?

CATHERINE, accc embarras. Mais, réalisés... jus- (|u'à un certain point.

POTEMKIN, sévèrement. Est-ci^ quemesordresu'auraieiit pas été rigoureusement e\écut('s? est-ce qu'il

POTEMKIN

aurait osé manquer à la consigne que je lui avais

donuée'.'

CATHEUiNE, vivcment. Non pas! non pas! Le pauvre garçon! il n'y a pas de sa faute, mais de la mienne peut-être.

POTEMKIN. Comment cela?

CATHERINE. Oh! c'est que d'abordj'étaisfurieuse, mais eu le voyant braver mes nreuaces et ma colère avec tant d'audace et d'intrépidité... car il n'y a \ laiuieat que le soldai russe pour un sang-1'roid

pareil. Et l'on est flère de commander à de tels hommes.

POTEMKIN. Eh bien?

CATUERINE, avcc embarras et cherchant ses expressions. Eh bien! il m'a intéressée malgré moi; mon courroux s'est dissipé. Eniin... que vous dirais-je? je crois vraiment (jue mon vœu est encore à se réaliser.

POTE.MKIN, riant, in vois alors, et quoi qu'on ose tenter, que la majesté royale est décidément... inviolable !

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