SCÈNE PREMIÈRE
CxVROLlNE, HENRI.
CAROLINE. Quel bon hasard vous amène, mon clier Henri? Je croyais que- lesatlairesde la chancellerie prenaient tunte votre matinée.
HENKi. 11 est vrai, Madame; mais dans la journée vous
faites des visites, le soir vous avez toujoin-s du niniidr. Le moyen de vous parler?
CAROLINE. Hier cependant nous étions seuls, ou (;\>>t tout eoinme. Je n'avais avec moi que ma cousine; et une personne (|ui n'y voit pas ne doit pas vous t-llrayer heaucoup.
HENRI. N'importe, je n'ai pas osé. L'atlaire dont ji- veux vous entretenir est si dilliciie à ahnrder...
carolini:. Je vous devine. Vous aile/ me parler de l'état de ma furtuiie. Je connais, mon cher Henri, votiv- i-aison, l'étendue d(^ vdS lumières, la tendre amitié qui nnus unit dés reiit'anee. Je déclare d'avamu; <pie tous vos ccmseils sont excellents; mais je n'en suivrai pas un seul.
LAGNÏ. — Iiniirimerie de Vulat et Cie. —M" 9 —
VALKUIE.
i:LN!ti. Du liait. M d, nv; ce n\st ^las !;i le siijri i[iii ni'aini'iio. Je ne vieii^ i.a.s \r.r.\v vous parlof laismi.
c.uiOLiSE. Ah! que vous êtes aimiljle! C'est i)eut-ètre une confiilenre que vous avii>/. à uie fair(;? hk.mu. Justement!
CAiioi.iNE. Avex-vous du lemps? ctrs-vonspreKSé? C'est que
j'ai aussi un secret; et à q ii pouviMis jiMe ro;,(ier, si ce n'est
à ni >u nuilieur ami? Voiisne savez pas. je vi(is nio mari: r.
iiKMii. Ali ! mi.n lùeu ! Depuis quaial avez-vous piis cttte
résolution?
CAiiûl-iNE. Depuis ce m.itiii, je ei'.iis. iiFNiti, (\ part. Allons, j'ai eu tdit (je m ra^ me tli'claror plus (ùl .'JlaiU ) Après un '■ern t C(>mme.rpUn4M, \- mien n'aijrail pliis lien (l'iiitt'res^aiit. Non ; en c .uscr-oiispuo autre fuJH- CAritiM?!!-- Eli! nnis, (pravcz vous diilli;'? iiEîjiii, liiiii;je vni:s redule. Paricilis de voua, de volrc bonhcut'.
CAi.QLisF. Vdus SaVez que je suis veuve, ii\ qi'.D M: Wumf'id, »n 11 ni:iri, m'avait laisse a'w mille ll|ivi|)ïidç l'êiite; l'e (pii ettit l'iirl liieii à lui , sans iiii |U:ilHJIt procès qiii s'est élevé au sujet de sa suce ssiun.
iiEsiii. Un procès dcteslalile, (pieviniàue poqV!? nîiiHflUt'î' de pcrilr»', fît qui dnit vous ruiiici'. c; r,û!-!M-". Vous croyez?
iiEMU. Oui, M.idamtî-
(:ai.ûh>e. C\st ce qu'ils disent luus, et pourluil il n'auiMit leuu (iu'à moi de le gaaner. (>e vieux ccUSiiller, le plus ohsliii.: di s hiimmes, e il l'e lequel je plaidais, et qui voulait absolum'Ut m'epeu-^er...
iiENni. Heureu^emelit ((u'il e^l npa't.
(:ARULl^E. Cl bt égal; il n'y a pas jdin' d'un enfèlement p:ireil. Jmagjnoz-Vou? qu'd a un neveu, le jeune conile (k; llalzbourg, dont vous avez enleiidn parier. HENRI. Je ne crois pas.
CAiioi.iNE. Il était le cadet d'une faïuilli^ eonilireu-e; et comme il n'avait jws de fortune à espérer, ou voulait le faire entrer dans les ordres; vous vous r.ippelez, maintenant. C'est lui qui, il y a trois ans, disparut >iiliiteiuent sans (pie l'on put savoir ce ([u'il était ilevenu.
HE^RI. Oui ; j'ai de tout cela quelque idée confuse, CAROLINE. Eli bien, .Monsieur, pendant cet espace de leiups, il a successivement perdu deux frères, et jp ne sais cunibieii de cousins; de sorte qu'il est mainlenanl riclie à millions; et, en outre, c'tist encore à lui ([ue revient, dans ce niiuuent, toute la snccessimi de mon vieux conseiller, à la charge par lui... écoulez bien cette clause (lu te.st iinent, à la charge yar luide lerminerce procès (M1 m'épeaisaiit. C'est ce (pie m'a appris ce matin mon hoiiiine d'ail'aire s, cl c"esl là-dessus ([lie je voulais vous C(Uisiiltcr. (Jurl |)ai'li me cimseille/. -veiis de prendre?
iiEMU. Eh mais! d'après les preiuiiTs mois de voliv (onversatioii, il me semble que vous êtes décidée.
CAROLINE. Jusqu'à uii ceitaiii point. On dit h aucoup de bien du comte de Hfilzbourg; qiais peut-être n'esl-jl pas le mari qui me conviendrait. Je connais Irès-hien tous mes (Il faits : je suis vivo, impatiente, ctoui\lie; c'est pour cela qu'il me faudrait pour épouv (piehprim de oalme, de raisuunable; enfin, cela va vous faire rire, quehprun do voire caractère... si vous m'ainiie z. bien entendu. iiENiii. Comment, .Madame, il N'i'iit pessibie? CAROLINE. Après c( 1,1, il se peut (pie le comte de Halzbourg réunisse ces (piaiitcs; et bien décidément ji; l'épouserai lient-ètre, non \ias pour moi, mais p'Uir ceuv (pii m'entiiureut, et dont il me si rait si doux de f.iire le bonheur! .Ma cousine, surtout; cette chère Valérie, si aiiuable, si iiitér.ssaiile! Pauvres toutes les deux, il faudca nous sépar>r! Hirlie, je ne la (piitterai plus; je reiitouiu.'iai de tous les Soins que son état réclame, il est si triste d'elre privée de la
vue! Te de au milii u du monde, morte à tous les plaisirs, (lu icber suis c sse son amie, et même aui>rè^ d'elle vivre dans l'abser.c; : autant mourir tout à fait! .Moi, d'abord, je r.e p;)urra's pas exister ainsi.
iiENKi. Vous, sans doute! Mais Val'rie, qui de'puis l'à-C de In.is ou quali-e ;>.ns est piivi-e d(; la Innrère, ne peut regretter diîs plaisirs dopt elle n'a aucune idée, et bien cert lineii eul...
si:;lni-: il
Les PRÉCÉDENTS, AMDROISE.
Aiiiu;oi-E. Midaino, c'est une Lttr.j qu'un beau chasseur vient d'apporli r poui" vous.
CAr.oi.i.M:, i.rciuiiit la lettre. C< st bien.
AMiiiosK. Je l'ii prié bien poliment d'attendre; il avait nu bel babil verl, galonné sur toutes les coutures.
CAROLINE, qui a ourerl ra lettre. C'(;st du cnmlc de Halzbourg. Il est à rpielques lieues d'ici, et me demande la peinii-sioii de .se présenter chez moi... sans doute pour mo parler de la clause du testanvnl de son oncle. Une leltrc très-bonuèto et In-s-respeclueuse; qmd est votre avis?
iiENiu. Je n'en ai pas à donner: il ne s'ai corderait probablement |>as avec fe v(itre, et je me mettrais pcut-i'-tre Irèsiiial avec vous en vous cou<i'illant de ne pas le recevoir.
CAROLINE. D'abord ce ne serait pas convenable* dans la situation où nous sommi s. Je ne peux lias me dispiMiser...
HENRI. Ne cherchez pas de prétexte; dites pluh'il (|uc vous b' désirez.
CAROLINE. Oui, par euriosiié, voilà tout. Cela n'engej-e à lien. Toi, .'\mbroi.se, préviens Valériti ipie .M. Henri .Mibier est ici, ai salon, et qu'il est seul, (.t Henri.) Elb; vous tiendra compagne en mon absence. Je vais écrire ma réponse.
{liiie- myi «j^pc .i^iibroist .)