SCENE VI
M. DE ROUVRAY, ESTHER, EMILIE, u.n Dcmestique.
M. DE ROuvR.w, flu domcstiquc. Retourne à l'hôtel el reviens avec la voiture. (Le domestique sort. — Aux dames.) C'est une bien terrible chose que les avocats et les gens d'affaires, n'est-il pas vrai. Mesdames? on ne peut se soustraire à leurs visites!., et nuilheureusement pour vous, Mademoiselle, mes fonctions d'exécuteur testamentaire vous forceront souvent de me voir !
EMILIE, voyant qu Esther garde le silence. Ma sœur ne s'en plaint pas, Monsieur.
M. DE ROivR.w. Et moi, je m'en félicite, ainsi que de la fortune qui vous arrive.
EMILIE. Vous à (jui elle revenait !.. c'est être bien généreux !
M. DE ROL'VR.w, (/ Esther. Je vais peut-être cesser de le paraître, si j'aborde la question qui fait l'objet de ma visite... Vous rougissez! je vois que madaiiie votre suMir vous a prévenue, et ipinique avocat, j'aurais probablement gagné à lui laisser [ilaider ma cause.
ESTHER. Elle m'a fait pari de riionneur que vous vouliez bien me faire... et de vos intentions...
M. DE ROivRw. Que mon empressement, peiit-i'»tro. vous a ivndui.'s sus|)i'ct(>s... cela doit être... avouez-le liaiicheniciit!.. (pi.iiid on adre^&e ses hommages à une riche héri-
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ESTBER. C'est bon , en voilà assez sur ce sujet. ^ Scène 7.
tière, elle doit supposer dans ceux qui se présentent des vues intéressées!.. Heureusement je puis répondre d'une manière victorieuse à l'objection... j'avais un fort beau patrimoine... soixante mille livres de rente, que j'ai un peu entamées, parce que j'ai eu, comme tout le monde, des passions... des fantaisies... et des neveux... ce dernier articlelà surtout est très-cher à Paris !
ESTHER, avec émotion. Ah! vous avez des neveux?..
M. DE BOuvRAY. Dcux... malgré cela, il me reste encore quarante mille livres de rente!., et voilà pourquoi...
ESTHER, l'interrompant. Je croyais qu'ils avaient aussi de la fortune?
M. DE ROUVRAY. C'cst sclou... l'uu cst agent de change... état brillant qui fait envie à tout le monde, et peur aux familles, surtout aux oncles célibalaires ! voilà pourquoi je désire ne olus l'être! Ainsi donc, comme je vous disais...
ESTHER, l'interrompant. Et votre autre neveu. Monsieur?..
EMILIE, à voix basse. Prends donc garde !..
M. DE nouvRAV. Celui-là n'est pas dans la finance... au contraire... c'est un grand seigneur! si toutefois il y en a en-
core aujourd'hui... il est bien en cour, et finira par quelque bel établissement!..
ESTHER. Je... croyais que c'était déjà fait?
M. DE ROUVRAY. Non, Mademoiselle.
ESTHER, vivement. Et pourquoi donc?
M. DE ROUVRAY. il uc s'agit pas de mon neveu, mais de moi... Je vous disais que pour la fortune...
ESTHER. Elle est fort belle, je le sais, ce n'est pas là seulement ce qui me touche; je tiens surtout aux liens de parenté, aux rapports de famille...
M. DE ROUVRAY, à fart. Ah! diable ! est-ce qu'on lui aurait parlé de Télémaque?
ESTHER. Et vous disicz que votre neveu allait contracter une alliance?..
M. DE uouvisAV. Je n'ai juis dit cela... Edgard m'avait prié, ce matin, de faire positivement sa demande, et tout à l'heure, en venant chez moi me prévenir que vous m'attendiez... il m'a prié de n'en rien faire; il y renonce.
ESTHEii, à part. 0 ciel! {Haut.) Et pour quel motif?
M. DE ROUVRAY. Il ue uic l'a pas dit.
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KSTiiKii, bas, à Emilie. Ah I c'est pour moi, j'i'U suis sùro !
K.Mii.ir. à part. J'en doute encore...
M. DK iioiJVKAY, .^c rapprochait des iJames dont il s'est éloigné un instant. Qu'avez-vous doiic?
ESTiiKu. Kieu... je votis roiiR-rcio, Mousiinr, de votre loyaulo, de votre fraiicliiso... des n n-eif^Miciuciits (jue vous voulez bien me doiincr> «ît dont je suis elicliaiilco...
ÉMiLiK, « demi-voiùè. V pclisos-lu?..
M. UK ROuvRAY, J(î m^Cii douti\is !.;
ESTiir.ii, se reprenant. CA^sl-à-dirOj, eiicliantée...
M. DE ROUVRAY. Poilr iiia iiosilioll Iioliti([ue .. elle; est connue... d'un instant ;"i raiili'i! le pouvoir piut Udus arriver.., il y a assez longtemps que Uous Talteudons; et eliacutl soll tour.. Quant aux qllilliti^s pCiMoilhclles, au caractère...
i:stmi:r. Il est excellent.. ^ jn le sais.
.M. DK RoijvRAV. Ahil'Sj grâce au ciel, je vois peu d'obstacles...
KSTHEH. Peut-être,., en est-il...
M. OK ROUVRAY. Et lêSqUOls?
KSTMKR. Je ne puis les direeiieorrt... j(i n'eii suis pas malheureusement assez sûre!.-.
iM. riK ROUVRAY. Comkildnt cela?
v.fiJi\En, vivement. Ouoique j'espère... quoi«iite j'aie bonne idée., je vous demiuide le temps *rexaminer, de réfléchir.. . surtout de consulter ma sœur; et demain... après-demain, vous aurez ma répolise.;.
M. DK ROUVRAY. Voiis iîH5 b prohiettcz?
KSTiu;n. Oui, Monsieur. {A sa saitr.) Viens!». Ah! que je suis heureuse!
K.MU.iii:, s'en allant. Et si nous Uous abusions!..
liSTHKR, sortant aVec elk-, Ahji.,. j'eil Uiourrais! {Ell"s sortent toutes deux.)
8GÊNË Vit.
M. DE RÔlîVftÂYj pais DHENNEBON.
M. DE ROUVRAY, seul. PôUf UHtî plVttiièri] iBUtl'cviiiS ce n^esl pas mal... on ne m'a même pas laissé achever ma cause, preuve qu'elle est gagnée!.. C'est du moins comme cela au palais... [Apercevant Dhennebon qui entré avec son Chàpeùn sur la tête, l'habit boutonné, la badine à la main ; tenue de jeune homme.) Eh! te voilà, mon cher Dhennebon !
DHEisNEEQN, TtaM et sc froUaut les mains. Oui, mon ami ! libre connue l'air! ma femme va partir avec sa sœur... à toi pour toute la soirée... une soii'éede garcdU !.. (^wi ne m'esl pas arrivé depuis mon mariage.
M. DE ROUVRAY. Tu as (Hi (le la peine à te dégager?
DHE>NEB0IN. Du tOUt !
iM. DE ROUVRAY. Quand jc te le disais!., il ne s'agit (pie de se prononcer.
Dur.NNERON. Jc lui ai dit (pie i)(uis passions la soirée ensendjh', (lue lu avais ahsolumeut besoin de moi pour les afï'a'riïsdc ma b(?lkvs(Bur... c'était une idée...
M. i)E uouvKAY. Ah! c'cst aiusi que tu as parlé?
DllE^NEBO^^ Oui, mon ami! ainsi ne va pas me démeulii!
M. DE ROiJVR.vY. Sois trauquiUc... Et ta teuime n'a pas l'ait de difficultés?
DiiiiNiSEiioN. Pas la moindre!., au contraire, elle me plaignait : « Mon pauvre mari, passer une soirée cmmyeuse, avec des gens d'allaires!.. » C'(^st inconcevable! comme il est aisé de tronn^cr les femmes!
M. DE ROUVRAY, riant. N'est-il pas vrai? La voilure est en
bas, nous allons partir... ces messieurs ne peuvent pas venir, et nous ne serons que nous deux.
DiiENNEDO^. Tant mieux !
.M. DE ROUVRAY. .l'ai fait ri'teuir un petit salon au IIocIk r de Cancalc... et lu médiras des nouvelli s du diner!
DHENNEBON-. Et puis le soir à l'Oiiéra?..
M. DE noL'YRAY. El dans l'entr'acte, je te mènerai sur le lliéàtrc!:;
DUENjiEtioîN, Quel bonhtiilr !,. ma femme n'en saura rien... n'est-ce pas?..
.M. DE Houvr.w. N'aie donc pas peur! ni la mienne non pins!., car je vais aussi me marier!., je te raconterai cela! Allons, parlons!
i!N ttoMEsriQUEj apportant trois lettres. Des lettres pressées qui éfaicnf clic» Monsieur.
dmèNneron. Vois..» vois, mon cher. (// s'assied.) Allonsn()ug in dire!.. Quel bonheur d'élre son maître, et de f.iirc ce (juVtn Veut!., je sens un air plus \\\}]\i qui circule dans n;a |ioilrinèI., dans iua poitrine d'homme! et il me monte un las d'idée? à \A léte !
M. DE hcUVrat, qui pendant que Dhennebon parle a dêcachelé la première lettré et la jwircourt . Ah! mon Dieu!.. c'e.>it insupportable! c'est comme un fait exprés...
diif.nmedon. Qu'est-ce donc?
.M. DE roIVrav, avo-c /iumctlf'i Une passion à moi... la petite Cloriiidej (pii ifl malade, souiïranlc , et m'attend chez elle ;\ diner!
diienNerO?*, m?rf. Ah ! bleu oui t elle prend bien son temps ! . .
M. DE rol'Vray. Elle n un instinct pour me contrarier! [rarconrant l'antre Hlre et lisant la signaliire.) Amanda!..
Diu;>xEBON. Encore une lollre de femme ! est-il heureux !..
M. DE houVixAV. Madonioiselle Amanda qui ne dans • |)as ce soir, et tjui veUl absolument que je lu mène diner chez Véry !.. elles se sont doimé le mot!..
DME^^•EBo^. Envoi(}-los promener !
Vcilis ne dansez pas, j'en sais fort aise!.. Eh J)ieii ! chantez maiuteiiaiit!
M. DE ROuVR.VY. Tu crois que cela s'arrange ainsi?..
DHENNEiio.N. l'arbK'U !.. (piaud on est homme, et qu'on a un peu de fermeté! ça ne m'iiupiiéterait pas un moment!
M. DE ROUVRAY. Et si jc rcfusc OU clierclic des prétextes... ce sont des disputes... des querelles!., c'est à n'y pas tenir! on est capable do me suivre !.. de venn* faire une scène chez moi! chez ma prétendue! et avec mes idées de mariage... Je ne peux pas, mon ami! je ne peux pas diner avec toi!., c'est impossible !..
DHENNEBON. Eli bion ! par exemple !.. peut-on être esclave à ce p(jint-là!.. ne pas oser dîner avec un ami !
M. DE ROUVRAY. Nc vas-tu pas te fâcher? nous passerons la Soirée ensemble!., que diable, entre nous... c'est sans gène, sans fac^xin !
DHENNEBON. Couime tu voudras... mais si j'étais à ta place, j(^ ne me laisserais pas meiu r aiusi, et par deux fennnes (ucoro!.. Moi je n'eu ai (prune !
M. DE ROUVRAY, qui a ouvert la dernière lettre, s'écrie avec coUre. A merveille!..
DHENNEBON. Uiic troisième!
M. DE lunvK.u. C'est pis encore!., c'est bien autrement emiuyeiix !.. une réunion de députés pour ce soir!., tous U^s députés de notre parti (]ui st> rassemblent chez un coll(>gue...
LîiS INDl'Pl'NDANÎJ*.
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iviiir .-avilir au juste (luelli! opiuiou Uinis aurons à la session [ii'Ofliaine.
hmknnkbon, acec colère. Et tu iras?..
M. i)K KOi'vitAY, de mcine. El le moyen de s'y soustraire?.. Que ne dirait-on p:is de moi* absence?., on ne me la pardonnerait jamais!., car tu n'as pas idée d'un a-sujettissement, d'une tyrannie pareille!..
DHENNEBON, avcc bonhuiuic. C'est bien étoiuiaut !.. moi qui >uis lié et garrotté, je fais ce ipie je veux !.. et toi. et toi, riiomme indépendant, lu ne peux pas même disposer d'une soirée!
M. DE ROuvRAY, avcc hwncur. Je le peux!., si je le veux !
DHENNEBON. Eh bien! alors...
M. DE ROUVRAY. Mais jc nc le veux pas!..
DHE>!SEBON. C'cst comnic si tu ne le pouvais pas.
M. PE ROUVRAY. Tu n'entends rien à cela!., et je t'expliquerai, dans un autre montent... car voilà six heures, et je ne sais où donner de la tète!
l)HE^^EB0N. Tu ne peux cependant pas dîner aux deux endroits en même temps?
M. DE ROUVRAY. Je Verrai!., je tâcherai!.. Je dînêi'âi avec l'une, et jesouperai avec l'autre!.. Pardon, mon ami^ de le manquer ainsi de parole... Demain... après-demain... une autre fois... je prendrai ma revanche! [Au domestique.) Allons, partons! (// sort en courant par la porte du fond.)