‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 144 sur 783 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

DHENNEBO:^, EMILIE.

piiENNEBON. Tii no Ics suis point?..

KMii.iK, souriant. On pont se passer de moi... ma sœur est majeiire. . et liors do tutelle... D'ailleurs, j'avais à te parler.

niiENNEBON, à part. Nous y voilà!..

ÉM'LiE. 11 y a quoique chose que tu me caches... tu as depu.s hier un air inquiet!., ce n'est pas un chagrin ou un malheur?

riHENNEBON, avec embarras. Non, ma femme.

ÉMUJE. Tu me les aurais dits, n'est-ce pas?.... car ils m'appartiennent aussi!., et tu ne voudrais pas garder pour toi seul ee qui est à nous deux ?

DiiE.N^EBON, avec embarras. Non, certainement!..

EMILIE. Alors, c'est quoique idée qui te tourmente... une de ces idées que tu as depuis quoique temps!

miENNEBON.Eh bien! oui .. c'est cela!., (/l part.) Si je pouvais l'amener à consentir... {Haut.) Je pen.se toujours à ces actions que tu n'as pas voulu me laisser acheter!., lu ne seiais pas d'avis, aujourd'hui, d'essayer un peu?

EMILIE. Pouripioi?

DHEN.NEBON. Damo !.. ça peut nous enrichir!

EMILIE. A quoi bon?..

DHEN^•EB0.^. X beaucoup de choses!., et d'abord à se passer de tout le monde, parce que je vois maintenant qu'il n'y a de véritable indépendance que dans la fortune.

EMILIE. Pas plus là qu'ailleurs!., elle impose aussi des obligations, des devoirs, et mille tracas dont tu ne te doutes point!., ma sœur, qui est riche depuis hier, a déjà des discussions et dos procès!., c'est inévitable! et l'on dépend alors des hommes d'affaires, des avoués, des avocats, dos juges!., on a toujours besoin de quelqu'un, et l'indépendance dont tu parles est une chimère qui n'existe nulle part.

DHENNEBON. Tu avouoras cependant que mon ami de Rouvray, s'il e^t nommé ministre...

EMILIE. Ton ami le ministre dépendra du roi... et le roi ne |)eut rien sans les Chambres; et les Chambres dépendent de la nation ; et la nation, c'est toi, c'est nous, c'est tout le monde ! lu vois donc bien que nous dépendons tous les uns des autres!., la société est ainsi faite, et tout n'en va que mieux 1

DHEN.NEBON. Oui, ma femme!., mais cependant en achetant dos actioi'S, en s[)éculant à la Bourse, on ne dépend de personne!..

EMILIE. On dépend de tout le monde!., d'un accident, d'une guerre, d'une baiaille!.. on dépend de tous les souverains de l'Europe!.. Va, crois-moi, reste comme tu es!., k plus riche est celui quia le moins de désirs!.. Et qu'as-tu à désirer?., qu'est-cequi te manque?., n'as-tu pas ta femme et ton enfant pour t'aimer?.. n'as-tu pas le bonheur intérieur?., n'as-tu pas la santé, et une bonne conscience?., et tu n'es pas content de ton sort?.. C'est mal, Henri !.. c'est être ingrat envers la Providence! c'est mériter qu'elle nous retire ce qu'elle nous a donné!.. Pour moi, je ne lui demande rien que ce que j'ai!., et mon sort est si heureux, que je la bénis chaque jour de n'y rien changer!

DHENNEBO.N, se jetant dans ses bras. Ah ! tu as raison !.. et avec toi, ma femme, je suis plus riche qu'eux tous!

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