SCÈNE IV
DARCEY, VALDIvJA, ADELE.
ADÈLE, avec amabilité. Mon ami, je n'ai pas voulu sortir sans te faire une petite visite.
DARCEY, /'/ liaisaut au front. Bonjour, Adèle.
ADELE. Comment monsieur Valdéjase trouve-t-il ce matin?
VALDÉJA. Je vous rends grâce, .Madame ; dans les meilleures dispositions du monde.
ADELE. Et toujours saus regret d'avoir quitté la Russie?
VALDÉJA. Oui, Madame, sans regret... surtout depuis que je suis ici.
ADÈLE. Ferdinand, je vais aller chez mon père.
DARCEY. Quelle nécessité t'y oblige?
ADELE. Le désir de le voir. Depuis huit jours je n'ai pas entendu parler de lui et je suis dans une inquiétude mortelle.
DARCEY. J'aurais bien désiré que cette inquiétude te prît un autre jour, et que tu nous restasses aujourd'hui.
ADÈLE. Je pense que monsieur Valdéja sera assez indulgent p'jur m'excuser en faveur du motif? D'ailleurs je serai rentrée pour le dîner.
DARCEY. Vraiment? Il est neuf heures, nous dinons à six, et tu seras rentrée !
ADÈLE. A moins que l'on ne me retienne. Ce pauvre père, il est si bon !
DARCEY. Il me semble qu'en envoyant Créponne ouBjplisle s'informer de l'état de sa santé...
ADÈLE, avec véhémence. Oh! ceserait d'une indilTérenco... et puis, Clarisse, ma jeune sœur, m'a écrit, elle désire me voir... Sans doute au sujet du mariage dont il est qut'stion pour elle... tu sais?
VALDÉJA, vivement. .\h! mademoiselle votre .■^œur va se marier?
DARCEY. Oui, avec un fort honnête homme, un de nos cousins, M. Melleville, qui a une place aux finances.
ADELE. Et pour sa parure, pour la corbeille... il faut (|ue je voie ma sœur... il est indisiiensable que je sorte... Au surplus, si tu l'exige-, je resterai. Je n'ai d'autre volonté que la tienne, tu sais; d'autre désir que de ne pas te contrarier... Dis ce que tu veux que je fasse, mon cher Ferdinand.
DARCEY. .Mais, je te l'ai dit, rester avec nous. Valdéja |>enserait que lu fuis la mai.son parce qu'il y est arrive.
ADELE. Je suis convaincue que monsieur Valdéja lèvera l'obstacle en ce qui le concerne.
VALDÉJA. Moi, Madame, vous m'embarrassez beuicoup; car si je consens à ce sacrifice, vous ailez m'accuser de manquer de galanterie.
DARCEY, aire impatience. Eh oui ! saus doute! Euvoie chez Ion pèiv, comme je le l'ai dit.. Eu voilà beaucoiq) trop pour une chose si sinqile.
ADÈLE, otant son chapeau. N'en |>arlons plus. Je ferai com- |iagiiie a Monsieur, puis([u'il le faut absolument; mais papa ne recevra pas un st>mblable me-s ige, ce serait inouï !
DARCEY. En lui en disant le pour<|uoi...
ADELE. Il se refuserait à croire qu'un ami pui.sse causer une semblable gène dans la maison de son ami.
VALDiJA, vivement. Ferdinand, lu med -ss rvirai> luaicoup si tu contraignais .Madame à rester davantaire.
DIX ANS DE LA VIE D'UNE FK.MMF
LÉOPOLD. AMcns ! une lettre à la Sévigné , ce cher Hippolyle. — Acte 5, scène 5.
DARCEY, avec impatience. Eh Itieii dune! qu'elle sorte, qu'elle s'en aille! elle est la niaitivsse.
ADÊr.E, remettant son chapeau. C'est parce que vous me Tordonnez, Monsieur; sans cela je resterais, j'y étais bien décillée; mais je n'oublierai pas que si vous m'avez cédé, ce n'est pas pour moi, c'est pour monsieur Valdéja, c'est pour lui couqjlaire... et je lui en garderai la rieijunaissance que je lui dois. Adieu. (.4 Valdéja, en lui faisant la révérence fioidement.j Adieu, Monsieur, ■ VALDÉJA, de même. Adieu, Madame. [Adèle sort.)